gruyeresuisse

29/05/2016

Jérôme Hentsch : art plastique et musique

 

 

Hentsch2.jpgL’œuvre du Genevois Jérôme Hentsch est aussi conceptuelle que sensible. L’œuvre d’Herman Melville y devient le prétexte littéraire à un déploiement artistique. En 2016 avec "l’Instrument" l’artiste a fait créer une petite table d’écriture blanche dans laquelle il a introduit une caisse de résonance dont la table d’harmonie se confond avec l’écritoire. L’artiste a utilisé cette table pour recopier de sa main tout le « Bartleby » de Melville sur une seule ligne, revenant sans cesse sur sa propre écriture. La «musique» produite par le stylo courant sur la table d’harmonie a été enregistrée. Avec la Chaise (2016), il a conçu un siège dessiné par une fine structure métallique. La sculpture-chaise «écrit» dans l’espace, révélant un alphabet mystérieux (Sans titre, 2016). Occurrences présentent les pages détachées et noircies à l’encre de Chine de deux exemplaires de Bartleby, l’un en français, l’autre en anglais, dont l’artiste a caviardé le texte de petits trous faits à l’emporte pièces.

Hentsch.jpgExistent une ouverture vers l’espace et une liberté artistique. Les implications créent une traversée des médiums. Mais la peinture reste néanmoins centrale. Sa bi-dimensionnalité donne un sens à l'image dont le « sujet » est la peinture elle-même. L’artiste ne cherche pas à ce que les spectateurs aient à déchiffrer des symboles esthétiques, mais sans proposer pour autant une image affaiblie. Dans ses œuvres, il n'y a pas d'histoire, de symbolisme : juste des formes et des couleurs simples là où la géométrie rapproche de la plasticité du temps musical se pliant volontiers à ses diminuendo ou ses progressions. Hentsch 3.jpgTout cela prouve combien l'art optique de Hentsch se déroule à la fois dans le plan, dans l'espace mais également dans la dimension habitée par la musique : le temps. Mais elle prouve aussi, et contrairement à ce que pensait Schopenhauer, que la musique n'est pas "le plus abstrait des arts"

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Oeuvres visibles à l'Espace André Missirlian, Romainmôtier.

 

27/05/2016

Quotidien et rituels : Shuji Kobayashi


AAAAYumi.jpgEn photographiant de jeunes femmes, Shuji Kobayashi saisit le fragile, le mouvant et l'émouvant, le désir et la vie contre la mort accumulée par les habitudes. De ses femmes à demi nues il n'y a rien qui puisse être encore retiré sans annihiler le  propos de l’artiste. Ce qui s’ignore et ce qui se perd demeurera tel quel : l’artiste se contente d’accorder à l’opacité une clarté suggérée.

AAAYUmi 2.jpgLa femme se révèle en son essence. S’y affirme sa différence comme présence puissante et immanente. Les prises s’élèvent contre toute mondanité et interroge ce qu’il en est moins de l’amour que de son aussi longue absence ou attente. Le corps échappe autant à la métaphysique qu’à l’animalité.

 

AAAyumi 3.jpgShuji Kobayashi démystifie un certain érotisme mais de manière hallucinatoire entre l’ombre et la lumière. Il comprend non seulement le corps de ses modèles mais qui elles sont et ce qu’elles peuvent donner en une sorte sinon d’amour du moins de communauté et d’entente tacite. L’atmosphère demeure trouble parce que le photographe et ses égéries sont eux aussi troublés. C’est comme s’ils faisaient ensemble un crumble rhum et cannelle à déguster à deux dans une cérémonie athée.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

16:55 Publié dans Images, Monde | Lien permanent | Commentaires (0)

Dorothy Iannone l’impénitente “pornographe”

 


Iannone 3.jpgDorothy Iannone, « The Story Of Bern (Or) Showing Colors + The (Ta)Rot Pack + A Cookbook”, du 3 juin au 10 juilllet 2016, Centre Culturel Suisse, Paris.

 

 

 

 

 

 

 

 

Iannone.jpgDepuis le début des années 1960, Dorothy Iannone développe une œuvre subversive, féministe et politiquement incorrecte. Peintures, dessins, collages, sculptures, vidéos et livres d’artistes mêlent mythologie et autobiographie dans un langage coloré et hybride. Le CCS présente  les 70 dessins de « The Story Of Bern (1970), récit illustré sur la censure subie par l’artiste lors de l’exposition collective « Freunde » à la Kunsthalle de Berne, et le facsimilé de The (Ta)Rot Pack (1968-69 / 2016), un jeu de tarots qui évoque sa relation avec l’artiste zurichois Dieter Roth.

Iannone 2.jpgPour Dorothy Iannone la différence entre la pornographie et l'art est simple : l’'art se contemple indéfiniment qu’il suffit de jeter qu'un coup d'œil à la pornographie avant de la laisser. L’artiste retrace la tension entre éros et thanatos, le rêve et la réalité. La pulsion de désir. S’y révèle l’intensité physiologique traitée avec drôlerie. Sans attitude morale, ni jugement la créatrice ouvre la perception pour mettre en porte à faux notre assurance et notre suffisance pour rendre la situation de voyeur inconfortable. Comme toujours lorsque de nouveaux regards sont sollicités, un univers riche se fait jour. Saisie par un sentiment d’implication totale l’artiste est elle-même prisonnière consentante de ses images pour mettre en exergue les corps. Ses œuvres sont des farces mais surtout des actes de résistance.

Jean-Paul Gavard-Perret