gruyeresuisse

16/08/2016

Morgane Som Ville : subtiles simplicités

 

Morgane Som Ville.jpgLes dessins de Morgane Som Ville parlent et mangent. Mangent des corps par le sexe, par la main et le sourire. Ils racontent le monde de l’intime avec humour et fantaisie. L’intimité recherche un tel du sucre. Et le réel a besoin de l’attention que la créatrice lui porte. Les personnages qu’elle dessine sont des fruits du silence.

Somville 3.jpgMorgane Som Ville couche aussi sur le papier la sidération la plus simple : celle du silence. Les dessins symbolisent le besoin de grâce. Aux esprits cannibales elle offre le chant du besoin et lui accorde une forme de volubilité. L’artiste sait créer juste l’ébauche de l’éblouissement plutôt que de le convulser.

Somville 5.jpgLe regard le savoure, en apprécie les confidences et les discrètes transgressions de tabous. Cela tient d’une aurore et parfois d’une sorte bonheur simple et étonné. Le tout dans la clandestinité et par instinct. Le dessin joue un recommencement, écarquille les êtres, lance un bonjour. Avec une simplicité subtile. Celle de la folie des jours par la saisie décalée de l’aujourd’hui.

Jean-Paul Gavard-Perret

(second dessin avec Paul Poule)

Etreintes à distance : Sara Laè

 

Sara Laè.jpgSara Laè est une irrégulière de l’art : en ce sens elle est fidèle à son pays – la Belgique. Illustratrice mais bien plus, déménageuse impénitente, elle considère chaque être ou animal soit comme une étoile soit comme une planète de jour. Le monde surgit en abîme coloré et en apparitions énigmatiques. L’humour est toujours présent et joue de l’exaltation et de la jubilation même si un côté nocturne demeure sous-jacent en dévers d’un soleil d’érotique lenteur.

Sara Laè2.jpg

 

 

La création des formes offre l’apparition de la lumière. En ce sens la créatrice plonge dans la nuit de l’être pour l’envisager comme une sidération. Ce qui éclaire ce n’est pas la forme elle-même : c’est sa décomposition. Rien pourtant ne touche à l’obscène L’artiste affirme une sorte de mystique et d’innocence érotique de l’immanence.

 

 

 

 

 

 

 

Sara Laè 3.jpgDessins et peintures ne sont pas là afin de proposer du fantasme par leurs formes. Et devant de telles œuvres le regardeur n’est plus simplement une de ces « patates du divan » propre à gober les images de la télévision. L’œuvre de Sara Laè zappe le zappeur, l’oblige à se lever car son travail n’est pas "une leçon de choses mais plutôt un essai de choses" (BorisWolowiec). Mais aussi d’êtres. Avec l’illimité de leur approche, de la démesure cette approche.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:11 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

13/08/2016

Face à ce qui se dérobe : Annabel Aoun Blanco


Annabel 2.pngAvec Annabel Aoun Blanco l’image est moins matrice que « trou » fondateur d’un vertige existentiel ou non existentiel. L’artiste crée un espace où le vide se déploie : sa théâtralité n'est pas spectaculaire mais à minima. La femme - « objet » habituel des fantasmes visuels - devient inaffectée dans un espace inaffectable. Aux images oniriques se substitue une nuit mentale, au point que, hors vie psychique digne de ce nom, et, pour reprendre une formule de Antonin Artaud, "l'idée d'une simple vie organique, embryonnaire peut se poser".

Annabel.pngToutes les capacités et les disponibilités du rêve sont retranchées, neutralisées. L'image se dissipe en une forme d’ombre, d'épuisement des possibles. L'image parle une autre langue, trouble la vision, la déconcerte, l'oblige à d'autres chemins que les chemins habituels de l’imaginaire. Il ne s’agit plus de se rincer mais de la « laver » dans une conjonction du proche et du lointain, de l'immédiat et de l'inaccessible : elle est un simple morceau d'espace. Sa fonction n'est plus de restituer le réel mais de faire ressentir la profondeur d'un monde "transparent", presque inconsistant où à la présence se substitue l’absence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Annabel Aoun Blanco, « Desvoilés », Galerie Elizabeth Couturier, 10 septembre - 9 octobre 2016.

 

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