gruyeresuisse

30/06/2017

Joyce Tenneson : aurores de certains soirs

Tenneson.jpgPhotographe essentiellement portraitiste Joyce Tenneson crée un univers poétique, évanescent, énigmatique. Refusant le simple effet de surface elle cherche avec ses modèles des moments privilégiés, magiques au sein de jeux subtils de lumières. L’artiste photographie aussi des fleurs, arbres et coquillages pour à la fois trouver des instants d’arrêt mais dans lesquels la nature prend comme les portraits une sorte d’essentialité.

Par une photographie « lavis », la créatrice ne lave pas à grande eau le monde mais permet de faire de celui-ci un corps lumineux et étrange. Il se gonfle, déborde de possibles comme une femme enceinte, comme une terre en soulèvement. Chaque image semble accouchée, réengendrée, gorgée d'amour, chargé de l'avenir et de la mémoire.

Tenneson 2.jpgUne telle démarche provoque une autre présence. Soustrait aux prises habituelles, le portrait change mais en restant le même. C'est (aussi) une manière de retrouver une forme d'extase ou de ne pas la quitter. L’image trouble par l’association du rêve et de la réflexion en donnant à voir ce qui est à fleur de peau. Et au-delà. Ou en deçà.

Jean-Paul Gavard-Perret

Joyce Tenneson, Holden Luntz Gallery, Palm Beach, Floride.

09:38 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

29/06/2017

"Face à face" au Musée Jurassien ou le coeur de la peinture

Wolfender Stetter.jpg"Face à face : la figure humaine au cœur des collections", Musée Jurassien des arts, Moutier, du 2 juillet au 12 novembre 2017.


Il existe un écart entre le visage et le portrait. Surtout depuis l'invention de la photographie. Celle-ci a pris en charge un certain dévoilement de l'identité. Depuis, la lumière du visage peint perce des ténèbres et ouvre de nouveaux horizons comme le prouve les artistes exposés à Moutier : entre autre Gustav Stetter, Ani, Gérard Brégbard, Bernard Philippe, Anouk Richard et chacun dans un langage et un parti-pris particulier. Tous sont capables de donner à voir une vérité qui n'est pas d'apparence mais d'incorporation.

wolfender Moutier.jpgCes artistes ont compris comment depuis l'Antiquité grecque où visage et masque étaient indissociables, le premier est devenu le centre de toutes les ambiguïtés selon une logique anthropomorphique de l'art occidental sur lequel la peinture à partir du XXème siècle a décidé de se dégager.

En parcourant l'exposition, le visiteur comprend que le portrait plus que miroir est devenu une "visagéité" (Beckett) qui souligne la "fausse évidence" des figures "réelles". Ce "face à face" fait éclater les masques et prouvent que tout artiste est celui qui se met en quête d'identité du langage pictural en s'arrachent à la fixité du visage pour plonger vers l'opacité révélée d’un règne énigmatique dont la peinture ouvre les portes en son souci d’incorporation et non de reproduction.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

(Portrait par Stetter et autoportrait de Wolfender)

 

28/06/2017

Dissolving views : Maxime Ballesteros


Ballesteros.jpgMaxime Ballesteros, "Les Absents", (français, anglais), Hatje Cantz, Berlin, 2017, 236 p., 35 E..

Maxime Ballesteros propose les dissolutions du réel et de tout ce qui fait le « bon » sens de la morale et de l’art avec humour voire dérision parfois cruelle. « Les Absents » ici n’ont pas toujours tord et l’objectif reste de savoir où ils se cachent, ce qu'ils jouent qui et pourquoi. L’artiste vise à la fois à rassembler et défaire un monde en des précis de décomposition. La chaîne visuelle est obtenue par une atomisation des stéréotypes et leurs renversements.

Les séries de "paysages" intérieurs ou extérieurs ressemblent à une éternelle vadrouille pour l'épuisement potentiel de schémas en ce qui tient d'un acte de résistance implicite. La photographie devient l’image la plus simple et la plus mystérieuse qui soit au moment où l’artiste propose une forme de subjectivité. Elle n’exclut pas l’émotion au passage mais ouvre surtout à diverses disjonctions et quelques coïncidences.

Ballesteros 2.jpgLa vie et la photographie deviennent ininterrompues, concomitantes. Non pour une promenade mais une errance. Dans des corpus morcelés et lacunaires la trace d’un corps noir oppose sa densité diaphane au lait opaque d'un bain de jouvence. Une femme joue la christique fille de l'air devant un peintre qui se prend pour Dali. Prisonnière de sa baignoire une autre égérie n'a que ses jambes pour pleurer. Mais l'ensemble crée de superbes bains de jouvence.

Jean-Paul Gavard-Perret