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20/01/2018

Pol Kurucz : délivrances

Kurucz bon.jpgPol Kurucz avec « Glam Jail » invente un conte fantaisiste et glamour à travers onze détenues excentriques. Le parloir de la prison devient une cabine de mode colorée et à l'esthétique pop. Le photographe se moque des normes sociales et raciales. Réalisées au Studio Offen à Sao Paulo en août 2017 la série mets en scènes modèles et célébrités locales et des vêtements réalisés par les couturiers de la ville.

 

 

Kurucz bon 3.jpgL’impertinence est ludique. Les réseaux de prostitution et les méfaits des prisonnières sont tournés en ridicules là où l’incarcération prend un aspect psychédélique. L’œuvre crée une sorte de délivrance. Le regardeur laisse les bagages de sa conscience sur le quai des rationalités. Une liberté physique mange les murs lépreux des geôles transformés en cabinet de curiosités érotiques plus engagé qu'il n'y paraît.

 

 

Kurucz bon 2.jpgLes limites de la mise sous dépôts sont donc transformées. L’artiste donne un passage à un lieu où un réel désir n’est plus en sommeil. Affleure une lumière montante et sans frontière qui tord le cou à des situations où les femmes sont habituellement réduites à la détresse. Jaillit une flambée d'ivresse où se perçoit toujours une source de sérénité « présentielle » en dépit des règles imposées par la société et ses décisions.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/01/2018

Anne Peverelli : physique et métaphysique du dessin

Peverelli.jpgFrançoise Jaunin, « Entre les lignes. Conversation avec Anne Peverelli », 68 pages, Art&fiction, Lausanne, 2018, 68 pages, CHF 22,50 / € 18

 

 

 

 

 

Peverelli 4.jpgL’œuvre d’Anne Peverelli est un travail de suspens afin d’aller plus loin dans la connaissance de soi et du monde par le développement d’une pratique particulière. L’atelier reste à ce titre une boîte à mystère et un abri : retirée du monde l’artiste à défaut de tirer ses propres ficelles fomente le travail du dessin quel qu’en soit l’outil. Huile, gouache, lavis, laque, goudron, ruban adhésif, Tipex ne sont que les vecteurs disparates de cet art premier puisque d’avant le langage.

Peverelli 3.jpgL'approche est aussi tactile que conceptuelle, intelligente que pulsionnelle, charnelle que mystique pour atteindre - par des jeux de points et lignes, de traces et coulures - espaces incertains, architectures improbables, damiers énigmatiques. L’artiste en recouvre ses cahiers d’atelier, des papiers divers collectionnés ou ramenés de ses voyages. Ils deviennent parfois la première étape d’un processus ouvert à des relations d’incertitudes.

Peverelli 2.jpgL’artiste en tire des assemblages multiples. Le regardeur pénètre dans une série de nomenclatures particulières qui permet de saisir ce qui jusque là était perçu comme inconsistant. Ce travail - extrait des complaisances de vue et d’entendement - offre l’opportunité de faire palpiter de l’inconnu en permettant sortir de la pénombre ce qui se situe - entre un rêve de réalité et une réalité rêvée. Dans l’entre deux la rythmique et la structure des œuvres créent des « bruissements » intimes et ceux du monde.
Jean-Paul Gavard-Perret

Tomoo Gokita et les voyageurs

Gokita 2.jpgTomoo Gokita cultive un attrait pour l’esthétique vintage des photographies des années 60 et 70. A partir de telles vues il peint des portraits imaginaires. Ceux par exemple des clients de sa série « Hotel Paraiso ». Le peintre de Tokyo y a séjourné lors d’un voyage au Mexique. Sous forme de gouaches en noir et blanc les situations les plus simples prennent un aspect à la fois surréaliste et presque abstrait et qui intrigue par le jeu entre le réel et l’irréel au sein de portraits où la forme organique et drôle prend le dessus.

Gokita.jpgL’artiste pétrit leur écho et reflet en pâte de lumière et d’ombre. De tels visiteurs comblent l’espace et le bravent de leurs présences imposantes aux confins du cœur ou sur une crête du temps. Leur feu physique n’est peut-être pas le bon même si un aveu dépasse par l'interstice que Gokita prend soin de préserver. Existe à la fois le danger de l'avalanche et le désir d’être mangé. Le corps est aussi masse qu’abîme entre le désir et sa ruine. La vie - du moins sa possibilité - monte du silence quand le plein minuit enfourche des nuages gonflés de voluptés. Mais des corps rien d'autre ne sera dit, entre plaie, plaisir, paroxysme fortuit et passages obligés.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)