gruyeresuisse

03/01/2016

Addictions et apories de Pascal Tarraire

 

Tarraire bon.pngDe sa chambre noire Pascal Tarraire fait surgir l’ombre et la lumière des femmes selon une étrangeté magique, un érotisme particulier. La manifestation de la vie - parfois sous le triangle divinement perceptible - reste cependant subtilement montré/caché. A l’imaginaire d’imaginer encore même si le photographe laisse des indices dont nous lui savons gré. Le cœur de chair revient à la rencontre du voyeur sans qu’il ne soit invité à se satisfaire de ce qui est montré.

 Tarraire 2.png

Tarraire bon 2.jpgC’est sans doute de la part de Pascal Tarraire un jeu mais aussi une manière de porter sur le corps féminin une attention douce et subtile. La saveur s’alimente d’une forme d’aporie suggestive. La femme est tout autant Lilith qu’abbesse. Un ruban ou un voile de tendresse enroule son corps mais le ruissellement d’une main au fluide paisible mêle la séduction à un vide. Dans l'escarpement du vallon le soupir s'éternise entraîne la fracture irréductible. La tentation devient pressante : soit calfeutrer les portes, soit reprendre une place dans le trafic des espérances suffit. Inutile de sans songer aux déceptions d'avant.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Pascal Tarraire, « Corps partagés » Edition La Chambre, 2015.

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02/01/2016

Le "clavecin" minimaliste de Max Leiss

Leiss 2.jpgMax Leiss, Kunsthaus Baselland, du 20 Janvier au 6 Mars 2016.

 

Les « pièces » de Max Leiss sont à la fois des sculptures à part entière mais tout autant des installations minimalistes. Elles sont confectionnées à partir du métal du bois, du béton ou de fil de fer. Le spectateur est saisi par des ensembles architecturaux qui répondent à ceux de l’espace où ils sont insérés. Des « constructions » émane un genre particulier d’émotion. Différentes sensations, atmosphères, modes de fonctionnement permettent de porter attention tant sur les œuvres que leur lieu d’installation et la composition de telles confrontations. Cette relation à l’espace passe par le corps du regardeur. Il est traversé par des flux contradictoires d’émotions. La singularité de l’œuvre résonne dans tout l’être.

Leiss.pngL’œuvre échappe aux classements et aux protocoles communs. Il existe de nouvelles « annonciations ». Elles appellent des « incarnations » plus pressenties que données. Max Leiss ramène vers une néo-Renaissance. Le regardeur ne doit pas chercher un mètre-étalon pour l’estimer. Il doit se laisser aller à une démesure par les relations minimalistes que l’artiste propose et peut s’éloigner ou se rapprocher des œuvres pour les envisager de manière globale ou pièce par pièce. La saisie morphologique se réalise par différents mouvements de « prise ». Chaque œuvre reste un territoire d’hypothèses. Des formes inconnues dégagées des conventions et de la trivialité des matières et des situations surgit une abstraction inédite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:20 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

01/01/2016

Histoire des avant-gardes européennes

 

Avant-gardes.jpgBéatrice Joyeux-Prunel, « Les avant-gardes artistiques, 1848-1918 », coll. Folio indéit histoire, Gallimard, Paris, 970 pages, 2015.

 

 

Résolument placé du côté du conditionnement et de la contextualité des avant-gardes, ce livre –somme (près de 1000 pages) fait la part belle au mouvement des idées, du système du marché et des techniques plus qu’à l’esthétique à proprement parler. Béatrice Joyeux-Prunel et son équipe s’intéressent prouvent que les stratégies commerciales ou intellectuelles, les découvertes nouvelles demeurent centrales afin de comprendre comment ces mouvements - en caressant des utopies et proposant des remises à zéro - dirigeaient vers des révolutions qui appelaient « la » Révolution. Elle ne viendra pas ou - lorsqu’elle advint - produisit l’inverse que ce que les utopies espéraient.

 

Dada.pngLa pelote de cette « histoire transnationale », déroule une vision européenne des mouvements. Elle est parfois tronquée : le Futurisme demeure sous évalué par rapport aux avant-gardes russes et allemandes. Néanmoins le livre garde un mérite important : arrêter le concept d’avant-garde en 1918. Ce qui est historiquement « inexact » est intellectuellement juste. C’est en Suisse avec le Cabaret Voltaire de Zurich et Dada tout allait être dit. Dada 2.jpgLe Surréalisme ne sera qu’un succédané des derniers mouvements. Duchamp puis Tzara joignant nihilisme, table rase et monde nouveau finissaient de casser les codes. Quant à Malevitch - après ses périodes muralisme byzantino-sécessionniste, fauviste, néo-primitiviste, cubo-futurisme, a-logiste puis suprématisme - il allait se replier - sur une œuvre plus « pondérée ».

 

Jean-Paul Gavard-Perret