gruyeresuisse

22/10/2017

Le présent gnomique de Livia Gnos

Gnos.jpgLivia Gnos, « concentration » Bains de Pâquis, Genève novembre 2017

 

 

 

Sur une feuille vierge Livia Gnos crée des vibrations de courbes en fond monochromatique. L’œil se perd puisque l’image devient une sorte de mandala : il piège le regard là où l’espace et le temps à la fois s’enroule et se déroule. Ce n’est plus le côté connaissable du monde ou sa reproduction qui est en jeu. Le plaisir esthétique est celui du temps qui fait les « frais » d’une telle présentation. L’artiste répond à ce qu’espérait Schopenhauer dans « Représentation et principe de raison » dans « Le monde comme volonté et comme représentation » : « cette volonté de représentation pure du monde devient le but de l’artiste de génie ».

Gnos 2.jpgLa voie de l’art s’affranchit du côté connaissable pour une autre création et donc une autre contemplation. Si bien que la puissance de l’art augmente. A la gnose philosophique répond le « gnosique » poétique et graphique de Livia. L’artiste prolonge le son fondamental du monde par le silence des images en leurs monochromes signifiants. Cela tient de la magie. Jaillissent un sentiment de plénitude, une sorte d’« adagio » visuel. L’air danse au sein d’une mélodie inépuisable avec ses longs  "motifs" et ses écarts aussi proches que lointains.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les illuminations xylographiques de Franz Gertsch

Gertsch 3.jpgFranz Gertsch, «Visages paysages», Musée Jenisch, Vevey, du 27 octobre 2017 au 4 février 2018.

En avance sur bien des artistes de son temps Franz Gertsch ose parfois des techniques archaïques comme un nouveau pari afin de créer des monochromes aux accents hyperréalistes revisités. Un nouveau choix en rien donnée pour acquis fut pour lui la gravure sur bois dite « en criblé ». L’artiste retranscrit un modèle éthéré de photographies sur planches de bois imprimé à la main sur papier du japon en fibres de mûriers et de lin du maître Heizoburo Iwano. L’artiste a réinventé cette technique qui le place au firmament des peintres graveurs.

Gertsch.jpgPar cette approche Gertsch cultive l’illusion revendiquée du photoréalisme en la transposant pour pousser plus loin les limites du réel que l'appareil photographique saisit et que la gravure subsume, densifie et uniformise en faisant du paysage un visage et du visage un paysage. Ces xylographies sont des icônes de l’art. Elles se retrouvent dans les grands musées du monde. L’artiste joue de la monochromie et du sombre comme parfois de la clarté. Il prouve qu’en dépit de l’âge il sait évoluer et ne vit jamais sur des « avantages » acquis. L’instance de la peinture crée un écart afin d’ouvrir la réalité sous-jacente pour la faire respirer et la soustraire à la simple apparence dans une esthétique bioluminescente. Elle fait du Bernois un seigneur des flots de la nature et de l’existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:55 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/10/2017

Anya Belyat Giunta : masses et éclats – les cristaux d’inconscient

Anya 2.jpgL'univers d’Anya Belyat Guinta ouvre un espace mental et physique particuliers. II crée une série de connexions, de rapports dans lequel à la fois l’image fait masse mais où la matière éclate en une série de « métaphores ». Le regard s'y éprend, réapprend à voir, se surprend à une contemplation paradoxale (jouant par exemple sur les renversements des notions de grand et de petit, de dehors et de dedans en des formes charnelles et leur inversion figurale.

Anya 3.jpgL’artiste feint de passer d'un reflet à l'autre. Son oeil vise l'objet, son regard la chose dans une œuvre qui ne cesse d'inscrire une extra - territorialité au sein même de la chair. Anya Belyat Guinta subvertit les notions habituelles de beauté en jouant de l’envers et l’endroit, de la matière peinture et de la « viande ». La dimension d'un manque et d'un trop plein est donc au cœur de la postulation plastique comme si soudain la libido possédait non seulement des métamorphoses mais des trajectoires là où le réel et l'imaginaire ne forment plus de discrimination pertinente.

Anya.jpgL'artiste offre un voyage par la force de l'imaginaire qui vient en contre coup se réfléchir dans le réel. Tout se passe en une telle œuvre comme si imagination et réalité devenaient deux parties juxtaposables, superposables d'une même trajectoire ou encore deux faces qui ne cessent de s'échanger. Il y a donc un itinéraire nomade et un voyage en rêve. L'imaginaire devient une image virtuelle qui s'accorde à l'objet réel pour constituer ce que Deleuze nomma "un cristal d'inconscient". L’œuvre est faite de ce doublement ou plutôt ce dédoublement. Et c'est dans les cristaux de l'inconscient que se voient les trajectoires de la libido.

Jean-Paul Gavard-Perret

www.anyabelyatgiunta.com