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08/09/2018

Marie Bette : le mou et le dur

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Marie Bette crée des pièces étranges, entre la sculpture et la peinture, posées à même le sol ou accrochés au mur. Elle invente des pièces flottantes, coulantes voir qui se dissolvent. Au besoin elle les immerge pour qu’elles redeviennent une pulpe qui se détend sous l’humidité et se contracte au sec et la chaleur. Chaque pièce est à modéliser de nouveau.


C’est sans doute pourquoi Marie Bette opte pour la cellulose et la gomme arabique pressée dans un moule. « C’est un matériau pratique et léger, qui ne coûte rien et absorbe la peinture, la graisse et la cire » précise l’artiste. C’est aussi une matière poétique dont les couleurs créées par des encres offset d’imprimerie diluée dans de l’huile végétale absorbent la lumière.

 

Bette 2.jpgMais l’artiste ne s’arrête pas là elle explore actuellement du néoprène, du fil réfléchissant, de l’aluminium, de la cire de Babybel, de la toile de jean. Jaillissent des objets toujours singuliers et étranges qui, quoique rigides, peuvent changer de forme pour raison « météorologique ». Une baudruche noire ressemble aux restes d’un divan ou d’un canot de sauvetage. Et le titre de l’œuvre (« Tous les spécialistes du sujet ont disparu ») crée autant une précision qu’un doute.

Bette 3.jpgQuant au monstre marin « Sea Lion Foot » il devient une excroissance organique en céramique. Ce lion de mer - ou ce pied de nez - luit dans l’ombre lorsque la nuit revient à l’aide de pigments phosphorescents. L’artiste trouve là une manière de raconter des histoires énigmatiques aussi féériques que réalistes propices à de nombreuses interprétations.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marie Bette, « Pneumate », Galerie Mezzanin, Genève, du 14 septembre au 5 octobre 2018.

 

06/09/2018

Fabian Marti : entropies et espaces offusqués

Marti.pngFabian Marti, « Oeuvres récentes », Art Bärtschi & Cie, Genève du 13 septembre au 9 novembre 2018.

Le Fribourgeois Fabien Marti vit à Zurich et à Los Angeles. Après ses études à la Haute Ecole des Arts et du Design de Zurich (département photographie) il poursuit un travail et des expériences protéiformes à partir des procédés photographiques mais il intègre aussi une approche du bois, de la céramique et de l’installation en se préoccupant comme créateur ou curateur du design de chaque exposition.

Marti 4.jpgQu’elles soient analogiques ou numériques, les images qu’il crée sont retouchées selon divers opérations dont les traces restent visibles. Sujets ou motifs viennent de l’histoire de l’art officiel, des civilisations, de l’art populaire. Mais Marti va chercher tout autant les « états » qu’il propose auprès des avant-gardes pour leur capacité à explorer sciences, littérature, psychologie, perception des phénomènes mentaux et subconscients.

 

Marti bon.jpgL’artiste joue de l'ordre et du désordre. Il crée des déploiements où l’espace semble souverain indépendamment des "objets" qui s'y trouvent. Ils s'effacent : ne restent que contours, volumes, formes à la tactilité feinte. Elles ont comme fonction de combattre le vide sans pour autant que puisse se distinguer de veritables objets mais juste quelques indices plus ou moins évidents d'une certaine présence.

 

 



Marti 2.jpgDes formes surgissent et agissent en une sorte de demi-jour où tout est à la fois épaissi et allégé. Reste l'interception de la lumière par des corps opaques et denses dont l’ombre est dans le même temps que l'"objet". Elle lui confère son existence problématique tout en lui assignant néanmoins un franchissement de ses limites. Devenant orphique l’œuvre par ce qui semble récessif prend une dimension inédite.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

05/09/2018

Victor Man et le C.E.C. de Genève au M.A.D. de la Monnaie de Paris

MAD victor Man.jpgLes œuvres de Victor Man créent souvent des bribes d’histoires inachevées ou désaccordées mais toujours susceptibles de susciter chez le spectateur/lecteur des associations libres et une certaine désorientation. Son livre présenté au MAD (évènement et concours orchestrée par Sylvie Boulanger et Michel Woolworth à la Monnaie de Paris) le prouve. Celui qui comme il l’écrit « évite de donner un statut définitif à mes œuvres. J’aime l’idée de pénétrer doucement les choses et de conserver une certaine distance. Si les choses deviennent trop explicites, j’ajoute un autre élément qui en perturbe la cohérence » cultive une nouvelle fois l’ambiguïté dans ce livre « mixé ».

MAD.jpgCe livre d’artiste est la reproduction de carnets de dessins De Victor Man lorsqu’il était enfant en Roumanie communiste. Les bandes dessinées révèlent sa fascination pour les héros occidentaux interdis dans son pays. Le livre s'ouvre sur une lettre de Victor Man à la petite Rózsa à qui l'ouvrage est dédié. De tels comics réinventent les héros. Dessins et ses historiettes portent la naïveté de l'enfance mais aussi les fantasmes que provoque cet univers mystérieux et inaccessible. L’ensemble fait dériver un sens initial pour acquérir d’autres niveaux de signification, plus souterrains. L’artiste en augmente le potentiel représentatif. La culture première et populaire trouve un sens divergent comme l’artiste l’avait déjà proposé avec des artistes ou auteurs confirmés : Pierre Molinier ("Shaman", 2008), Samuel Beckett ("Untitled (Memorable Equinox)", 2009) par exemple.

Mad 3.pngMan joue de l'espace livresque comme un lieu de désirs et de dérive. Existe une expérience qui vise à une vision expressionniste et transformiste des « comics» soumis à d’étranges reliefs. Tout ressemble à un chantier où l’artiste remue les héros codés selon des mouvements et des renversements qui ne déplacent pas seulement les lignes. L'explication que peut en donner l’artiste n'est jamais suffisante. Il appartient à l'observateur le « droit » d'établir les règles qui régissent sa bonne compréhension. Comme il lui revient aussi celui de s'égarer.

Jean-Paul Gavard-Perret

Victor Man, « Chilhood Drawings fot Rozsa », C.E.C. Genèvre, Multiple Art Days, Monnaie de Paris, 14-16 septembtre 2018.