gruyeresuisse

26/04/2016

Victoire Cathalan : décalages

 

Cathalan 2.jpgGalerie Espace L, Genève et Midnight Sun Gallery, Morges, avril-mai 2016.

 

Victoire Cathalan prouve que pour voir et montrer il faut un long temps de travail. Celui qui permet d’armer le bras et fait prendre conscience d’un certain formatage dont il s’agit de venir à bout. Encres, dessins, peintures et le numérique créent un univers étrange entre l’humain et le végétal avec divers effets de peaux, d’écorces dans un jeu de transfert et de transparence entre le dehors et le dedans. L’artiste glisse de techniques classiques à des métamorphoses qui déstabilisent la perception et la représentation. Mais elle laisse une importance à la facture autant qu’à la matière dans leur sensorialité entre coulures et tachismes sans se limiter toutefois à de tels « accidents ».

Cathalan.png

 

Surgissent des pans dressés et des formes larvées et aquatiques. L’ensemble fait saillir le silence de l'être, révèle la faille d'un monde qu'il contribue à dépouiller de tout ce qui, normalement lui donne consistance (la figure entre autre). Ce qui affleure est bien autre chose que les seules données de la psyché. Les couleurs semblent flotter. Elles signifient l'expérience de l'extrême liée à celle d'une dérive dont ne subsistent que des repères épars. Ce qui s’étend de manière aléatoire crée parfois un espace strict. Tout, dans cette problématique, joue du décalage. L’artiste saisit la puissance de l’artifice sur l’organique et ce qui se passe entre liberté et emprise. L’œuvre reste donc sur une ligne de crête : imaginaire et réel créent un lieu des plus étranges.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/04/2016

Les écrins sulfureux d'Eva Weiss


Weiss 5.jpgExistent dans l’œuvre d'Eva Weiss autant une métaphorisation qu’une littéralité. L’intimité est interrogée au plus profond. Cache-t-elle « l’origine du monde » ? Non. L’artiste suggère plutôt que l’on vit à la recherche d'un paradis à jamais perdu puisque caché. Et en une époque où un érotisme hard-core tient le haut du pavé, l'artiste rappelle que la féminité (lesbienne ou non) peut caresser (si l’on peut dire) d'autres ambitions par la sophistication assumée. Contre les prétendus invariants du féminin qui servent de pare-fumée Eva Weiss ouvre à des escapades discordantes par lesquelles elle refuse de céder le pas au convenu du tout venant. 


Weiss 6.jpgLes portraits deviennent des écrins à hantises auxquels la photographe donne une propriété troublante. Ces femmes sont des anges (peut être déchus) mais restent pourtant puissamment terrestres. Le monde devient étoffe dans sa diaphanéité au sein d'une narrativité volontairement mais discrètement fluctuante. Une buée semble soufflée sur la face d’un miroir pour de subtils halos. Au bord de l’extinction et proche d’une renaissance. Surgit par hybridation une humanité plus franche. L’œil d’abord est égaré puis comprend les différences plus que le dualisme basique des genres. L’œuvre oppose au fait « de nature » une autre vérité. Le marbre de la loi générique est remplacé par un autre magister. Eva Weiss ne cherche jamais à provoquer mais à évoquer de manière poétique ce qui fut et reste considéré comme une transgression.

Jean-Paul Gavard-Perret

evaweissphotography.com


Modèles des photos : Lois Weaver & Peggy Shaw.

16:21 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Sarah Haug la wonder-mad-woman

 

Haug 2.jpgSarah Haug persiste et signe. Elle décline l’apologie du chaos dans un mixage qui tient du jeu vidéo, de la B-D et du grotesque afin de la transformer en joie éphémère mais joie tout de même. Elle opte pour le foisonnement, le magma de lignes majeures en tierces, secondes, etc. Il en va de même pour les formes. Tout s’y transforme en rose bonbon mais cela n’a rien de mièvre. C’est le moyen de lever les hypothèques sur les souffrances humaines.

Haug.jpgLa Genevoise fait des démons qui nous hantent des gogo-danseurs d’un cérémonial plus joyeux que délétère. Il tient du grand guignol, de carnaval, du film d’animation donc de la parodie. Il n’est pas jusqu’aux rondes macabres à la Bergman de prendre des couleurs et des chorégraphies hirsutes. L’artiste devient wonder-mad-woman avec ses ectoplasmes drolatiques. La catharsis n’arien d’une « purgatio » c’est un paradis où une société tolérante et libre a droit de citer.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sarah Haug, « SILKY NIPPLE FLUFFY BUTT », www.sarahhaug.com