gruyeresuisse

11/11/2015

Jean Jeanneret et la photographie quintessence

 

 

Jurassien, né en SuJeanneret 2.jpgisse romande Jean Jeanneret possède la double nationalité suisse et française. Enfant, découvrant la photographie l’artiste dit qu’il «rêvait d’une possibilité de maintenir en suspens, et non pas de figer les images que j’avais en tête ».  Fort de cette idée qui ne le quittera pas il intègre néanmoins très jeune la marine marchande avant de rentrer en Suisse. Après un passage à l’Ecole de photographie de Vevey où il rencontre sa fondatrice Gertrude Fehr, il ouvre un atelier photo à Neufchâtel, puis à Colombier. Il travaille pour la mode et la publicité en développant des techniques nouvelles. Il enseigne à l’Ecole de photographie de Vevey puis commence un travail de cinéaste à Lausanne puis en France où il rencontre René Vauthier. Réalisateur à part entière parallèlement il retravaille certaines de ses photos prises dans les années 70 dans un « esprit » abstractionniste.

JEANNERET.jpgIl y intègre la couleur si bien que le spectateur ne sait s’il est devant des photos ou peintures. Doù le nom accordé à une de ses expositions parisiennes « Trans Genres - Photo-graphiques ». Si les formes peuvent parfois rappeler un temps révolu, les couleurs soutenues sur support en plexiglass créent une intensité et une présence particulières grâce à l’image argentique constituée de minuscules grains de sels d’argent. L’artiste les isole par un traitement chimique pour faire éclater les contours de la forme et créer des images s’approchant de la gravure structurées mais dont la couleur demeure essentielle. Avec le numérique il trouve un moyen d’offrir plus de précision et d’intensité dans l’aplat des couleurs primaires. Preuve que l’art commence lorsque le réel finit et prend l’habit de formes et de couleurs qui flottent dans leurs indescriptibles traînes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

10:36 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

09/11/2015

Lebon, la brute et le langage "truant"

Lebon 2.jpgElizabeth Lebon, « Spoool », Boabooks, Genève,194 pages, 2015.

Elizabeth Lebon propose une poésie concrète très particulière à la fois optique, sonore et glossolalique. Après des « tapisseries »  poétiques reproduites chez le même éditeur et liées à la perception du rivage et des océans: «sey; of the oea; cocklle; like a cockle shell; courage; wea wea my my; aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ; sea sea sea; pages tothfh bhblel nsnkek ataghgee olofaf tkt eue sgseeeasa; are; sand embers.», Spooool propose cinq rouleaux écrits par Elizabeth Lebon. Lebon 3.pngL'artiste les  tape sur des caisses enregistreuses ou sur des machines à écrire. «From Newquay to Brooksby's Walk» mesure 23 mètres de long. les quatre autres chacun 10 m sur 6 cm de large. L’ensemble constitue le manifeste littéraire de 63 mètres de tapuscrit. L'usage de machines  obsolètes sert à se dégager des normalisations de l’écriture contemporaine.

Surgissent des répétitions, des erreurs sur un rouleau où la forme devient le contenu et le contenu la forme. Ce va et vient  interroge le langage sous toutes ses formes,  porte le temps du monde et devient l’empreinte d’un perçu hors de ses gonds. Il n’est pas illégitime de nommer ces possibles de termes de propriétés du donné dans des moments premiers. Lebon.jpgÀ partir de telles formes rien n’a lieu que le lieu d’un jeu. L’univers, commencé par sa soupe quantique, trouve ici une « remise » inattendu » par un détour critique phonétique  et graphique à l’intersection de transmission d’indices a priori dérisoires mais signifiants. Loin de la maladie transcendantale de la poésie le texte-bande conte et compte le temps comme esquisse, dessin et dessein par le matériau le plus commun.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/11/2015

Kazuko Miyamoto à Lausanne : la musique du sourd

 

 

Miyamoto 3.jpgKazuko Miyamoto, Une proposition de Matthieu Poirier, du 14 novembre au 19 décembre 2015, Circuit, Centre d’art contemporain, Lausanne

 

Depuis les années 70 les installations-dessins-sculptures de Kazuko Miyamoto créent des systèmes organiques, des topologies qui au lieu de mesurer et de cadrer l’espace  créent des labyrinthes optiques nimbés de douceur. La Japonaise vit dans le Lower East Side de Manhattan où elle poursuit dans sa galerie (« Onetwentyeight ») l’invention de structures qui s’éloignent de plus en plus du géométrisme pour l’émergence d’abîmes en érection. Ses systèmes de fils tendus à travers l’espace construisent des aires sensorielles et spatiales qui cassent la verticalité des murs et l’horizontalité des sols.

 

Miyamoto.jpgAprès son arrivée à New-York elle fut l’assistante de Sol Lewitt avec lequel elle partagea un atelier à Soho. Comme pour lui son importance est grande dans la diffusion du minimalisme,  de la destruction du cadre  et de la redéfinition autant des supports que des surfaces. Moins agressif que le langage de Sol Lewitt, celui de Miyamoto propose des structures précises, poétiques, éthérées. Avec le plus extrême soin l’artiste élabore un univers d’une part austère et géométrique, d’autre part diaphane et poétique. Les imbrications de fils "cadrent" divers types de trames. Elles subvertissent le formalisme traditionnel. L’impression première  de répétitions instruit de fait de multiples variations. Par leurs jeux elles rendent lisible l’espace afin que jaillisse la plus magique musique du sourd.

 

Jean-Paul Gavard-Perret