gruyeresuisse

12/06/2018

Jacquie Barral : l’espace du dedans

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Jacquie Barral poursuit son travail de reprise des images. Ici avec quatre photographies et un assemblage original en relief sous une boîte d’archives noire. L’artiste propose une histoire de plans : s’y mêle celle du temps à travers le dialogue entre le texte de la poétesse Valentine Oncins (alter-ego de la plasticienne) et Saint Jean de la Croix (un des piliers de sa sagesse).

 

 

 

Barral.jpgUne nouvelle fois l’artiste impose sa carte et son territoire en offrant des images troublantes et troublées. Animée d’une pulsion créatrice elle prolonge son expressionnisme et son impressionnisme qui du figuratif passe ici à l’abstraction propre à une visée implicitement mystique.

 

 

Barral 3.jpgLa « maison de l’être » chère à Bachelard est donc revisitée, reprise et corrigée non sans faire allusion au « Château » de Kafka là où tout tient des mystères de l’âme. L’artiste leur donne sa propre vision et un effet de vitrail opaque et sidérant. Le livre d’artiste acquiert une puissance de feu entre signes, indices et jointures d’un lieu-dit à la topographie inconnue mais auquel Jacquie Barral donne une extériorité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jackie Barral, « Le Château intérieur », Texte inédit de Valentine Oncins accompagné d’un extrait de Saint Jean de La Croix, Collection Boites d’archives, Edition 2+3=5, 2018, 120 E.

11/06/2018

Andreas Hochuli : re-formulation

Hochuli.jpgAndreas Hochuli, « Réformes », galerie Heinzer Reszler, du 22 juin au 25 juillet 2018.

 

Andreas Hochuli mixe la puissance d’analyse à la créativité dans un art fractal. Aux harmonies subtiles et doucereuses il préfère les effets de pans énergisants par les messages qu’ils recèlent mais aussi par  la manière de les « monter ».

 

Hochuli 2.jpgL’artiste propose des interventions critiques où ces messages n’ont rien de direct. Au regardeur de le reconstruire et le réinterpréter. Et le titre « Réformes » n’est pas innocent. Il faut le comprendre autant dans son sens général (re-former la peinture) que quasiment religieux (réformer l’image).

 

Hochuli 3.jpgSélectionnant parfois des éléments visuels sur divers supports il les retravaille ensuite sur un logiciel de traitement d’image et les intègre au tableau par des aplats au pochoir, en composantes visuelles et textuelles. Un tel art conceptuel multiplie en lui-même ses propres commentaires. Néanmoins au didactisme est préféré la liberté. Rien n’y est plombé par la pesanteur d'un discours marqué idéologiquement même si Hochuli fait de son art une arme « politique ».

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Todd James : farces et attrapes

Todd James.pngLa peinture de Todd James possède l'éclat de ses formes et surtout de ses couleurs. Elle garde en elle ses propres murmures et ses exigences, ignore les angles, cultive l'intensité au sein de narration sous forme d'évocation pleine d'humour. Des êtres y apparaissent, lascifs ou presque, au milieu des objets. Existe des sortes de fêtes désinvoltes ouvertes aux rythmes en cascades. La peinture désenveloppe les brumes. Cela prend le cœur ou et surtout les sens au sein d'une figuration très particulière : celle d’une quasi abstraction lumineuse qui revitalise le monde.

Todd James 2.pngSa texture en devient lisible dans des éclats riches de tous les possibles. L’émotion est sublimée en un espace lyrique où les injonctions de lumière laissent apparaître un univers ouvert par des formes insoupçonnées. Contre l’obscur jaillit la fraîcheur inespérée de l’envol. Todd James arrache à la fixité et présente un règne de vibrations de plages de lumière à l’état diffracté à partir d’un cœur coloré de multiples facettes et lignes.

Todd James 3.jpgEn émerge une montée par amorce de l’ouvert. Une joie de la présence au monde est omniprésente. Au descriptif l'artiste préfère éclats. Il rappelle qu’il ne faut pas chercher le rapprochement d'un "original" mais trouver sa mutation; le réel l’image est démonté afin que son langage parle autrement.

Jean-Paul Gavard-Perret