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24/02/2020

Disparitions, apparitions : Marion Tampon-Lajarriette

Tampon.jpgMarion Tampon-Lajarriette, "Echos", Erich Linderberg Art Fondation, Museo Villa Pia, Porza, Suisse, du 27 octobre 2019 au 4 avril 2020

Tampon 3.jpgMarion Tampon-Lajarriette explore les frontières de la mémoire et de l'imaginaire en référence à l'histoire du cinéma, de l'art et de la science. Le musée Villa Pia présente une sélection de travaux de ses 10 dernières années de recherche. Ils  correspondent avec son arrivée en Suisse et à Genève où elle étudia à l'HEAD. En 2016/17 elle a bénéficié d'un an à l'ISR Swiss Institute di Roma après avoir gagné le Swiss Art Award dix ans plus tôt.

Tampon 2.jpgSe retrouvent ses vidéos réalisées à partir d'image en 2D, installations ou shooting de ses performances. La créatrice souligne la rupture entre l'amour du patrimoine culturel d'hier et d'aujourd'hui et sa transformation dans un réseau d'images et de visions qui vont vers l'abstraction ou plutôt le virtuel.

Tampon 4.jpgEntre flux et déplacements l'artiste propose des apparitions et présences troubles et mouvementées. Emergent  des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits  de circulations, reprises et articulations. L'art porte atteinte au vide par espoir de fusion de divers temps. Mais l'artiste souligne tout autant le risque de l’abîme au sein d’un mouvement en des assemblages qui jouxtent un impossible à faire reculer.

Jean-Paul Gavard-Perret

22/02/2020

Passiflores que ça et autres plantes grimpantes

Pas si love.jpgLa galerie Bertrand Gillig saute sur la Saint Valentin pour offrir des oeuvres "caliente". Cette année sont mis à contributions matelamatiques  Erro avec des sérigraphies en rien innocentes (et c'est peu dire), Milo Manara, maître de la bande dessinée érotique, DOOL (Olivier Lelong et Diane Ottawa), MG et ses peintures pop éros, Pudeur Française et sa recherche sur la représentation des pratiques sexuelles atypiques et enfin Les Ombres de Juillet dont les dessins obscènes et non gentrifiés sont réalisés au stylo ou aux crayons de couleurs.

Pas si love 3.jpgLa sidération est offerte par un ignoré du corps rendu visible : non seulement par la façon dont il parle le désir mais dont il est exposé - voire et plus directement sexposé - avec indécence en divers défis. Le voyeur se retrouve prisonnier volontaire de toutes ses machines à fantasmer qu'elles fonctionnent ironiquement à vide ou plein pot.

Mais un fait est évident : si les liquettes restent au clou, toisons, seins-coquillages, fessiers, soieries des peaux rendent les effeuillées mystérieuses et vivantes. Le corps redevient un songe et matière de rêve. Les palpitations frisent avec l'indicible. Mais pas seulement. Et c'est peu dire en de telles règles des jeux de l'amour ou ce qui en tient lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

"Pas si love !" n°4, Galerie d'art contemporain Bertrand Gillig, Strasbourg, jusqu'au 24 février 2020.

 

21/02/2020

Christine Streuli : la peinture et le désir

Streuli.jpgChristine Streuli, "Long arms, short legs", Kunstmuseum Thun, du 29 février au 12 juillet 2020


L'oeuvre de Christine Streuli mélange dans d'immenses peintures un riche vocabulaire de couleurs, formes, symboles et ornements. Elle impose par son énergie et sa puissance une réflexion sur le sens des images au moment où le désir est non seulement - comme le pensait Lacan - un sujet qui parle mais qui se peint. Surtout chez une telle artiste. Elle ne manque pas de souffle et se laisse entrainer par lui. La libido devient langage, énergie psychique incarnée. L’articulation main-libido offre des formations inconscientes devenues signifiantes et qui ne se réduisent plus à des lapsus ou des rêves. Et qu'importe si les jambes sont longues et les bras courts.

Streuli 2.pngL'important est que les premières devant la toile touchent le sol et que les mains la caressent. Dès lors le désir s’incarne. Il ne disparaît pas mais s’ébroue sous forme de « signes » plus ou moins inaltérables et sans normativité. Ce qui n’exclut pas - au contraire - une technique certaine dans le processus de création de la Bernoise. Ses images ne sont donc jamais hallucinatoires même elles semblent aller sur cette voie. Mais de fait Christine Streuli projette dans le réel une vigilance qui est un sommeil paradoxal dans mesure où s’ose sous forme de rêve des zones de transgression aux grains de "fantasia".

Jean-Paul Gavard-Perret