gruyeresuisse

14/10/2017

Vincent Kohler : caisse claire et autre résonnances

Kohler.jpgVincent Kohler, « Exposition », Atelier & Galerie Raynald Métraux, Lausanne, du 7 octobre au 14 octobre 2017.

 

Vincent Kohler a débuté sa pratique multiforme de la sculpture, de la peinture et de la vidéo en créant par exemple des animaux fantasmagoriques. D’autres expériences l’ont poussé des sculptures inspirées d’objets existants mais transformés et détournés auxquels il ajoute mouvement ou artifices afin de réenchanter la vie telle qu’elle est, ici ou comme dans l’Ouest américain..

Kohler 4.jpgEn relation avec sa fontaine inaugurée sur l’esplanade du Flon à Lausanne, l’atelier édite une estampe intitulée « Bellerive » et met en dialogue dans l’exposition estampes, sculptures et peintures de l’artiste. Les détournements fonctionnent à plein et deviennent sources de mutations.

Vincent Kohler ouvre ainsi un Imaginaire de conquête très particulier. Il cultive un détachement, une distance en des « semblables » d'œuvres qui répondent au semblant de monde. L'ordre fluctue sans cesse et reste toujours imprévisible en une suite de fugue ironique et poétique.

Kohler 2.jpgLes modifications ludiques des objets sont fidèles au pur esprit dadaïste. L’espace navigue entre la féerie et l'humour. L’artiste est à ce titre un des plus significatifs de sa génération. L'Imaginaire contribue à l'élaboration de possibles, il ne cherche pas à dissimuler quoi que ce soit et déploie une énergie capitale et paradoxale de forces de résistance face aux envasements de réel

Jean-Paul Gavard-Perret

10:39 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Marc Lagrange et les coups du charme

lagrange2.jpgMarc Lagrange reste deux ans après sa mort le peintre des cérémonies secrètes en des jeux de miroirs, de luxe et de volupté dans un esprit surréaliste où se rejoignent parfois une once de sadisme ou de masochisme doux et spectral à travers des scénographies sophistiquées.

Les élégantes s’amusent mais avec un air mélancolique issu d’un certain « après » de l’amour ou de ce qui lui a ressemblé. Surgissent, de manière complexe, différents jeux de soumission ou de séduction entre personnages, objets, situation, décor, habits, nudité.

lagrange.jpgUne étrange narration suit son cours par de telles scénographies. Ce qui est retiré à l’organique permet non de l’effacer mais d’en préserver plus que la parure : l’essentialité. Le regardeur est forcément focalisé sur les portions de corps, de vies. Dépouillé de tout superflu mais riche de ses atours le corps flotte et s’envole : il suggère l’éros et la chair avec l’intensité de la suggestion loin des schèmes admis et afin de théâtraliser des destins composites.

Jean-Paul Gavard-Perret

12/10/2017

Vivre avant de disparaître : Marion Bataillard

Bataillard SUPER.jpgRegarder les peintures de Marion Bataillard c’est entrer dans un univers particulier et complexe. S’agit-il d’un réalisme onirique ? Pas vraiment. Portraits et autoportraits deviennent des icones qui jouxtent parfois le trivial sans jamais y sombrer. La sensibilité des poses qui donnent aux « choses » dites de l’amour des combinaisons parfois intempestives. La contextualité emporte vers un ailleurs de manière poétique même si le réel est bien là et le plaisir règne jusqu’à (parfois) l’écœurement.

 

Bataillard bon 2.jpgLuxure ou effervescence sont remplacées par un radicalisme sans pour autant que le naturalisme impose sa loi. L’amour trouve des ressources nouvelles en un champ qui s’oppose à tout anéantissement. L’image semble relever d’une zone obscure qui ruse avec la raison. Mais l’érotisme est emporté du côté d’une pure essence même quand un personnage vomit. Néanmoins le plus souvent les femmes basculent sans bruit vers un fleuve Amour, le cœur fendu visible par la caverne de leurs grands yeux.

bataillard.jpgMarion Bataillard évoque le désir plus que la soif d’intimité même si elle n’en cache rien. On peut imaginer entendre hors cadre le chant d’une mésange charbonnière. La passion de faire casse l’académisme et les modes. Se retrouve, en lieu et place l’influence des primitifs italiens et flamands afin de modifier le psychologisme souvent lié au portrait par un symbolisme particulier. . La chair -comme chez Merleau-Ponty - est conçue comme possibilité du monde. La peinture en devient plus l’expérience que la représentation.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marion Bataillard, « Créatures », du 14 octobre au 28 novembre 2017 à la Galerie ALB, Paris.