gruyeresuisse

27/02/2018

Dans les alcoves du silence : Tania & Lazlo

Tania et Lazlo 4.jpgDans l’œuvre de Tania Et Lazlo tout est feutré mais incisif. Sur ou sous des cocons opalins s’inscrit la rythmique de pulsations en sensations satinées. La brèche enchantée par des échappées de charme se fait bruit de la passion ou huile des attentes au sein de symbiose fantomatique. Chaque photographie est un soupir et rapproche d’instants virtuels mais magiques. Des solitudes bâtissent la fragilité bercée dans un nid de tendresse. Reste une moelleuse histoire énigmatique au milieu d’images surréalistes ou expressionnistes dans lequel l’inconscient a son mot à dire.

Tania et Lazlo 3.jpgLe souffle embrasé se réduit, le cœur se déshabille. Les émotions incandescentes demeurent impassibles sur un fond de vie cachée. La sidération est celle de mouvements hagards venus de l’intérieur dans le « moto spirituale » cher à Dante. Des catastrophes s’insèrent dans des maisons de poupées. Les créateurs italiens ne font pas pour autant dans le lyrisme : demeure une désolation lugubre et médusée. Mais le tout avec une idée certaine du sublime. Le recours au vocabulaire visuel crée un impact physique mais le dépasse pour dire comment circulent les affres de l’affect d’un espoir ou d’une illusion d’optique:

Tania et Lazlo.jpgChaque image est à la fois ouverte et fluide et en même temps tournée vers le retrait. Il existe un arc tendu entre le réel et sa brisure en un réarrangement parfait et théâtral de ce qui fut. Les sentiments, intimes sont dégagés des discours moraux et politiques. A leur l’insistance « profératrice » fait place le recueillement de l’être. Le silence et l’attente y font leur chemin pour prendre le relais des ombres qui se sont tues et des rencontres qui ne sont pas encore advenues. Le seront-elles un jour ?

Jean-Paul Gavard-Perret

Tania & Lazlo, « Le temps d'un silence », Ségolène Brossette Galerie, Paris du 8 mars au 12 mai.

 

26/02/2018

Offices hérétiques d’Annie Sprinkle la provocatrice

Sprinkle 3.jpgChez Annie Sprinkle le rire et le sarcasme de l’érotisme remplacent son angoisse. La femme devient la maîtresse des jeux telluriques possiblement hard-core. Elle joue la vénale plus que la concubine avec complaisance et pour satisfaire ses propres plaisirs lesbiens. Elle offre ses seins à celles qui les méritent et se souviennent que le verbe « lesbiazein » signifie lécher. Ce dernier n’est en aucun cas lié à la culpabilité et encore moins au péché.

Sprinkle 2.jpg

 

Pour de telles gorgones le puritanisme ne concerne jamais la sexualité. Et celui-ci se nourrit des objets qui assouvissent les pratiquantes. L’univers est donc celui de gynécées émancipés. Les défaillances masculines sont donc ignorées. D’autant que les matrones de la photographe ont d’autres chattes à fouetter. Les notions d’activité et de passivité sont pour elles lettres mortes. Leur débauche n’oppose pas le « phallos » (dont elles se harnachent) aux divers « spintrias » récepteurs.

Sprinkle.jpgLes aimantes n’ont plus besoin de se soumettre à l’ « inspirator » d'un mâle dominant. Elles s’en remettent à elles-mêmes et aux objets dont elles usent et abusent. De telles femmes sont libres et festives. Elles savent ce que jouer veut dire. L’amour prend un statut ludique et ravageur qui dérange l’ordre des mâles. Chacune des héroïnes se dévoue à ses sœurs en ignorant le mot de chasteté dont le stupre devient le parfait opposé. Il est chez la féministe photographe et performeuse américaine toujours joyeux. Pour elle, aux âmes enjouées le talent n’attend pas forcément le nombre des années. Il suffit d’en faire état dans l’opulence des actes au sein de théâtres, thermes ou autres maisons d'oisiveté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Carol Riu et les douceurs satellites

Riu 4.jpgGrace à ses dessins Carol Riu transpose le trouble de la féminité. Il rappelle aux mâles (mais pas seulement) qu’il faut chercher une autre image derrière celles que l’on est habitué à voir. La créatrice en déplie littéralement le film, le regard latéral, l’attente sidérée en un récit ou leporello qui tient de la fascination et de la complexité.

Riu 2.jpgL’érotisme lui-même entre en mutation. Il est lié ici ni à la crainte ni à l’explosion. Le féminin déborde en fresque de visions qui n’ont rien de nocturnes. La femme prospère loin des « modèles » pour dire son vivant profond. Aérienne, Aphrodite nourrit ses propres vagues et étend son empire et ses attentes. Tout est à la fois clair et impétueux en de telles métamorphoses. La femme y règne en se moquant de la folie mélancolique du monde.

 

Riu 3.jpgCarol Riu impose aux formes connues son propre ordre et rassemble en celui-ci les jeunes filles aux eaux sacrées et aux envolées de mésanges. Elle retourne le « fascinus » loin des formes phalliques et de leur cruauté pour le remplacer par le séjour lumineux de douceurs presque marines.

Jean-Paul Gavard-Perret

Carole Riu, « Redessiner le monde », L’œil du Huit.