gruyeresuisse

14/01/2016

Hommage à Christian Bernard et au Mamco

 

Mamco.gif« One more time  - l’exposition de nos expositions », Mamco, jusqu’au 24 février 2016

 

Mamco 2.jpgAvant de rejoindre Toulouse Christian Bernard dans « L’exposition de nos expositions », offre son « one more time » en rappel ou fin de partie helvétique. L’exposition prouve tout ce que le Mamco sous son égide a apporté à la création et la muséographie. L’idée du musée que le directeur a fait vivre pendant 20 ans mixte un travail de mémoire et de création, un écho du passé et l’appel aux nouvelles générations dans une manière de mettre en rapport les temps et les œuvres.

 

Considérant le Mamco comme une exposition globale et totale, « One moreTime » illustre comment diverses manières de montrer se marient : des cabinets de curiosité à la galerie classique en passant par les ateliers d’artistes, les réserves (Claude Rutault) et jusqu’aux grottes (Sylvie Fleury). Surgit tout un répertoire de l’histoire de l’art à la fois en sa mémoire mais aussi dans son devenir selon diverses manières de « faire musée ». La sédimentation est omniprésente dans le travail d’invention que Christian Bernard a accompli. Le classicisme est réactivé par sa juxtaposition à l’avant-garde aléatoire (John Cage). Fillou côtoie le surréalisme, la statuaire africaine Nina Childress au cœur d’une mémoire volontairement flottante que Bernard a scénarisé au sein des fameux « cycles » du Mamco. Un accrochage ne succédait pas à un autre mais où tout faisait lien sous forme de « cadavre exquisé.

 

Mamco 3.jpgLe Mamco a matérialisé en 20 années une des idées les plus intelligentes sur le concept de musée. Christian Bernard rappelle qu’on n’allait plus au Mamco pour voir une exposition précise mais pour s’imprégner du lieu et des ses propositions. De Baudevin à Knoebbel, le partant a créé l’image parfaite du musée postmoderne : il devient lui-même exposition et l’exposition musée.

 

La présence bien sûr des peintres suisses ne fut jamais oubliée : elle fut illustrée par ses maîtres-poncifs - Armleder en premier – mais par toute la diversité de la création helvétique actuelle. Luttant contre les hiérarchies le concepteur a en outre osé - sans l’ostracisme bêtifiant de certains musées ou biennales et leurs ineffables salles interdites au moins de 18 ans - présenter des cabinets érotiques « caliente ». Les nus les plus transgressifs y trônent avec force. Le tout sans la moindre censure et étroitesse d’esprit. La seule règle pour le directeur était l’exigence de qualité. Souhaitons au nouveau directeur le même « goût » et la même réussite.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Serge Hasenböhler : de la nature morte à l’éternité

 

Hasen.pngSerge Hasenböhler, "Fundus", Galerie Gisèle Linder, 22 janvier -12 mars 2016

Une nouvelle fois Serge Hasenböhler prouve par ses photographies sa passion pour les natures mortes. Elles sont fondées ici sur des objets quelconques, sans grâce particulière (morceaux de bois) que l’artiste recueille dans ses déplacements. Une fois installés sur une table recouverte d’un drap noir ils sont revisités. Serge Hasenböhler met l’accent sur la sensualité de leur apparence formelle par un éclairage puissant et des prises de vue macro rassemblées ensuite par l’ordinateur. Ces objets sans grâce sont transfigurés par la beauté des prises en pièces inestimables. Il en va de même avec ses « ballons ». Usés, abandonnés et dégonflés ils deviennent des œuvres muséales capables de suggérer la perte, l’absence, l’éphémère en un modèle particulier d’une « vanité » au ventre déformé ou d’un élément d’un cosmos ignoré.

Hasen 2.pngSurgit une fascinante étrangeté. L’artiste crée une nouvelle vie par effet d’effluves. S’instaure le transfert de la nature « morte » à la figuration abstraite. Elle s’éloigne de «la trivialité positive » qu’abhorrait Baudelaire. L’œuvre - en humilité par sa substance - prend une puissance sidérante. La presque absence des choses trouve un aspect doux et dur d’éternité. Demeure un souffle mystérieux et lumineux. Une force avance contre les ombres crépusculaires par la hantise de fantômes. Leur aura crée un sentiment de prise sur ce qui nous est le plus proche, le plus immédiat, le plus intime dans la fable des images.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

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13/01/2016

Mathieu Bernard-Reymond : de Grenoble à Lausanne

 

Bernard3.jpgMathieu Bernard-Reymond, « Transform », Galerie Heinzer Riezler, Lausanne, 21 janvier - 5 mars 2016, Lausanne.

Né dans le Dauphiné, Mathieu Bernard-Reymond est devenu photographe en pays de Vaud. Diplômé en science-politique à Grenoble il quitte la France pour la Suisse. Il obtient le diplôme fédéral de l'Ecole d’Arts Appliqués de Vevey. Ancien lauréat de la Fondation CCF pour la Photographie, il aborde la question du paysage selon des montages particuliers : la réalité fait le jeu de l’imaginaire, mais l’inverse est tout aussi vrai. Grâce à l’informatique le plasticien augmente cette propension en accordant à des structures ou des évènements des situations d’aspect baroque (ce n’est donc pas un hasard s’il a reçu en 2009 prix Arcimboldo avec la série « Monuments") au sein même d’un traitement sans afféteries de l’image. Bernard 4.jpgDans sa série « Intervalles », les personnages occupent de manière sidérante le paysage. Ajoutant aux lieux ce qui manque ou faisant disparaître ce qui existe l’artiste devient l’héritier des sirènes antiques. Leurs voix sont remplacées ici par des images « leurres ». Elles attirent et séduisent et leur créateur devient le "transfugeur ». Il prouve que les voies du réel contrairement à celle de Dieu sont pénétrables.

Bernard 2.jpgLe moindre objet (d’une brindille à la coquille d'une pierre) est avalisé comme pion susceptible d'aller à dame ou pièce d'échiquier capable de la diagonale du fou la plus performante. Dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit l’artiste cherche à savoir où le regard se pose d’abord. Et son art rejoint  une des recherches les plus avancées des sciences cognitives entamée au sein de MIT de Boston sous la direction d’Aude Oliva. Pour Mathieu Bernard-Reymond l’abstrait comme le concret devient le creuset d'un grand spectacle inédit. Il rejoint la matérialité et une forme de mystique. L'œil « écoute » à travers ce que l’artiste lui envoie. Tout dépend à qui l’image s'adresse : le regardeur fait le devenir de figures souveraines.

Jean-Paul Gavard-Perret

19:13 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)