gruyeresuisse

24/10/2017

Nicolas Senegas : anges et démons

Senegas 4.jpgIl existe chez Nicolas Senegas un art particulier de la “ prise ». Par ses photographies il peut à juste titre se considérer comme une artiste de tableaux et d’atelier. Il ne s’agit pas de traquer la réalité de manière journalistique et documentaire mais de transformer le réel par la présence de la nudité de l’homme ou de la femme. Il y à là des catcheurs ivres, des anges surpris par la nuit.

 

 

 

Senegas 3.jpgSurgit un jeu entre le réel et l’artifice, entre l’imaginaire et ce qu’il fait sourdre des apparences. Le photographe ne nie pas l’idée d’un conditionnement mais en concomitance se crée une imprégnation critique du regard porté sur les sujets en des cérémonies d’un certain chaos. Les nus servent à traquer par le jeu photographique une sorte d’inconscient.

 

 

 

Senegas 2.jpgL’artiste répond à la fameuse phrase de Deleuze dans « Psychanalyse morte analysez » (paraphrase de la phrase de Beckett « imagination morte imaginez ») : « l’inconscient ce n’est pas un « était » au lieu duquel « je dois advenir ». L’inconscient vous devez le produire ». Nicolas Senegas le fabrique à travers ses « intersexions ».

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Chaque portait devient un rébus. Il permet de comprendre l’importance des sous-jacences ou arrière-fonds archaïques. Le photographe transforme ses modèles en archétypes. Et c’est le sens d’une grande partie de son œuvre. Chaque individu possède sa part d’humanité qui le retient au sexe, à la mort, à la vie. La force des photographies fait jaillir une vérité d’incorporation sublimée.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste expose actuellement sur le site « Corridor Elephant ».

 

 

 

Johanna Simon-Deblon : L’une est l’autre

Debon 3.jpgJohanna Simon-Deblon remet à jour la vision de la féminité. Elle crée une ambiguïté, une incertitude par révision des poncifs en ce qui tient d’un conte. Néanmoins celui-ci renvoie au réel de manière radicale et ironique Sous forme d’autofiction la créatrice reprend l’idée du dédoublement de sa propre image afin de montrer que « je » peut-être aussi un autre : la structure identitaire est complexe. Fixant l’intime au moment de la post puberté - avec rappels à l’enfance et transition vers l’âge adulte visualisés soit directement soit sous une symbolique non seulement du sang mais de sa couleur.

Deblon 3.jpgL’artiste multiplie les jeux. Ils n’ont rien d’épicurien. La forme est essentielle pour aider à voir le féminin autant par jeu, construction que profondeur de vue et de vie. L’artiste manie légèreté, magie, fausse mystification. Existe aussi un enchantement particulier. Johanna Simon Deblon scénarise l’être et le co-être, la marge entre qui est la femme et celle qu’elle voudrait être (devenir adulte ou retourner à l’enfance) bref entre la vie qu’elle mène et celle à laquelle elle aspire.

Deblon.jpgLe travail tient non à réduire ces marges mais suggérer qu’elle crée l’opulence de l’être. Les différentes saisons ajoutent une idée supplémentaire au cycle féminin comme au temps qui passe. Il y a dans cette série une ambiguïté entre la fiction et le réel. Elle illustre l’ambiguïté entre l’être (l’intime) et le paraître (l’extime). La symbolique des couleurs, qui passent du bleu au rouge, conserve toute son importance, ainsi que le jeu de miroir. Il reprend des attitudes légèrement différentes pour en augmenter le trouble.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/10/2017

Philipp Goldbach et la perfection ironique

Goldbach.pngPhilipp Goldbach, Exposition Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 4 novembre 2017 au 6 janvier 2018.

 

Comme il est écrit dans la présentation de l’exposition chez Gisèle Linder : « Philipp Goldbach voue son intérêt artistique aux possibilités cognitives et physiques du travail humain par rapport à la production technique ». La photographie sert de vecteur à un travail « prothésiste » et prophétique de la « machine » là où tout navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance bien plus subtile qu’il n’y paraît. Les œuvres impeccables glissent par paliers vers d’autres plans car Goldbach. Surgissent des fenêtres célibataires qui interrogent le monde en des montages qui forcent l’œil à divaguer.

Goldbach 2.jpgGoldbach adopte au besoin sa propre camisole de machiniste afin d’exécuter « automatiquement » des tours de passe-passe qu’il transforme et transfère sur des « microgrammes » (en hommage à Robert Walser sans doute) ou qu’il fabrique entièrement et à la main afin de revendiquer un processus technique non-transparent dans un contact direct avec les matériaux. La visibilité du geste du travail artisanal est implicitement opposée à des processus industriels de fabrication de masse.

Goldbach 3.jpgTout bascule du familier vers l’énigme par décalages et associations graves ou joyeuses, ironiques et poétiques. Entre perfection et insignifiance volontaire les créations de Goldbach deviennent aussi hermétiques et originelles que relatives au temps présent. L’artiste fait le ménage, trie, casse, met aux rencards les apparences pour toucher à sinon une transparence du moins une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. Le créateur ne veut pas faire triompher « l’idée » mais l’image pour répondre à tous les académismes, à toutes les standardisations non seulement des produits mais d’une pensée et d’un affect fabriqués en série.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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