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01/02/2016

L’espace et ses équilibres instables : Katharina Anna Wieser

 

Wieser bon.jpgKatharina Anna Wieser, « Caravan », Aargauer Kunsthaus, du 30 janvier au 10 avril 2015.

 

Le cycle « Caravan » permet la rencontre avec la jeune artiste Katharina Wieser. Née en 1980 à Zurich et vivant à Bâle, elle a déjà participé à de nombreuses expositions collectives en Suisse. Elle a été sélectionnée pour réaliser un vaste ensemble d’œuvres pour le Kunsthaus Baselland. L’artiste par ses propositions ambitieuses dialogue avec le bâtiment et les autres propositions du musée. Des installations de l’artiste émane une mélopée visuelle faite de solitude et d’exploration. L’artiste se penche sur les qualités de situations spatiales et développe une œuvre qui présente aux visiteurs des perspectives inédites.

Wieser.jpgSurgit une « mystique » des formes par la force des matières. L’artiste fait preuve d’une belle maturité. Le chaos est organisé en ordre de marche et fait la place à l’inconnu. Chaque œuvre reste étrange, complexe et ambiguë en des « portances » et des assemblages qui impliquent une certaine distance avec ce qu’elles suggèrent. L’œuvre possède jusque dans sa matérialité un caractère hiératique. Il repose sur la délicatesse des structures, l’anomie ou sur l’allusif expressionniste des installations aussi lourdes qu’éthérées. Un tel travail ne naît pas d’une seule idée ou intention. Son sens ne saurait être univoque. Ses figures « imposées » sont des mouvements.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/01/2016

Le Corbusier visionnaire

 

Corbusier.pngLe Corbusier, «Poésie sur Alger», Hatje Cantz, Ostfildern, 2016.

 

 

Ecrit en 1942 « Poésie sur Alger » fut publié pour la première fois par les éditions Falaize en 1950. L’architecte fait retour sur les projets d’urbanisme qu’il proposa au préfet d’Alger et qui furent refusés par le conseil municipal de la ville. Le texte n’est pas une simple présentation théorique. La poésie du texte tient au rapport que Le Corbusier entretien avec ses idées sur l’urbanisme de la cité et le topos géographique et historique du lieu.

 

Corbusier 3.jpgL’auteur évoque le patrimoine culturel de la ville et son potentiel inexploité : «Nous sommes en Afrique. Ce soleil, cet espace d’azur et d’eau, ces verdures ont entouré les restes de Salambô, les actes de Scipion et d’Annibal comme de Kheir-ed-dinn le Barbaresque. La mer, la chaîne d’Atlas et les monts de Kabylie déploient leurs fastes bleus. La terre est rouge. Les végétations sont de palmiers…».

 

Corbusier 3.jpgLa réédition met non seulement en valeur la qualité poétique du texte mais son graphisme en 17 planches enrichies de plusieurs plans réalisés par le pionnier de l’architecture dès son premier voyage en 1931. Elles montrent comment le brutalisme empêcha l’architecture d’être comparée à un miroir réfléchissant. Le Corbusier accorda à celui-ci un sens bien différent : son seul miroir était celui qui permet de traverser les lieux que l’architecte inventa et mit en jeu.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:58 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2)

29/01/2016

Karoline Schreiber : Anus en rien horribilis

 

Schreiber.jpgKaroline Schreiber , « Quelques trous du cul et un aspirateur automatique », Centre Culturel Suisse, Paris, 26 février - 3 avril 2016., « Ich bin doch kein Automat! », Stadtgalerie, Berne 25 février – 26 mars 2016.

 

 

Schreiber 2.jpgA travers ses dessins Karoline Schreiber travaille selon un processus intuitif qu’elle intitule « dessin automatique » en écho à l’écriture du même nom chère aux Surréalistes. Depuis 10 ans elle propose des performances dessinées. A Paris elle expose sa série de « figuration » d’anus inconnus. Le sujet est a priori des plus scabreux. Néanmoins ces dessins ne recèlent rien de grivois ou d’inconvenant. Existe une réminiscence - inconsciente ou non - de l '« Anus solaire » de Bataille comme aux œuvres dernières d’Artaud. Le trou-dit, comme il l’écrit dans ses « Cahiers du retour à Paris », « fait objectivement dans tout l’infini au lieu d’une forme immédiatement limitée ».

Schreiber 3.jpgConsidérant le corps par son envers, l’artiste sort l’image de la conscience. Elle la broie sans considération pour ce qu’elle vaut, d’où elle vient et pourquoi soudain elle se situe là. Contre un art éthéré des soit disant esprits elle situe le souffle à rebours des habitudes et des conceptualisations. Par cette « post-production » elle extrait l’art de la psychologie, de l’égo, de l’âme, du cerveau. Elle le ramène par un travail « à l’estomac » du côté de la physiologie. Le trou devient un totem paradoxal. L’artiste se délecte du fait qu’il soit regardé comme nature première de l’identité humaine. Comme le disait encore Artaud « l’homme est ramené à sa merde » mais néanmoins de manière drôle et « ex-scatologique ». A l’agression visuelle et sans renoncer à son propos, Karoline Schreiber montre stricto-sensu un fondement : par ses fouillis de traits la lumière en surgit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret