gruyeresuisse

24/11/2017

Stefan Marx : Et cum spiri toutou

Marrx 3.jpgStefan Marx, Christoph Keller, “Rebel Without A Cause”, 188 Pages et Stefan Marx, "Sundaayyyssss", 16 Pages 2017, Nieves Editions, Zurich.

 Artiste, graphiste, musicien, Stefan Marx est aussi une figure de la scène skateboard. Créateur, entre autres, du label hambourgeois "Smallville records", et membre du groupe « The Dead See » il s’est fait un nom enviable dans l’art graphique : ses dessins en noir et blanc, ses flyers slogans rendent compte d'une expérience ancrée dans la contre-culture.

Marx.jpgPour preuve « Rebel Without a cause » et « Sundaayyyssss ». Ce dernier illustre combien les chiens s’ennuient le dimanche. Preuve que le toutou n’est pas seulement l’ami de l’homme mais son semblable. Quant à « Rebel Without A Cause” écrit avec le distillateur Christoph Keller il représente la collection de plus de 150 contraventions que ce dernier a accumulé pendant ces 20 dernières années. Au lieu de les payer, il les a remis à Marx afin qu’il dessine dessus. Les originaux ont été vendus au même prix que l'amende multipliée par 7 à Galerie Karin Guenther à Hambourg, sous la devise "le billet moins cher = l'œuvre d'art peu coûteuse".

Marx 3.jpgLes deux compères et hors la loi transforment la punition initiale en une récompense qui prend des vertus de fuite et de succès. Hors des mains de l’administration elle a fini d’être utile : et c’est un peu comme les dimanches. Le faux goût de l’ordinaire et de la règle boit soudain le bouillon. Il existe donc dans ces deux livres des tours de passe-passe et de prestidigitation. L’austérité se rétracte : aux « Pater » de la loi et des fins de semaine se substituent les « Ave » de l’art iconoclaste. Manière pour les taciturnes toutous de devenir d’incontrôlables cabots.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/11/2017

Les questions sans réponses de Pieter Hugo

Hugo.jpgLes portraits, paysages et natures mortes de Pieter Hugo ont une force rare et complexe. L’œuvre renverse les visions binaires, expose la fracture entre les idéaux et le réel et casse ce qu’on veut faire croire et ce qui existe dans les plis d’une société fragmentée non seulement entre les blancs et les noirs mais selon bien d’autres lignes de fractures. L’identité sud- africaine postapartheid présentée dans la série « Kin » (2006-2013) montre comment désormais se déploie les disparités économiques et les diverses traditions du pays. L’auteur y poursuit dans son propre pays ce qu’il entama au Nigeria, Ghana, Liberia et Botswana.

Hugo 2.jpgPortraits et paysages sont hypnotiques quel qu’en soit le sujet : les townships surpeuplés, les zones minières en désuétude, des intérieurs de maisons modestes, mais aussi des photos plus intimistes et révélatrices d’un doute. Le photographe ne triche jamais. Entre espaces publics et privés, il montre l’écart croissant qui sépare les nantis des autres. Le pays est de plus en plus coupé, blessé, violent, la ségrégation se poursuit en de nouvelles donnes.

Hugo 3.jpgTout le travail tente de répondre aux questions que l’artiste se pose « comment vivre apaisé dans un tel pays ? Comment endosser la responsabilité́ de l’histoire passée et dans quelle mesure doit-on le faire ? Comment élever des enfants dans une société́ si conflictuelle ? ». L’artiste ne trouve pas de réponses. Hugo 4.jpgMais il présente son pays d’un œil critique, contemple l’autre et lui-même afin comprendre le poids de l’histoire et le rôle que chacun tient désormais dans cette société nouvelle. De fait l’œuvre montre par la variété des prises une diffraction absolue. Impossible de trouver un sens sinon d’une segmentation que l’artiste présente telle quelle entre violence et beauté d’une puissance inégalée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pieter Hugo, “Between the Devil and the Deep Blue Sea”, MKK Dortmund, 23 novembre 2017 au 13 mai 2018, -

Michael Wolf : dans les villes de grandes solitudes

wolf.jpgMichael Wolf, “Life in Cities”, Galerie Christophe Guye,Zurich,

La mégalopole reste le sujet de prédilection de l’artiste installé au centre de l’une d’elles : Hong Kong. Il transforme ce qu’il nomme « l’architecture de la densité » en surfaces quasi plates et abstractions stylisées pour suggérer l’architecture des buildings de Chicago (« Transparent City ») comme des toits de Paris ("Paris Rooftops"). Le photographe souligne la problématique urbaine, les solitudes encagées mais aussi une forme de beauté. Mais c’est « Tokyo Compression » qui donne la plus forte dimension de l’être humain en son rapport aux « immondes cités » (Baudelaire).

wolf 2.jpgPeut s’imaginer en off la musique de Schoenberg et celle de Kraftwerk. La ville et ses structures sont moins des abris qu’un monde de l’entassement mais aussi de l'envoûtement. Par effet étrange l’image pivote sur elle-même afin de glisser de la surface au fond. Elle rend impossible la parole, là où l'envie d’être en vie se distingue par la vision d’une femme collée à sa fenêtre et qui semble se perdre dans un songe primitif.

 

wolf 3.jpgMichael Wolf multiple les vertiges. Le groin de nuit surgit à travers les lumières des cités par additions de lieux à corps perdu où les êtres semblent à peine réels. Les bâtiments sont à la fois épais et fluide afin que l’existence devienne plus apprivoisée que rebelle. Par plans, tout entraîne à la fois en avant, en arrière dans cet exercice de lenteur. Une telle « harmonie » à la fois vomit le néant et le nourrit.

Jean-Paul Gavard-Perret