gruyeresuisse

10/09/2016

Choux, prunier, rochers : Michel Wolfender

Wolfender 3.jpgMichel Wolfender, « Rétrospective », Musée Jurassien des arts, Moutier, 24 septembre – 13 novembre 2016.

 

 

 

 

Wolfender.jpgMichel Wolfender est un paysagiste et un portraitiste créateur d’un régime figural particulier. « De plongée en plongée » (comme il l’écrit) l’artiste originaire de Saint-Imier reste toujours en osmose avec le sujet qu’il choisit. Le paysage lui-même est un visage et le visage un paysage. Quittant tout souci de narration à la Balthus (dont l’artiste apprécie le travail), à travers des thèmes récurrents (Chou, prunier, failles, rochers, allées), Michel Wilfender invente le lien du matériel et du spirituel, de l’intime et de l’universel par sa peinture.

Wolfender.jpgLe chou devient couronne de matière et corne d’abondance, les failles des panaches enchâssés à des tourmentes. Le tellurique regarde le ciel que personne ne maîtrise pas mêmes les Saints. Les ombres que porte le prunier sont des astres sculptés. A travers eux Andrea Wolfender ouvre un spectacle silencieux. Des courses lentes se produisent dans son armure, sa défroque. L’arbre attend la pluie des lignes ou les espère tandis que des brumes viennent coucher sur des allées. Ailleurs un autoportrait rappelle au visiteur que "Dans ce monde-ci, à part le fait d'avoir un corps tout est faux" (A. Artaud).

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:49 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

09/09/2016

Korean Delires : Françoise Huguier


Huguier 4.jpgLauréate du prix Albert Kahn 2016 Françoise Huguier permet de découvrir de manière ludique, enjouée (mais pas toujours) de la Corée du Sud telle qu’elle est. Seoul est surpris sous différents aspects : tradition et comportement avant-gardistes s’y mêlent en un patchwork coloré. S’y rencontre bien sûr les boys-bands locaux de la « K-pop » qui a envahi le monde entier. Huguier 3.jpgLes rues frétillent des jeunes filles issues de la nouvelle vague coréenne (« Hallyu ») aux looks « fashion » plus improbables encore que ceux de leurs consoeurs de Tokyo. Françoise Huguier après diverses enquêtes filées a d’ailleurs pu suivre un girls-band (« La Boum » sponsorisé par une clinique de chirurgie esthétique…). Elle l’a photographié en un clin d’œil génial au « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola.

Huguier 2.jpgTout dans cette série (jusqu’au cercueil ouvert pour une cérémonie mortuaire) prend un aspect inattendu et décalé. La photographie qui manque trop souvent de morsures se métamorphose en une vision qui pourrait sembler une pure exhibition mais ne l'est pas. Au sein de cette auscultation urbaine, le regard et l'émotion sensorielle sont chaque fois interpelés, surpris, fascinés. La photographie devient ce que Pierre Bourgeade lui demandait : "sous l'œil lumière, de l'ombre au soleil, une fleur carnivore inconnue de nous-mêmes". Le pays que les occidentaux ont tendance à voir comme une masse homogène s'ouvre à une diversité sidérante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Françoise Huguier, “Virtual Seoul”, Polka Galerie, Paris, du 10 septembre au 29 octobre 2016.

Quoi de neuf ? : Tinguely


Tinguely.jpgJean Tinguely, « ’60s », Galerie G.P. et N. Vallois, Paris, septembre 2016.

Après l’exposition en 2012 dans le même lieu de onze « Reliefs » des années 50, Tinguely est de nouveau exposé à travers des œuvres postérieures : 15 reliefs ou sculptures animés en grande majorité sonores. Elles appartiennent, à l’exception de deux plus grandes ("Bascule V" et "Cloche" de1967) à une série méconnue intitulée « Radios » (1962).

Les deux galeristes honorent ainsi le 25e anniversaire du décès de l’artiste. L’ensemble navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance bien plus subtile qu’il n’y paraît. Il marque une période de transition : Tinguely achève sa collection de machines chatoyantes et enjouées et glisse par paliers vers d’autres plus tragiques et noires où l’aspect sonore va disparaître.

Tinguely 2.pngCes oeuvres prouvent combien il ne faut pas réduire Tinguely au créateur ludique d’objets cinétiques et dégingandés ou à un apparenté au Nouveau Réalisme ou à Fluxus. La complexité radicale de l’œuvre dépasse tout étiquetage. Et l’artiste - au moment où il quitte son atelier parisien de l’impasse Ronsin pour s’installer dans le dancing musette désaffecté « L’Auberge du cheval blanc » à Soisy-sur-École - prend en charge les problématiques esthétiques et politiques de son temps.

Son œuvre ouverte aux sons et aux machines non célibataires interroge encore et annonce intuitivement l’art postmoderne. Celui qui a su découvrir les possibilités à tout - même aux objets trouvés et récupérés - et qui a généré les processus d’installations et de performance a transformé jusqu’à la notion d’esthétique. Ses montages imprévisibles creusent les images. Ils forcent l’œil à divaguer entre tendre cruauté et sa « douce violence » (comme disait - justement - une chanson des années soixante...)

Jean-Paul Gavard-Perret

N.B. le Kunstpalast de Düsseldorf vient de consacrer une grande rétrospective elle va se déplacer au Stedelijk Museum d’Amsterdam.