gruyeresuisse

26/11/2015

Fabienne Verdier l’image qui revient

 

 

Verdier.jpgFabienne Verdier, galerie Pauli, Lausanne, novembre-décembre 2015.

 

Le courant des masses et des gestes crée chez Fabienne Verdier des traversées de couleurs et de signes sur la surface des supports. Le regard est face à un mur mouvant. L’ « anonymat » de l’abstraction éveille une autre image en son sein. L’apparition devient un pré-carré pour faire l’épreuve d’une réalité enfouie. Ce que projette l’artiste est une image sourde qui revient et exulte. Au-delà de la narration la peinture crée une suite d’« histoires entravées » à la conquête de vastes surfaces : temps plein, temps mort se succèdent sous l’averse de la couleur et les signes inconnus qu’elle crée.

 

Verdier 3.pngSur le grand lit du support les formes sont à vif. Elles règlent l’espace par des balayages. Exit l’humain : ne restent que ses traces. Elles s’élancent loin de l’indolence. Tout est grandiose mais « intranquille ». Surgit un travail de mémoire dont les clés nous échappent et dont la calligraphie ne renvoie pas à un autre langage mais à la peinture elle-même. L’espace est soufflé de hantises plus que de survivances. Verdier 2.pngAu sein de la densité se créent des ouvertures secrètes, des passages étrangers, des signes ou plutôt leur marque manquante. Le silence résonne en ce qui devient une localisation décalée. Un long processus d’empreinte tient de l’exhumation. Existe un état simple de la peinture et son état exalté. Les images refusent leur destin à l’évidence pour le confier à l’énigme.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

10:56 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

25/11/2015

Quand Etienne Delessert revisite Ubu Roi

 

 

Ubu.jpgAlfred Jarry, « Ubu Roi », dessins d’Etienne Delessert, Gallimard, Paris, 2015.

 

En 1967 paraît chez Harlin Quist le premier livre d’Étienne Delessert « Sans fin la fête ». Il fonde quelques années plus tard la société Carabosse à Lausanne. Il y conçoit et réalise des dessins animés pour la télévision. En 1977, Étienne Delessert crée les éditions Tournesol. En passant de sa Suisse natale à Paris puis New-York dès 1985 il s’installe aux USA dans le Connecticut. Lauréat de nombreux prix internationaux pour ses œuvres il publie de nombreux livres pour enfants dont les aventures de « Yok Yok ». Une pléiade d’expositions ponctue son parcours dont la rétrospective «Suite américaine» au Château de Saint-Maurice en 2011.

Ubu 2.jpgAvec Ubu Roi le plasticien marche sur les eaux et remonte à la source de son travail pour libérer de nouvelles bulles. Charmé par la malfaisante épouse de l’officier devenu roi tyrannique et grotesque d'une Pologne imaginaire, le graphiste américano-vaudois s’en donne à cœur joie. Les outrances bouffonnes du héros et la grossièreté de ce qui était à l’origine une farce potache sont multipliées par l’imagerie dégingandée de Delessert. Cent-vingt ans après sa publication l’artiste rajoute une couche d’ironie à l’histoire du roi enchérisseur de sa maléfique épouse. Au simple plaisir des mots s’ajoute la charge des dessins. Ils font mordre la poussière au logos par les agencements et les glissements de leurs percées allègres et intempestives. Une nouvelle fois l’artiste se refuse à dessiner de manière réductrice. Le grotesque se livre au dérèglement du sens. Entre le texte et les dessins il n’y a donc pas de contradiction mais une complémentarité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

24/11/2015

Barbezat & Villetard : perspectives cavalières

 

 

Barbezat.jpgBarbezat-Villletard, « A dissident Room », co-publication art&fiction (Lausanne) et le Musée d’Art du Valais à Sion. Y aura lieu l’exposition , « A dissident Room », du 28 novembre 2015 au 3 avril 2016.

 

Depuis deux ans Matthieu Barbezat & Camille Villetard réveillent tout un flux souterrain de l’art par un travail où l’image et  l’espace s’incorporent selon des structures colorées, minimalistes, géométriques. Peuvent s’y déployer et le monde et l’être. Mais pour celui-ci sa « maison » comme la nommait Bachelard est remplacée par cette «dissident room ». Parions qu’il s’y sent plus à l’aise puisque le livre et l’exposition deviennent ce que les deux artistes nomment un «carnet des possibles». Le livre non seulement présente un ensemble de dessins des artistes mais est accompagné de cinq textes « critiques » de Diane Antille, Daniel Zamarbide, Barnaby Drabble, Ba Berger, Marco Costantini. Les contributeurs suggèrent divers temps de différents réveils dont les dessins sont les fragments. Ils se déploient parfois dans une mise en espace.

Barbezat 3.jpgL’œuvre du couple est drôle, joyeuse, incisive. Elle joue d’une dérivation de l’abstraction comme d’une certaine figuration géométrique. Les titres eux-mêmes sont significatifs : leur apposition aux œuvres qu’ils désignent n’est pas sans humour : le Nevada, Castor et Pollux, le Net prennent des « corps » particuliers et drôles). Mais c’est un moyen de détourner le réel de ses limites. Le sentiment de la réalité exclut cette dernière du monde de l'horrible. Si bien des stoïciens dans leur langue plastique les artistes sont épicuriens dans la bienveillance qu’ils accordent à leur reconstruction du monde. Barbezat 2.pngSa « réduction » à des sortes de vignettes (parfois en mouvement) ou à des formes premières n’empêche pas - bien au contraire -l’apparition sinon d’un idéalisme mais d’un forme de légèreté L’effet d’ellipse et les jeux de formes et de couleurs font échapper au "néant dévorateur". La création est jouissive et intelligente. Elle donne à la glèbe humaine et à ses lieux de résidence une perspective cavalière.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

 

 

16:00 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)