gruyeresuisse

20/08/2020

Black Magic Flowers : Space Opera de Wladd Muta

Muta 2.jpgLa discrétion de Wladd Muta est inversement proportionnelle à l'ambition de ses oeuvres. Après avoir caressé "L'Œuf Noir du Plexus Solaire" (2012) il met en scène des éléments spatio-temporels équivalents à 17.000.000.000 de soleils. De tels corps célestes si denses que rien n'échappe à leur attraction ne peuvent même pas "théoriquement' être observés parce qu'ils avalent la lumière.

Muta 3.jpgCes trous noirs furent décrits par Einstein en 1919, mais la première photographie de leur caractère obscur fut réalisé il y a à peine plus d'un an. Wladd Muta les reprend et représente en gouache noire, aquarelle, résine gomme-laque et feuilles dorées sur papier Lokta, encadrées de métal noir mat. C'est une sorte d'hommageà leur forme et leur présence.

Muta Bon.jpgChaque œuvre offre une forme d'anneau ou de "disque d'accrétion incandescent". Le papier népalais choisi, les feuilles dorées et la densité du noir présentent en ces oeuvres un lien entre ce qui n'a jamais été vu mais qui soudain semble familier. Le tout en un jeu d'équilibre où le plus immense des déséquilibres est induit. Peut s'y deviner un odre ou un chaos. En une telle  fin l’on recommence jusqu’à l’épuisement par résurgence d'un début disloqué. Qu'importe si ne nous connaissons pas - de tels points noirs - le départ. L'artiste pousse le présent et fait face au passé en une  interrogation où le futur se déploie pendant qu'il est encore temps, pour nous provisoires terrestres. Sommes nous détournés de nos envols par une telle sève noire ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Wladd Muta, "Les offrandes à la ruche du ciel", galerie l'Antichambre, Chambéry. du 4 au 19 septembre 2020.

Hans Schärer : grandeur de l'art, faiblesse des croyances

Scharer.jpgHans Schärer, "Les Erotiques", Galerie Anton Meier, Genève, du 28 août au 9 septembre 2020.

Exposées dans leur intégralité en 2014 au Musée d’art d’Aarau et en 2015 au Swiss Institute de New York, les aquarelles érotiques de Hans Schärer présentées à Lausanne ont été réalisées à la même époque que ses fameuses Madones. Elles en sont les reflets inversés et non sans force visionnaire.

Loin des pendus qui ne descendent jamais de leur gibet et restent verticaux, les "érotiques" préfèrent la position couchée. Mais elles ne possèdent rien de gisantes. Contrairement aux "Madones" elles ne semblent que de matière. Mais ne nous y trompons pas : leur âme sert de résistance sinon de l’inexistant du moins à ce qui n'existe pas encore. Mais chaque héroïne rappelle que tout vient à point pour qui sait attendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/08/2020

Casey Affleck : père voici ta fille

Afflecj 3.pngDans un monde post-apocalyptique les femmes ont toutes disparu. Sauf une. Son père va tente de  la sauver. Mais il ne s'agit pas d'un film sur une épidémie. La dystopie invite à accompagner les fuyards  et faire partager la peur d'un père caché dans une forêt.

Affleck 2.pngLe réalisateur se concentre en effet sur la relation des deux protagonistes en un film à la fois anxiogène mais ouvert dans l'effort pour maintenir une innocence face au chaos. Cette fable manque un peu d'ampleur et de suspense. Tout reste néanmoins sensible mais un peu long. L'ensemble reste mystérieux mais non sans âme et intérêt. Quelques détails référentiels sont astucieux (avec le personnage de la mère en flash-back).

Afleck.jpgCasey Affleck fait de son film une réponse aux attaques qui lui furent portées à Los Angeles. La fiction parle de l'égalité des genres et s'élève contre la violence des prédateurs. Rien que pour cela le film est convainquant même s'il n'est pas du niveau de ceux de Gus Van Sant, modèle du créateur.

Jean-Paul Gavard-Perret

"Light Of My Life" de Casey Affleck.