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25/09/2018

Giacometti et Chadwick : l'ancien et le nouveau

giacometti.jpgGiacometti et Chadwick se rencontrèrent pour la première fois en 1956 à l’occasion de la remise à ce dernier du Grand Prix de la Sculpture de la Biennale à Venise. Le second quoique tout jeune artiste reçut cette distinction au détriment du premier qui était pourtant le favori - il ne recevra le prix qu'en 1962;

Chadwick avait été très influencé par le Giacometti d’avant-guerre et les deux étaient conscients de leur importance sur la scène artistique. Il existe beaucoup de ressemblances dans leurs œuvres. Elles incarnent la désillusion et l’angoisse de l'époque d'après guerre hantée par les risques de chaos de la guerre nucléaire.

Les deux sont éloignés du romantisme et affronte la réalité qu'ils soulignent : le Suisse en réduisant l’homme à son apparition la plus lapidaire et dépouillée, l'Anglais en créant ses représentations primitives et puissantes de l’Homme et de l’Animal.

Jean-Paul Gavard-Perret.

"Giacometti-Chadwick, Facing Fear",Museum de Fundatie, Zwolle (Pays-Bas) du 22 septembre 2018 au 6 janvier 2019

Peter Regli : avant l'automne

Regli.jpgPeter Regli, "La fin de l'été", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 13 septembre au 10 novembre 2018.

"La fin de l’été" est la première exposition personnelle de l’artiste suisse Peter Regli à la galerie Laurence Bernard. A côté de ses sculptures, photographies et interventions dans l’espace public - dont son projet "Reality Hacking" interventions temporaires et anonymes en ville depuis les années 1990- , l'artiste présente ses peintures au brutalisme coloré et abstrait.

 

Regli 3.jpgEntre flux et déplacement Regli cerne la complexité de l’être sans souci de leçon. Existe des approches, des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits de reprises, de circulations et d’articulations. La peinture porte atteinte au vide par espoir de fusion. Demeure néanmoins le risque de l’abîme au sein d’un mouvement vers un assemblage peut-être impossible.

Regli 2.jpgLes apparitions et présences sont troubles et mouvementées. Une sorte de vérité est mise à nu. Le désir semble pouvoir se rattraper mais le doute subsiste. L’œuvre capte surtout la latence, le creux. L’image n’est donc plus un simple croire voir mais un déboîtement de reprises en reprises en divers danses et envols.L’artiste crée des hymens, des connexions des circulations où des opposés tentent de se rejoindre, de s’articuler. Ils portent atteinte au vide par espoir de fusion. La peinture se projette et s’érige pour répondre au silence et au manque.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/09/2018

Caroline Tapernoux : apparitions

tapernoux 2.jpgCaroline Tapernoux, "Luminances", Andata Ritorno, laboratoire d’art contemporain, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018.

 

Les réfractions et les diffractions d’ordre multiple sont à la base des Tapernoix.jpgtransfigurations de Caroline Tapernoux. L’artiste transforme  la matière en écharpes flottantes par  divers effets d’opalescences. Pour autant l’œuvre n’accouche pas de la chimère . Les substances utilisées (altuglas, polyester, verre, miroir, fer, aluminium…) sont à la base d’une statuaire particulière où joue la diaphanéité de l’air  ou de l’espace. Les masses sortent de l’opacité et vont vers la transparence là où de l’inframince peut naître d’une sorte d’épaisseur.

Existe un transfert presque impalpable entre le visible et l’invisible où tout reste en ombres portées et suspension loin de tout effet de chromatisme. Si bien que les notions de forme, de contours, d’empreintes, d’épaisseur crée un imaginaire énigmatique. Perdurent  divers échanges de lumière qui rejouent  un premier temps de la création dans une recherche aussi expérimentale que poétique.

Tapernoux 3.jpgLe jeu entre apparence , apparition, présence, vide est là pour suggérer un altérité particulière loin des simples considérations féminin et masculin même si le sujet de ce travail est l’œuvre d’une femme  qui (écrit-elle) instaure « la relation à soi, le rapport au-dedans et au-dehors». L’objectif est un enveloppement / développement afin d’exprimer une sur-vivance qui tord le cou à bien des esthétiques d’autodestruction. Jaillit un corps que l’artiste ne cherche ni à dénuder ni à effacer mais à catalyser selon de nouvelles données lumineuses au delà des apparences pour une apparition en filets de brume.

Jean-Paul Gavard-Perret