gruyeresuisse

12/03/2016

Maya Zeller : passacailles



AAZeller.pngMaya Zeller, « Station Show », Lausanne, 29 février - 17 avril 2016.

Le travail de Maya Zeller donne le beau rôle à l’intelligence comme à l’émotion. L’artiste invente une légèreté qui détache les apparences. Existe un retour à une forme de simplicité où en filigrane se retrouve un sensibilité en fragrances. Tout est subtil dans les jeux que l’artiste propose au sein de ses projets "poétiques". La créatrice repose la question récurrente : l’idée que l’on se fait du monde est-elle la bonne ? Maya Zeller y répond sobrement mais de manière complexe en mêlant figuration et une forme d’ « abstraction » ou de stylisation.

AAZeller 2.pngL’art n’est plus un objet : c’est la vie. Il la pénètre mais avec douceur et couleurs. Le paysage semble se modifier de l’intérieur, comme si l’artiste le piratait dans un geste salvateur pour qu’on sache le voir. Elle rend à l’art ce qui lui appartient : de la légèreté apparente. Mais s’y grattent les couches de faux-semblants. Sous couverture d’imbroglio le travail de la créatrice de Vevey est un symbole de la simplicité retrouvée afin de réinventer la réalité à la façon d’un magicienne. Elle dévoile ses secrets.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Ralph Manfreda : unions libres



AAAManfreda.jpgC’est bien sûr une évidence : la sensualité ne provient pas de la seule nudité. Elle naît des parures qui nimbent les femmes dans la douceur originelle des matins de lumière. Entre le nylon et la chair, les jambes et leurs bas s’instruit dans la tradition érotique une grammaire que Ralph Manfreda reprend à son compte : il capte les mouvements des femmes pour « lever le moment vers l’infini, préservé à un aperçu statique de la mémoire » dit l’artiste. AAAManfreda 4.jpgIl dédie ironiquement son livre « aux 5 scientifiques américains qui ont travaillé sur l’invention du Nylon ».
Offertes de manière faussement naïve entre un état de vision et un état d’évanescence les femmes témoignent d’une vie spéculaire et fantomatique. AAAManfreda 2.jpgElles ouvrent surtout à une expérience intime de la sensorialité. Émane de chaque photographie l’impression que le temps se défait, ne semble avoir plus de prise. Exister revient à errer au fond d'un instant sans borne. La réalité ne peut être qu'une hypothèse vague.
L’érotisme n’est donc pas seulement dans les choses mais surtout dans le regard qu’on pose sur elles. Ralph Manfreda conduit lentement au sein des pulpes par le travail des surfaces qu’il apprivoise afin de les transformer en intimités. Tout est de l’ordre de la caresse et du frôlement. Et soudain d’un corps féminin surgit l’inattendu qui ne peut se saisir qu’à l’intérieur de l’attendu. C’est une présence aussi claire que confuse dans une suite de jeux de textures et de poses L’immobilité appelle le vent avec l’illusion que dans tout ce qui se défera rien ne s’abîme.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ralph Manfreda, « Destructured Realities », 726 pages, 2016.

 

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11/03/2016

Elisabeth Llach et les "stéréo-types"

AALLA 3.jpgElisabeth Llach, « Totchic », Centre d'art contemporain, Yverdon, du 29 mars au 29 mai 2016.

 

AALLAch.jpg« Totchic » (« Chic à en mourir ! ») montre combien Elisabeth Llach pratique une théâtralité impertinente de la féminité par le dessin, la performance, la peinture et l’installation. A partir de magazines féminins ou de l’histoire de l’art elle trouve matières et formes adéquates afin de subvertir l’attention classique. Le simple glissement d’un média à un autre crée un imaginaire énigmatique, inquiétant ou drôle. Entre verve et obsessions se produit la révélation parfaitement intériorisée d’une féminité qui trouble moins la vertu que les principes de macération pervertie. Eve dans cette paradoxale Genèse se substitue insidieusement à Dieu. Il ne s’agit pas forcément de faire l’apologie des plaisirs charnels ni de valoriser des capacités mystiques mais de changer les donnes.

AALLA 2.jpgComme l’année dernière avec son exposition « A-t-elle le droit de montrer ses extrémités ? », l’artiste fait de son travail une « police » ou une politique de caractère bien trempé. Aux femmes auxquelles on demande quasiment de s’excuser d’être - sinon de tenir leur rôle d’objet - l’artiste défend une forme de féminisme actif, provocateur et drôle. La contrebandière des images joue des stéréotypes de manière orgiaque mais distanciée et fait feu du sarcasme. L’art est donc venimeux. Les œuvres sont des délices empoisonnés. A la « souffrance » des femmes fait place par la bande la « contemplation » ambiguë de ceux qui les vénèrent pour les réduire à des ustensiles sexuels.


Jean-Paul Gavard-Perret