gruyeresuisse

30/01/2021

Les vainqueurs de Rodeo Drive - Anthony Hernandez

Hernandez 3.jpgAnthony Hernandez fut médecin dans l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam avant de devenir photographe en 1969. Ses premiers travaux ont été  inclus dans deux expositions marquantes : "The Crowded Vacancy" au Pasadena Art Museum de Los Angeles  puis "New Topographics". Elles présentèrent  un nouveau type de photographie américaine de paysage. Ainsi dès les années 1970, Hernandez - comme ses contemporains Lewis Baltz et Terry Wild - devient photographe du paysage social de Los Angeles entre autres avec "Landscapes for the Homeless".

 
Hernandez.jpg"Rodeo Drive, 1984" propose une autre vision de la cité des anges.  41 images présentent les badauds sur l’artère commerçante de Beverly Hills. Les sujets semblent pris au dépourvu. Ils regardent dans le vague en attendent d’être servis, flânent ou marchent de manière décidée. Anthony Hernandez s'en fait apparemment l'observateur impartial, enregistrant les coiffures, les épaules larges et les tailles cintrées des années 1980 dans des photographies pleines de soleil californien.
 
Hernandez 2.jpgMais il ne se contente pas de documenter l’expérience urbaine. Il révèle la complexité des espaces sociaux où se distinguent des disparités économiques et des divisions raciales. Et comme l'écrit Lewis Baltz, "ce sont les vainqueurs ici qui profitent du butin de leur victoire sur Rodeo Drive"'. L'artiste ne cesse de rappeler diverses conditions sur la scène de la cité là où la lumière cache bien des ombres afin que nous restions des témoins d’une violence politique et sociale larvée.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

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La chair, sa machine et son esprit - David Cronenberg

Cro 1.jpgSortant peu à peu du narratif (de "La Mouche"), David Cronenberg glisse hors de la narration linéaire pour décrire une "nouvelle chair", sorte d'incarnation fantasmatique qui permet de se réincarner dans un autre soi. Celui-ci butte sur un échec de fusion. Elle ne fonctionne jamais et reste à l'état de fantasme comme si le cinéma ne pouvait l'atteindre. Néanmoins et très vite le réalisateur joue de la perversion froide des codes. Il  renverse les rôles et statuts, les pénétrations et réceptions des corps. C'est par exemple le cas dans "Vidéodrome" (1983) où le sexe et la violence deviennent des sortes d'hallucinations pulsionnelles. Théoricien des images et de leurs viralités, le réalisateur montre combien elles contaminent le monde en devenant aussi réelles que lui.

 
 
Cro 4.jpgSi la transformation des corps est, en de tels films, horrible elle reste porteuse de positivité là où leur déliquescence peut devenir érotique - dans "Crash" (1996) par exemple en dépit de son bain de sang et de sens.  A l'injonction du drame et du fantastique chaque film de Cronenberg est donc hybride par la forme et le genre de chaque réalisation. S'y refuse tout réalisme, morale ou psychologisation. Chaque personnage est en effet une machine soit érotique à la Bellmer soit d'un autre dans des espaces en déliquescence. Leurs glissements progressifs - comme dans "Le festin nu" - se fait dans une sorte de néant.  Rien n'a donc lieu que des non lieux. Cronenberg déconstruit le rôle de héros dans une ambiguïté constante entre les bons et les méchants. 
 
Cro 2.jpgLes personnages sont en effet chez lui toujours ambigus - comme encore dans "Les promesses de l'aube" ou le freudien "A dangerous Method". Ils participent à faire muter le cinéma "attendu". L'expérimentation et le classique se mêlent habilement de manière non seulement hybride mais schizophrénique en des suites de mutations dramatiques et jeux de massacre - mais pas seulement. Et ce dans des approches ("Chromosome 3",  "Maps to the star") où les personnages féminins prennent de plus en plus de place - même si les féministes lui reprochent d'en faire trop facilement des névrosées. Elles s'en accommodent et réussissent là où les hommes échouent. Elles sont capables de surmonter leurs traumatismes infantiles tandis que leurs compagnons s'y noient en une oeuvre qui reste une enquête sur l'humain trop humain.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

09:57 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

29/01/2021

René Groebli et l'intimité du désir 

Groebli bon.jpgInterrompue par la crise du coronavirus., l’exposition de René Groebli, "The Magic Eye". Cependant, elle peut être visible en 3D sur le Net. Dès la réouverture de la galerie, l’exposition sera reprise avec l’ajout de quelques nouvelles oeuvres. Toutes deviennent un miroir dans lequel nous sommes invités pour nous rappeler nos propres expériences. Et ce, lorsque l'émotion du désir dévore les mots et les ombres.

 
Groebli.jpgL'actuelle vision de l'oeuvre sur le site s'ouvre avec la photographie «Lying Nude» (1952). Elle fut prise pendant la lune de miel de Groebli avec sa femme Rita dans une chambre d’hôtel à Paris. Ils s’y étaient isolés pendant trois jours et témoigne de la l’intimité et la proximité des amoureux dans leurs cérémonies et pratiques nuptiales.  Cette suggestion érotique momentanée s'étend sur toute l'oeuvre du photographe.
 
 
Groebli 2.jpgEt peu à peu le nu est devenu une des marques de fabrique d'un corpus retenu très vite dans l’exposition avant-gardiste d’Edward Steichen "The Family of Man" au MOMA de New York. Le nu est pour le crateur suisse une vision autorisée sur l'intime et sa liberté sensuelle loin des tabous.  Le plaisir deviné dans de telles prises n'est pas plus "scandaleux" que l’amour et la familiarité entre deux êtres. Les clichés de l'exposition suffisent pour exprimer le désir de l'image à l'image de l'amour qu'elle n'apprivoise pas mais laisse vivre.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

René Groebli, "The Eye of Love", Pour faire la visite en 3D de l’exposition en cours dans la galerie: THE MAGIC EYE, Bildhalle,  Zurich, www.bildhalle.ch