gruyeresuisse

13/11/2015

Le « ça voir » de la jeune photographie suisse

 

Suisse photo.jpg« UPHO by night !  – Jeune photographie suisse », LAC Local d’art contemporain Anciens Fossés 8, Vevey

 

La jeune photographie suisse à travers le collectif PHO (7 artistes de l’ECAL dont Anaïs Boileau) casse la certitude des limites du réel : des désirs de voir peuvent partir  dans des directions inconnues. Certes – et c’est rassurant - tous les créateurs ne mettent pas ici leurs pieds sur les mêmes plans ou « sabots » (dont parfois peuvent surgir le bout de l'orteil). Une femme dore au soleil sur un drap de bains qui devient un grill. Que voyons-nous en de tels segments sinon la perte de commande des êtres sur leur vie au sein d’enquêtes filées mais dont la trame s’effiloche ?

 

Suisse photo 2.jpgLoin de la nostalgie, l’absence est questionnée dans la photographie et son “ ça voir ”. Le réel est en reprise parce qu’il n’est d’une certaine manière toujours et forcément qu’effleuré, approximatif même si les photographes suisses sont dedans et ne s’en remettent pas – d’où leur insatisfaction et leur nécessité de créer. Ni déniée, ni réfutée la réalité surgit en sur-vivance - ce qui ne représente pas pour autant un nouvel âge mais un approfondissement. La photographie s’implique comme l’absente, la retirée, l’endeuillante qui tente pourtant de reconstituer un “ ensemble ”. Elle est ici insolente mais ne desserre pas les dents : elle ne met rien dans les mots, elle n’en n’éprouve pas le besoin puisqu’elle « parle » d’elle même.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

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12/11/2015

Les hors pistes de Laurent Kropf

 

Kroft.jpgLaurent Kropf, « Scrambled Eggs », Stadio, Vevey, du 27 au 20 décembre 2015.

« La partie réservée à la subjectivité du spectateur est sans doute la définition même de l'art  » précise Laurent Kropf. Mais pour la forger tout artiste doit séduire. Cette volonté passe par un travail de réflexion qui entraîne ce que souligne encore l’artiste : « elle ne laisse pas forcément de place à sa subjectivité du spectateur ». D’où la quadrature du cercle de l’art ou sa contradiction majeure. Néanmoins par sa fonction communicante l’œuvre pose des questions de manière insidieuse. Elles réclament au spectateur un effort de réflexion. Sauf bien sûr à lui donner des images factices, évidentes donc sans le moindre fond.

Kropf 2.jpgRefusant toute facilité populiste, Laurent Kropft crée des œuvres dont la démarche comme le résultat ne se laisse pas appréhender d’office. Il propose des narrations mais pas - dit-il - « pour endormir les enfants ». Refusant toute mythologie à l’icône l’artiste fait bouger les images au sein d’un travail d’expérimentation. Avec son « Vieux père », sur des photographies de groupes anonymes (famille, équipe, chœurs, etc.) une forme blanche est surajoutée pour isoler une figure de patriarche face au groupe qu’il domine mais qui continue néanmoins à vivre sa vie. Accumulant diverses collections d’images le jeune artiste ne perd jamais la dimension sociale et humaine de ses créations et de leurs sources. Preuve que pour « faire » un substrat est nécessaire. Il peut au besoin « s’ironiser » même lorsqu’il s’agit de la Bible. Fasciné par les objets culturels et cultuels Kroft l’utilise parfois moins comme relique qu’en tant que corpus archéologique.

Kropf 3.jpgDe plus l’artiste joue de l’ambivalence entre l'image et le verbe. A Barthes qui juge le langage fasciste, La Bruyère répondait pas avance « qu’une image vaut mille mots » - d’où peut-être la crainte qu’elle suscite dans certaines religions monothéistes. Mais un Beckett a prouvé combien les mots moindres de la tribu pouvaient réenchanter le monde. Dès lors Kroft choisit titres et images selon une pratique du détournement des langages. « Tout cela est stratégique. La liberté est une notion de stratégie » écrit-il. Elle fait évoluer son travail en le dégageant de tout cynisme. Proche d’un Gasiorowski quant à l’esprit Kroft poursuit l’innommable par le visible. Celui-ci est le signe d’une piste qu’il s’agit de suivre ou de remonter. Jusqu’à l’origine. Big Bang ou Bible peu importe : c’est ce qui permet au discours plastique de se poursuivre.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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11/11/2015

Jean Jeanneret et la photographie quintessence

 

 

Jurassien, né en SuJeanneret 2.jpgisse romande Jean Jeanneret possède la double nationalité suisse et française. Enfant, découvrant la photographie l’artiste dit qu’il «rêvait d’une possibilité de maintenir en suspens, et non pas de figer les images que j’avais en tête ».  Fort de cette idée qui ne le quittera pas il intègre néanmoins très jeune la marine marchande avant de rentrer en Suisse. Après un passage à l’Ecole de photographie de Vevey où il rencontre sa fondatrice Gertrude Fehr, il ouvre un atelier photo à Neufchâtel, puis à Colombier. Il travaille pour la mode et la publicité en développant des techniques nouvelles. Il enseigne à l’Ecole de photographie de Vevey puis commence un travail de cinéaste à Lausanne puis en France où il rencontre René Vauthier. Réalisateur à part entière parallèlement il retravaille certaines de ses photos prises dans les années 70 dans un « esprit » abstractionniste.

JEANNERET.jpgIl y intègre la couleur si bien que le spectateur ne sait s’il est devant des photos ou peintures. Doù le nom accordé à une de ses expositions parisiennes « Trans Genres - Photo-graphiques ». Si les formes peuvent parfois rappeler un temps révolu, les couleurs soutenues sur support en plexiglass créent une intensité et une présence particulières grâce à l’image argentique constituée de minuscules grains de sels d’argent. L’artiste les isole par un traitement chimique pour faire éclater les contours de la forme et créer des images s’approchant de la gravure structurées mais dont la couleur demeure essentielle. Avec le numérique il trouve un moyen d’offrir plus de précision et d’intensité dans l’aplat des couleurs primaires. Preuve que l’art commence lorsque le réel finit et prend l’habit de formes et de couleurs qui flottent dans leurs indescriptibles traînes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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