gruyeresuisse

07/07/2016

Olivia Locher : péchés de gourmandises


Locher 3.pngGourgandines ou bonnes vivantes les modèles d’Olivia Locher prennent la vie par le bon côté - même si parfois une glace à l’italienne vient tâcher leur poche revolver. Mais chaque fois le vert est dans fruit : car les modèles sont pubères et sacrifient aux désirs quelle qu’en soit la texture (chair ou crème).

 

 

Locher.pngEn chambre ou sur une plage plus d’un tour est joué. La bouche donne aux sucs un art de la symbiose. D’autant qu’aux péroraisons plastiques Olivia Locher préfère les marches à suivre surtout lorsqu’elles peuvent être ratées par celles qui les suivent en jouant les méduses dans le détour de corpus qui ne sont en rien christiques. Et des corps puces : ils n’ont rien de Christi.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:35 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

06/07/2016

Torbjørn Rødland : franc-maçon ou arpète du monde

 

 

Rodland bon 2.jpgTorbjørn Rødland, « Confabulations », Mack, London, 2016, 112 p., 40 E.

Torbjørn Rødland montre par petits pans non seulement le tout de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». Il considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que le photographe y invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.

Rodland Bon.jpgDes moellons segmentent le livre d’étranges jardins des délices. Le BTP n’a qu’à bien se tenir mais preuve que l’avenir se retrouve dans certaines briques en un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge « maçonnique ».  Le photographe cultive une sémiologie particulière dans ce qui devient des chroniques où les êtres grimacent selon deux équations sans aucune inconnue : chair + chaleur = féminin, viande + froid = masculin.

Rodland.pngLe monde tel qu’il est mord la poussière. Mêlant dans des diptyques ou en solo plusieurs ingrédients Rodland renvoie le système des signes de Barthes à une indigence crasse. Il met des images sur les arrières pensées et sur ce qui est le plus profond dans l’homme : à savoir sa peau.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

05/07/2016

Pompes sans circonstances : « Toilet Paper » de Maurizio Cattelan

 

cATTELAN.jpgFondé par Maurizio Cattelan et son photographe fétiche Pierpaolo Ferrari, « Toilet Paper » est un magazine des plus particuliers. Dans la suite de « Permanent Food » et « Charley », entre livre d’artiste et journal d’informations déformantes, la revue explore le monde libidinal contemporain de manière critique. Montée uniquement sur des photographies narratives elle casse les standards médiatiques en détournant la mode, la publicité qui servent le plus souvent à la métamorphose de récits intempestifs.

cATTELAN3.pngExit tout narcissisme et autres enfumages. A l’esthétisme racoleur fait place son empêchement enjoué et jouissif. Et cela fait penser à la fameuse phrase de Beckett : "Manet navet, Derain inconcevable, Renoir dégob, Matisse beau bon Coca-Cola" ? ». L’iconoplastie est de mise par la monstration des régressions, les jus et les exercices d’imbécilités que la société du spectacle ne cesse d’asséner. A sa sophistication et l’orfèvrerie de bazar répondent torsions et charcutages dans un effondrement comique du sens.

P.S. Le numéro 13 est publié pour les Rencontres d'Arles 2016. Il fait la part belle aux cauchemars à travers des photographies de l’absurde selon diverses "déviances".

Jean-Paul Gavard-Perret