gruyeresuisse

01/09/2020

Autant en emporte le vent : Menghi Zheng

Zheng.jpgMenghi Zheng, "On n'y entre pas mais on en sort", Galerie Heinzer Reszler, Lausanne, du 11 septembre au 24 octobre 2020

A l'aide de diverses matières Menghi Zheng propose des montages qui sont autant d'envols dans l'espace qu'il contribue à métamorphoser. Il refuse que l’art évolue en circuit fermé. Son travail se consacre à ce questionnement expérimental. L'artiste cherche à comprendre comment l’art peut établir des rapports avec l'espace et le monde sans perdre son indépendance. Il s’agit pour lui de créer un microcosme ou parfois un macrocosme qui devient une métaphore du monde à travers des éléments ténus tels que rotin, baguette de bois, carton plume, papier, attache colson.

Zheng 2.pngIl faut retenir cette approche comme un phénomène avènementiel dans la manière de lier deux traditions et de créer une beauté assez pénétrante qui ne doit rien au marketing pictural. L'espace reconstitué est comme l'ombre d'un songe. Mais il n'est pas fait pour que les fantasmes repoussent comme du chiendent. L'artiste remet en cause le réel par un travail de fond à travers des "occurrences" poétiques rares. Il propose aussi un supplément de réalité par des pièces à l'intensité mystérieuses. Chaque pièce devient un cérémonial faussement grandiose réduit volontairement à des évocations "orphelines" mais qui sont là pour à la fois sublimer le réel dans un jeu d'ouvertures d'un genre original.

L'iconographie construit de nouveaux ensembles, objets et paysages. Ils se dégagent de toute passivité et de faiblesse afin de faire éprouver quelque chose de neuf selon une ingéniosité pénétrante peuplée de la propre rêverie de l'artiste à travers ce qui dans son imaginaire échappe au bélier des doxas. L'art permet ainsi de mettre du cortège dans la représentation sous forme d'une imagerie non seulement mentale mais figurale et selon de nouvelles "lignes" de démarcation.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

13:17 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

30/08/2020

Valentin Carron et la révision des principes helvétiques

Carron bon.pngValentin Carron sort le folklore suisse et le fait exploser - au besoin en reprenant ses fétiches pour les détourner de leur racines. L'artiste né à Fully, vit et travaille à Martigny et à Genève. Il renouvelle le scène artistique au même titre - mais par d'autres voies - qu'Andro Wekua, Mai-Thu Perret ou Vidya Gastaldon. Ses scultpures, ses peintures et ses installations mélangent les genres et renouvellent les stratégies de l'"approriatonnisme" et du "pop-art".

Carron.jpgRéinterprétant les symboles familiers de formes vernaculaires il les fait échapper à la culture dominante et le folklorisme par une artificialisation des arts et traditions populaires. Par exemple reprenant les portails en fer forgé chers aux chalets suisses et aux pavillons "Sam’suffit" sur lesquels leur nom est inscrit, il a demandé à un forgeron un même objet mais avec une fausse note. Et ce, en lui précisant d'inscrire en lieu et place des dénominations traditionnels le mot "Authentik" afin d'ouvrir de nouvelles strates de lecture.

Carron bon.jpgTout devient ambigu et déroutant. Ni authentiques ni kitsch, ni ready-made ou réellement artisanaux, ses objets jettent un doute sur l'authenticité suposée des légendes et des images de la Suisse au moment où les montagnes du Valais échappent aux vaches pour aborder une cultuure plus urbaine et neuve. Carron bon 2.jpgRemarqué des ses premières oeuvres réalisées pour le MAMCO et au Centre d'Art Contemporain de Genève puis pour la Kunsthalle à Zurich et le Swiss Institute à New York il a entre autres créé sa célèbre croix monumentale dressée sur la Messeplatz dans le cadre d'Art Basel 2009. Mais ce ne sont là que des exemples des exposition d'un artiste désormais célébré dans le monde entier.

Jean-Paul Gavard-Perret

Valentin Carron , "Zéro Virgule Nul", Consortium Museum, Dijon, du 13 mars 2020 au 18 octobre 2020. "Valentin Caron", texte de Julien Mare, Presses du réel, 2013, 88 p., 35 E.

Alain Huck et les chimères

Huck.jpgAlain Huck, "Under the Volcano", Skopia - P. H. Jaccaud, Genève, du 3 Septembre au 17 octobre 2020.

Cofondateur de l'espace M/2 à Vevey, Alain Huck est l'un des principaux animateurs de la scène artistique suisse depuis les années 1980. Il pratique principalement le dessin. au fusain. A partir de plusieurs images sources il propose des compositions envoûtantes dans lesquelles le regard voyage et se perd. Mais ses déconstructions ne s'arrêtent pas là. le créateur aborde aussi d'autres médiums : vidéo, peinture, sculpture, installation;

Huck 3.jpgCette exposition le prouve. l'artiste y scénarise les rapports de la pensée et du corps, l'incommunicabilité entre les êtres, le pouvoir des images ou des mots et ce que leur "chaos" induit. Tout s'organise afin que de l'inconnu rôde dans le réel et ses abîmes de manière incisive mais avec tout un jeu de discrétion. Huck multiplie des incidences dans un monde à la Nick Cave (époque "Stagger Lee"). Là ,tout semblait fait pour l'harmonie mais elle se déglingue.

Huck 2.jpgL'oeuvre devient une méditation par l'action poétique d'une esthétique dont la narration implique une suite de bascules. Pour raboter un introuvable temps, découdre les bourrelets de passages sanglés et veiller à la vie l'oeuvre reste une proue qui lacère de diverses manières les lèvres des marées du réel. c'est ce qui fait la séduction paradoxale d'une telle entreprise.

Jean-Paul Gavard-Perret