gruyeresuisse

25/07/2016

Jen Davis et le corps obèse de la femme

 

Davis 4.jpgJen Davis a suivi avec attention et théâtralité son quotidien de femme obèse pendant onze ans. Elle a posé avec des amants fictifs le temps. La photographe de Brooklyn a invité des hommes (colocataire, ami gay, inconnu) pour explorer sans manque : «Je voulais questionner ma sexualité et l’inconfort auquel je l’associais. Pouvais-je être sensuelle et inspirer du désir ? » écrivait-elle.

 

 

Pendant ce temps elle a transformé la femme quasi obèse en icône imparfaite (selon les critères actuels) mais belle. En dépit de son « mal de vivre » elle posait pour jouer avec ces hommes une passion supposée. En sous-vêtements ou en nuisette elle faisait de ses prises un regard « amoureux » afin de pactiser avec elle-même, de s’aimer en se plaçant dans l’ordre des corps désirés et désirants.

Davis1.jpgAu fil du temps elle a retrouvé un équilibre qui lui a fait perdre plus de 50 kilos grâce à un anneau gastrique.

 

 

 

 

 

 

Davis 3.jpgL’artiste ne se veut ni féministe ni « pro-fat acceptance ». Elle a cherché simplement à retrouver sa place dans le monde. Et c’est en commençant à ne plus s’habiller au rayon des très grandes tailles qu’elle s’est sentie mieux. Paradoxalement le succès de ses photographies lui ont permis de jouir d’’un anonymat existentiel. Ses images la font accéder à une connaissance d’elle-même occultée depuis l'enfance. Elles apprennent au regardeur à comprendre la différence.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2016

Natasha Kertes : la peau douce

 

Natasha Kertes.jpgNatasha Kertes aime jouer avec le feu pour en garder les flammes. Les femmes en sortent afin de donner raison à la folie de l’éros : il clame l'absolu. Les photographies produisent le chemin « dans ». Mais ce qui est dessous n'a pas forcément de « dans » pour le voyeur. Existe néanmoins un trajet physique. Le corps est en métamorphose pour que vive une autre individualité que celle du quotidien.

 

 

 

 

Natasha Kertes3.jpgLa photographie devient un change, une poussée : les femmes sont des totems, elles ont tout à conquérir. Natasha Kertes en souligne leur charme, s’amuse de leurs désirs en créant des élans sous le linteau du temps sans étiage ou limite. Il s’agit de s’absorber dans des lointains inaccessibles en un monde de l’illusion caché dans les plis d’une robe, d’une jupe duveteuse. Parfois les genres s’y confondent.

 

Natasha Kertes 2.pngLes mains qui en jaillissent ne sont pas là pour la dévotion. Les aubes des femmes s’offrent à la pâmoison de la nuit des sens. Peau douce, soie sucée mais juste ce qu'il faut. Et plus vraies peut-être dans les photos que dans la réalité. Les muses sont-elles vraiment telles qu’elles se contemplent ? Elles semblent prêtes à glisser au voyeur quelques mots : mais il entend et voit toujours plus qu’il ne voit Et la photographie ne mène pas forcément où l’on pense accoster.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste a été exposée à la Basel Art Fair, Miami.

23/07/2016

Véronique Hubert : Godard et après

Hypnosa.png

 

 

 

 

 

 

 

Véronique Hubert, "cinéma n'est pas un prénom féminin", https://vimeo.com/175409044



Hubert bon.jpgSouvent les jambes des femmes deviennent les cavernes du cerveau du mâle. C’est pourquoi en les « invoquant » - ainsi que d’autres « pièces » anatomiques - Véronique Hubert pense à leur sujet non au développement photographique mais au développement géométrique de l’espace. Elle permet - par images et en mots - de visualiser le regard portée sur les guérisseuses de l’âme (du moins ce qu’il en reste) et du corps masculins.

Hubert bon 2.pngDans ses vidéos le présent n’est pas décliné de manière narrative mais en « cuts », alternances et inserts. Digne héritière de Jean-Luc Godard (dont elle partage un même sens inné de l’image) elle rend l’absence visible et l’évidence invisible. L’abandon est fait de tension afin que se perçoivent des zones inconnues de dérive. Si bien que l’engourdissement du demi-sommeil de voyeur se transforme en transes extra-lucides.

Hubert 2.pngExiste là tout un travail d’intelligence selon des « farces » (décentes) dont le procédé de structure original crée jusque dans ses coupures une unité mélodique. Elle fait du cinéma le plus abstrait des arts au moment où il puise pourtant dans la réalité. Le but - même dans des vidéos courtes - est de créer ce que Godard nomme un « ensemble afin de se voir dans le miroir des autres ».


Jean-Paul Gavard-Perret