gruyeresuisse

23/06/2019

Luis Carlos Tovar vainqueur du 3ème prix de l'Elysée (Lausanne)

Elysee 3.jpgLe jury du troisième prix de l’Elysée - toujours soucieux de faire un pont entre le réel et l'art - a couronné l'artiste colombien Luis Carlos Tovar pour son projet intitulé "My Father’s Garden". L’oeuvre a pour point de départ une photo que paradoxalement Tovar n’a jamais vue. "Aveugle" elle reste la "preuve de vie" de son père disparu et pris en otage par les FARC de Colombie lors de leur "révolution" avortée.

Elysée.jpgLe photographe a dû compléter par d’autres élements cette absence visuelle et existentielle afin de remplir le vide et les silences du père. Par exemple les titres des livres qu’il lisait dans la jungle, les papillons turquoises qu’il gardait entre leurs pages. Et à travers les paysages amazoniens le photographe tente de reconstruire l'espace de rétention et d'interpréter ce que ce père a dû subir.

Elysée 2.jpgPour ce créateur multipartitas et éducateur né à Bogota, l’art reste le véhicule d'une réflexion, le catalyseur d'un espoir de résilience et un agent de transformation intime et générale. Il explore des géographies de déplacements et la manière dont se créé l’altérité et l'importance de la mémoire dans la reconstruction du présent. Son travail passse par différents supports (photographie, peinture et vidéo). Cette visualisation d'une histoire de chair et de sang s'éloigne de tout cabotinage et rend compte de la réalité plus que le ferait une simple documentation. L'artiste fait plonger dans la complexité de sa quête loin de toute théâtralité.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:21 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

22/06/2019

Corinne Lovera Vitali met le paquet

Lovera bon.pngCorinne Lovera Vitali, Ronette et Modine, éditions Abrüpt, Zürich, 2019, 72 pages, 7,50 €.

 

 

 

Lovera.jpgLibre, indomptable, imprévisible et véloce Corinne Lovera Vitali dit son fait à la pensée phallique. Ecrit en "fronçais toutàtrac" son livre dépote et met devant leurs méfaits aux "grands hommes" du XIXème siècle, artistes ou écrivains (Hugo, Rodin et bien d'autres). Et soudain tout vacille : "Abrupt le mot se disperse dans l’obscur, et il ne nous reste plus que des / livres à jeter au monde pour / pour manifester rêves et hurlements." Nous voici soumis à la pression de textes qui s’agitent et se révoltent dans un trafic où le verbe anticipe le réel sans doute espéré.

Lovera 3.jpgLes "cons sacrés de la fronce", les machistes qui étouffent femmes, concubines notoires ou non et maîtresses du même tabac dans leurs vies de mâles dominants en prennent pour leur grade : d'où la présence des Hugo, Rodin, Manet et l'attention portée à leurs victimes Camille Doncieux, Alice Hoschedé, Camille Claudel. Mais et c'est bien là le problème rien n'a véritablement changé. En dépit de la lutte des femmes tout suit son cours que bien, que mal.

Lovera bon 2.pngL'histoire de l'auteure en témoigne dans ses labyrinthes et son langage volontairement inadéquat : « je ne sais plus quand ni comment ça a commencé la contre pèterie la con traction la psus qui s’est déshinibée dans ma bouche qui parle comme qui écrit et elle embrasse aussi avec sa manière à elle de tout téter ». Dans tous les cas il s’agit de réenchanter la solitude et partager quelques gouttes de rosée. En ce but, Corinne Lovera Vitali poursuit son nécessaire jeu de massacre entre dématérialisation, négation  mais aussi saturation du jeu de nécessaires pulsions entre vibrations aiguës et graves, "gorge nouée mais chemisier entr’ouvert" (pour un usage privatif).

Jean-Paul Gavard-Perret

21/06/2019

Big Bandes de Mathieu Dafflon

Daflon.jpgMathieu Dafflon, "Amateur", Collectif Rats, Indiana, Vevey, à partir du 28 juin 2019.

 

Spécialiste de reprises et recyclages des méthodes de production, des formes du design industriel et du graphisme, Mathieu Dafflon conçoit chacun de ses tableaux par ordinateur. Les motifs qu’il utilise sont puisés dans le répertoire décoratif de la stylistique contemporaine.

Dafflon 2.pngLa force de telles propositions est évidente. L'immédiateté visuelle et les formes colorées sont surprenantes. Se dégageant de l’Op-Art, elles jouent d'une forme d’abstraction revisitée qui éloigne de nos attendus automatiques, de nos procédures de programmation habituelle des images. Ici, rien de forcément flatteur mais l'épaisseur d'une attente dans des jeux de plis, collages et  refontes. Nous croyons connaître de telles oeuvres mais elles surprennent toujours tant Dafflon sait empêcher les lapalissades en ses précarités d'éléments plus ou moins défaits.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:23 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)