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28/11/2018

Miles Aldridge et Todd Hido : Paradise Now – ou presque

aldridge 2.jpgEn vingt photographies grand format Miles Aldridge et Todd Hido explorent le concept de banlieue. Le premier la « traverse » au sein d’intérieurs criards fondés sur la vie imaginaire des femmes qui les habitent. Hido présente en nocturne des maisons de banlieue isolées des USA en suggérant des possibilités de narration que le voyeur peut imaginer.

Aldridge bon.jpgMaîtres de l’éclairage et de la composition, les artistes évoquent deux types de fermetures : des vies et des maisons. L’un est centré sur la présence humaine, l’autre l’exclut. Peut s’y inscrire d’un côté comme de l’autre des drames ou des étouffements domestiques. Les approches sont chargées de tensions sous-jacentes et jouent de l’ambiguïté dans le jeux de tons souvent saturés. David Lynch n’est jamais loin là où le suspens visuel crée des abîmes de perplexité.

Aldridge 3.jpgChaque photographe propose titre un cérémonial délétère, fascinant. Eros prend chez l’un des poses plus ou moins voluptueuses pour tenter de tenir face à ce qui veut écraser la femme. Chez l’autre les maisons deviennent des gouffres dont il faut se garder.

Jean-Paul Gavard-Perret

« The Side of Paradise - Narrative, Cinema and Suburbia in the Work of Miles Aldridge et Todd Hido », Galerie Huxley-Parlour, Londres, du 15 novembre au 15 décembre 2018.

27/11/2018

Max Kellenberger et Alex Yudzon : le parti pris des choses

Kallemnerger 3.jpgMax Kellenberger et Alex Yudzon rapprochent la photographie de la peinture (nature morte) et de l’architecture (en créant en intérieur des extérieurs). Ce retour est en opposition à ce que la photographie fait habituellement en une telle perspective – à savoir une « singerie ». Ici le 7ème art recrée les plus anciens. Ce qui est métamorphosé avec les choses ou le mobilier renverse l’espace et le temps.

 

Kallenberger 2.jpgSe créent de nouveaux agencements ironiques dans un esprit dada et surréaliste mais selon une perspective postmoderne. Le parti pris des choses est à la fois sublimé et victime d’une « conspiration ». Max Kellenberger propose des images tirées de son oeuvre « Gravity » fondées sur des idées simples qui défient les lois de la nature selon une perspective qui n’est pas sans rappeler le design suisse. Existe un va et vient poétique du désordre vers un ordre.. Photographe, peintre, sculpteur et collagiste Axel Yudzon présente des extraits de « A Room for the Night ». Il s’empare du contenu des chambres d’hôtel pour inventer ce qu’il nomme «sculptures de meubles» : installations temporaires conçues pour être photographiées et dans lequel il mythifie son statut d’éternel errant.

Kallenberger.jpgLes deux créateurs utilisent propagent leurs farces optiques plus sérieuses qu’il n’y paraît. Kellenberger sort les objets de leur rôle utilitaire et leur donne une vocation poétique là où, par exemple, une boîte est confrontée à son couvercle qui refuse de se refermer. Yudzon quant à lui déplace les objets pour bouleverser les lieux d’une intimité érotique (le lit) ou laborieuse (le bureau). Les deux ont construit leur exposition au cours d’échange de mails et leurs propositions se répondent pour suspendre la gravité - à tous les sens du terme - au sein de leurs narrations intempestives

Jean-Paul Gavard-Perret.

Max Kellenberger et Alex Yudzon, « Entropie », Rick Wester Fine Art, New-York, du 1er novembre au 5 janvier 2019

 

 

Harley Weir : l'envers et l'endroit

Weir.jpgRépondant à l'injonction de la nouvelle collection "voyageuse" de Louis Vuitton, Harley Weir propose une vision personelle de l'Iran. Tout s'y joue entre le visible et le caché. Plutôt qu'une énième dissertation logomachique sur la religion, le pouvoir, la situation des femmes dans le pays, le photographe fidèle à sa pratique de la beauté, propose une programmation visuelle par la bande.

 

 

Weir 3.jpgLe beau reste bien le souci majeur de ce projet : celui qui peut se percevoir en glissant dans l'"intimité" des lieux publiques par delà de la muraille idéologique pour peut qu'on soit, comme Weir, capable de le traquer. Exit ici les signifiants les plus visibles (mosquées, maisons). Tout tient le plus souvent d'une approche de détails. Ils sont moins des exceptions qui pourraient s'imaginer.

 

 

Weir 2.jpgL'éros est là. Harley le traque à travers certaines vitrines ou avec celles dont il sait partager les confidences non seulement "parlées" mais ostensiblement visuelles par leurs parures. La volupté est prégnante. Et même si le photographe restait sous surveillance il a su offrir des visions magiques de l'intimité. Un foulard, un pied  suffisent à suggérer désir et frustration. Dans ce superbe livre, le premier écrase le second.

Jean-Paul Gavard-Perret

Harley Weir, "Iran", coll. "Fashion Eye", Louis Vuitton éditions, 2018.