gruyeresuisse

08/06/2016

Nestlé c'est fort : mais pas seulement en chocolat

 


Nestlé.jpg"Origine et horizon : La Collection d'art Nestlé", Musée Jenisch, Vevey, du 3 juin au 3 octobre 2016.
Julie Encelle Julliard, "Nestlé Art Collection", co-édition JRP Ringier (Zurich) et Musée Jenisch Vevey, 295 p., 55 CHF.

 

La collection d'art Nestlé est liée au projet de l'architecte Jean Tschumi. La structure en Y qu'il inventa pour le siège social de l'entreprise est considérée comme un bâtiment-sculpture récompensé entre autre par le Richard Samuel Reynolds Memorial Awards présidé à l'époque par Walter Gropius.

Pour "illustrer" son ouvrage architectural Tschumi demanda des œuvres complémentaires à Hans Herni, Edouard-Marcel Sandoz et Jean Lurçat (installé à l'époque à Vevey). Peu à peu le bâtiment devint un lieu d'art. Et Paul R. Jolles, président du groupe de 1984 à 1990, entérina et développa cette ambition. Sont introduites peu à peu des œuvres de Boetti, Fabro, Turrel, Ellsworth Kally, Calder , LeWitt, etc..

Nestlé 2.jpgL'exposition est à la fois rétrospective et prospective. Elle offre des visites guidées du site mais surtout de nombreuses archives et des œuvres liés à l'évolution des œuvres choisies au fil des époques : du Pop-Art et de César aux œuvres tout aussi "critiques" deIan Anüll, Annette Messager, Tingueli, Fischli & Weiss, Gertsch.

Une part importante des 300 œuvres de la collection est donc présentée et illustre les ambitions de Nestlé sur le plan de la défense des arts selon une rhétorique qui échappe à l’hagiographie institutionnelle. Surgit une conscience du monde. Elle n’est pas forcément fidèle à la défense du capitalisme d’entreprise. Les œuvres télescopent au besoin l’esprit managérial non sans ironie et en impliquant un degré important parfois d’ambiguïté et souvent d’expérimentation.

Jean-Paul Gavard-Perret .

08:57 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

07/06/2016

Nathalie Delhaye : made in Japan

 

Delhaye.pngNathalieDelhaye, International Contemporary Sculpture, Miyayaki, 6 - 19 juin 2016. http://www.nathaliedelhaye.com/. Workshop : Carrières du Lessus, 1867 St.Triphon / Switzerland


Il faut se perdre dans la lumière noire des sculptures de Nathalie Delhaye pour voir l'obscur. Il convient tout autant d'aspirer les vertiges plastiques polis dans des pierres rares. Ils sont autant de grâces. Sarments et vulves, travaux monumentaux. Les mots s'effacent de la tête pour entendre du dedans ce que l'artiste laisse saillir. Dérive non dérapage. Ou alors contrôlé. Là où tout se découvre le presque silence. Résurgences, déliés et défilés du lié. Entrer en résonance avec l’inconnu qui ouvre à l'insaisissable : pensées presque perdues par ce qui s'érige.

Delhaye 2.pngReste le mystère qu'il faut laisser tel quel. Le langage plastique le scelle. Venu de partout et de nulle part. Il donne à voir la lumière noire et les ombres blanches. Amoncellement des courbes. Calme parfait en apparence. A portée de main, donc de la caresse. Effet étrange, appel muet. Seuil à franchir dont le passage est comme interdit. Il ramène à la clôture, mais aussi à l'ouverture : tentation, présence, attente là où se renverse la problématique habituelle du seuil de la matière. Elle sort de sa rigidité, de sa poussière.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/06/2016

Dorothy Iannone : lovely, lovely, ahrrrrrrrrrg

 

Iannone BON B.jpgDorothy Iannone, “Censorship and The Irrepressible Drive Toward Love and Divinity” , Ringier Editions, Zurich.“Dear Dieter”, “Erwing Gruen”, "A Fluxus Essay”, Tochnit Aleph, Berlin, 2016

 

L’artiste multipartitas Dorothy Iannone poursuit une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. « Erwing Gruen » est construit sur un long « chant » ou scansion d’un genre très particulier et qui frôlera (voire plus) pour certains l’obscénité absolue. Il s’agit d’un enregistrement audio de 1975 dans lequel l'artiste américaine entreprend d'interpréter une chanson populaire allemande tout en se masturbant jusqu'à l'orgasme. Ce qui est une sorte d’écho à sa lettre d’amour qui ne s’écrivait pas de Dieter Roth.

Iannone BON A.jpgOn est là moins dans la musique que dans la performance. Le corpus a été longtemps interdit par la censure. Mais son intérêt est plus qu’anecdotique ou factuel. Il permet de voir jusqu’où le son artistique permet d’aller dans une perspective « à la Cage » mais avec une incarnation intempestive. La pulsion de désir s’y révèle selon l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation d’auditeur inconfortable.

Comme toujours lorsque de nouvelles écoutes sont sollicitées, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses cérémonies pour mettre en exergue le corps selon un acte particulier de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret