gruyeresuisse

19/12/2015

Horst P Horst : déplacement de l’éros

 

Hirst 2.jpgHorst P Horst, « Photographer of style », jusqu’au 10 janvier 2016, Nederlands fotomuseum, Rotterdam.

 

Ravir, être capturé, être pris, dépossédé tels sont les gradients classiques de la photographie érotique. Adepte de De Stijl Horst P Horst les a retournés. L’image est glaciale là - où s’attend la chaleur - et marque le désir et son impossibilité : non parce que - comme le pensait Freud -il angoisse mais parce qu’il est barré ou débordé par la stratégie esthétique. Elle renvoie le voyeur vers une autre visée. Hirst 3.jpgLe sujet le plus sensuel devient une féerie congelée. D’où la force et l’humour implicite de tels clichés. La beauté plus qu’exquise : parfaite voire absolue des prises, crée une mise en abyme L'image bouleverse et plastifie la commune transgression. C’est de l’ordre d’un crime. Celui du voyeur qui doit retourner à ses études là où la photographie devient le récit évidé de son objet.

 

Hirst.pngLe dépouillement n’est pas celui qui généralement est espéré. La photographie dite de « genre » provoque un dévoilement déplacé par un effet de voile habilement placé. Elle crée un vide pour prendre le voyeur à son jeu et le perdre dans le lieu de sa prétendue voyance. Si bien que Horts P Horst pourrait dire comme le faisait Duras au sujet de cinéma. : « L'interdit que je me pose : la photographie érotique» .L’idée de l’éros rêvé s'éteint au profit de son ailleurs, il s’agit de faire jouir de la beauté de l’image et atteindre son « temps pur » (Proust). Le corps n’y demeure qu’en temps de dispositif photographique.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

10:31 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

18/12/2015

Sarah Hildebrand et les polders

 

Hildebrand.jpgSarah Hildebrand, « LIPPEPOLDERPARK », Edition Freitaube, 2015.

 

Immergée (ou presque) dans un célèbre polder, Sarah Hildebrand en déploie les tours et détours. Traversant le lieu et sensible à ses contraintes l’artiste le restitue sous un aspect naturaliste mais parfois mythique - sans pour autant jouer de manière évidente de ce second levier. La créatrice se place ici plus en symbiose avec le paysage que ses habitants. A travers lui surgit des émotions simples mais essentielles.

 

Hildebrand 2.jpgLe polder induit par sa nature même la fragilité non seulement du paysage mais de ce qui le peuple. L’enchantement est donc là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le projet n’a donc rien d’une simple traversée touristique. C’est même le contraire. Toutefois, au lieu de projeter la catastrophe et attiser les peurs, l’artiste veut témoigner de la beauté avec en filigrane l’injonction de ne pas y toucher.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17/12/2015

Claire Bettinelli et les impénétrables (de l'autre côté de la frontière)

 

Bettinelli 3.jpgClaire Bettinelli, « porcelaine » Galerie Chappaz, Trévignin.

 

Par la céramique Claire Bettinelli propose un art « cinétique » particulier. Les volumes semi sphériques et leurs tiges de suspension créent plus qu’une illusion : au décor fait place une habitation de l’espace. L’artiste revient au socle d’une postmodernité agissante. Pour se développer elle n’a plus besoin du recours aux techniques numériques.

 

Bettinelli 2.jpgL’artiste monte des scénarios, des compositions « tramées » de manière débridée. Les grappes d’éléments identiques rigides créent le mouvement.  Elles dynamisent l’espace : « fleurs » ou « coques » germent de manière inversée (du haut vers le bas) et selon un rythme diversifié. La couleur n'y est qualité qu'une fois délimitée en forme mais remet en jeu l’ambiguïté des rapports entre le fond et le forme. Aérées, opaques, les céramiques par un module premier qui autorise un grand nombre de variations amplifient leurs potentiels à travers l’espace . Pénétrables tout autant qu’impénétrables les œuvres de Claire Bettinelli sont l’exemple parfait d’un élément de base devenu modèle et emblème aussi prégnant que léger.

 

Jean-Paul Gavard-Perret