gruyeresuisse

24/10/2017

Johanna Simon-Deblon : L’une est l’autre

Debon 3.jpgJohanna Simon-Deblon remet à jour la vision de la féminité. Elle crée une ambiguïté, une incertitude par révision des poncifs en ce qui tient d’un conte. Néanmoins celui-ci renvoie au réel de manière radicale et ironique Sous forme d’autofiction la créatrice reprend l’idée du dédoublement de sa propre image afin de montrer que « je » peut-être aussi un autre : la structure identitaire est complexe. Fixant l’intime au moment de la post puberté - avec rappels à l’enfance et transition vers l’âge adulte visualisés soit directement soit sous une symbolique non seulement du sang mais de sa couleur.

Deblon 3.jpgL’artiste multiplie les jeux. Ils n’ont rien d’épicurien. La forme est essentielle pour aider à voir le féminin autant par jeu, construction que profondeur de vue et de vie. L’artiste manie légèreté, magie, fausse mystification. Existe aussi un enchantement particulier. Johanna Simon Deblon scénarise l’être et le co-être, la marge entre qui est la femme et celle qu’elle voudrait être (devenir adulte ou retourner à l’enfance) bref entre la vie qu’elle mène et celle à laquelle elle aspire.

Deblon.jpgLe travail tient non à réduire ces marges mais suggérer qu’elle crée l’opulence de l’être. Les différentes saisons ajoutent une idée supplémentaire au cycle féminin comme au temps qui passe. Il y a dans cette série une ambiguïté entre la fiction et le réel. Elle illustre l’ambiguïté entre l’être (l’intime) et le paraître (l’extime). La symbolique des couleurs, qui passent du bleu au rouge, conserve toute son importance, ainsi que le jeu de miroir. Il reprend des attitudes légèrement différentes pour en augmenter le trouble.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/10/2017

Philipp Goldbach et la perfection ironique

Goldbach.pngPhilipp Goldbach, Exposition Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 4 novembre 2017 au 6 janvier 2018.

 

Comme il est écrit dans la présentation de l’exposition chez Gisèle Linder : « Philipp Goldbach voue son intérêt artistique aux possibilités cognitives et physiques du travail humain par rapport à la production technique ». La photographie sert de vecteur à un travail « prothésiste » et prophétique de la « machine » là où tout navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance bien plus subtile qu’il n’y paraît. Les œuvres impeccables glissent par paliers vers d’autres plans car Goldbach. Surgissent des fenêtres célibataires qui interrogent le monde en des montages qui forcent l’œil à divaguer.

Goldbach 2.jpgGoldbach adopte au besoin sa propre camisole de machiniste afin d’exécuter « automatiquement » des tours de passe-passe qu’il transforme et transfère sur des « microgrammes » (en hommage à Robert Walser sans doute) ou qu’il fabrique entièrement et à la main afin de revendiquer un processus technique non-transparent dans un contact direct avec les matériaux. La visibilité du geste du travail artisanal est implicitement opposée à des processus industriels de fabrication de masse.

Goldbach 3.jpgTout bascule du familier vers l’énigme par décalages et associations graves ou joyeuses, ironiques et poétiques. Entre perfection et insignifiance volontaire les créations de Goldbach deviennent aussi hermétiques et originelles que relatives au temps présent. L’artiste fait le ménage, trie, casse, met aux rencards les apparences pour toucher à sinon une transparence du moins une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. Le créateur ne veut pas faire triompher « l’idée » mais l’image pour répondre à tous les académismes, à toutes les standardisations non seulement des produits mais d’une pensée et d’un affect fabriqués en série.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:10 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/10/2017

Le présent gnomique de Livia Gnos

Gnos.jpgLivia Gnos, « concentration » Bains de Pâquis, Genève novembre 2017

 

 

 

Sur une feuille vierge Livia Gnos crée des vibrations de courbes en fond monochromatique. L’œil se perd puisque l’image devient une sorte de mandala : il piège le regard là où l’espace et le temps à la fois s’enroule et se déroule. Ce n’est plus le côté connaissable du monde ou sa reproduction qui est en jeu. Le plaisir esthétique est celui du temps qui fait les « frais » d’une telle présentation. L’artiste répond à ce qu’espérait Schopenhauer dans « Représentation et principe de raison » dans « Le monde comme volonté et comme représentation » : « cette volonté de représentation pure du monde devient le but de l’artiste de génie ».

Gnos 2.jpgLa voie de l’art s’affranchit du côté connaissable pour une autre création et donc une autre contemplation. Si bien que la puissance de l’art augmente. A la gnose philosophique répond le « gnosique » poétique et graphique de Livia. L’artiste prolonge le son fondamental du monde par le silence des images en leurs monochromes signifiants. Cela tient de la magie. Jaillissent un sentiment de plénitude, une sorte d’« adagio » visuel. L’air danse au sein d’une mélodie inépuisable avec ses longs  "motifs" et ses écarts aussi proches que lointains.

Jean-Paul Gavard-Perret