gruyeresuisse

04/10/2019

Pièges aux regards : Betty Tompkins

Tompkins.pngChez Betty Tomkins, l’effet de très gros plan provoque une mise en abyme du sexe. Amants et/ou partenaires sont réunis uniquement ou isolés dans des fraglants du lieu « par où ça (se) passe ». Si bien que les réputés « pornographes » que furent ou sont  les Bellmer, Fautrier, Maccheroni et Serrano trouvent avec Betty Tompkins une "ugly" Betty néanmoins des plus inspirée.

Tompkins 2.jpgL’œuvre n’a en aucun cas pour but de faire lever du fantasme. Il doit s'envisager et se « dévisager » (si l’on peut dire…) en un processus de réflexion et de pulsion. L’œuvre porte en elle son Fatum entre la lumière et l'ombre, l'intelligence et l'instinct. Surgit paradoxalement ce qui dépasse le pur corporel, qui dépasse aussi le langage en tant qu'outil de communication. D'où le titre de l'exposition londonienne.

Tompkins 3.pngLes agrégats et la stratégie esthétiques renvoient à une crudité de constat. S’y découvre aussi la métaphore agissante et obsédante de la vie qui par le noir et blanc s’ouvre à un langage quasi marmoréen là où normalement la souplesse s’impose… Du coup tel est pris qui croyait prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Betty Tompkins, "Talking Talking Talking", Freize et Freehouse, Londres, du 30 septembre au 9 novembre 2019.

 

03/10/2019

Robert Franck de la Suisse aux USA

Franck 3.jpgRobert Franck - récemment décédé - est né en Suisse avant de devenir citoyen méricain en ayant parfois des mots durs ou plutôt ironiques sur sa terre première. Intéressé par les êtres humains il les a saisis  en tant que "documentariste du moi" mais un moi qui n'a rien d'égotique. Arrivé à New-York il fut d'abord photographe de mode mais s'en dédouana très vite. Connu grâce au Moma dès le début des années 60 ses photos vont faire le tour du monde par ce qu'elles montrent l'éternité de l'éphémère.

Franck.pngParrainé par Walker Evans, admirateur d'Edward Hopper, il va influencer l'histoire de la photographie à travers sa vision des U.S.A.. "Les Américains" (préfacé par Kerouac) devient un des premiers best-sellers de la photographie d'abord refusé par les éditeurs du pays. Ses prises existentielles saisies au cours de son périple à travers 48 états et publiées par Delpire à Paris, ne cherchent pas la performance, la virtuosité mais l'atmopshère et la sensation un peu tristes. Elles restent d'une totale modernité poétique dans une expressivité assumée mais au service d'une vérité par rapport au réel.

Franck 2.jpgRigoureux le photographe se disait capteur de "juste une image" mais elle est toujours juste et précise. Après "Les Américains" l'artiste n'a pas voulu se répéter. Le Suisse qui portait un regard si triste sur son pays d'adoption (on le lui reprocha) quitta pratiquement son art pour le cinéma avant d'y revenir dans un travail plus expérimental et graphique afin de rester fidèle à son désir premier : toujours "sortir du cadre" et saisir la vie même dans des détails que d'autres ne percevaient pas.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

02/10/2019

Jean-François Dalle-Rive : avec le temps

Dallerive.jpgJean-François Dalle Rive photographie après un "bon bain de forêt" lorsque cela lui est possible. Bref il se prépare car il faut être "vide et en déplacement" dit-il. Ou si l'on préfère en déficit d'être pour se laisser advenir au monde.

En ce sens le photographe est un puisatier ou un chasseur. Il n'attrape pas pour autant les oiseaux et ne crucifie pas les mouches. Mais il sait "ne pas civiliser le regard". Intéressé par la nature mais encore plus par les hommes il poursuit plusieurs projets et séries méticuleusement classées dans des boîtes. Ces séries se prolongent et sont en cours depuis 40 ans.

Dallerive 3.jpgParmi les plus significatives le photographe mène un travail sur la civilisation des loisirs dans les campagnes françaises ("Une France") puisque ces dernières sont souvent laissées pour compte et invisibles en photographie. Jean-François Dalle Rive a donc pour but de les sortir de l'indifférence à travers divers types de fêtes dont la foire de Beaucroissant en Isère qui vient d'atteindre cette années ses 800 ans d'existence.

Dallerive 4.jpgLa photographie reste un rituel de contemplation de telles cérémonies "païennes" au moment où les prises permettent de ralentir le temps par un exercice de lenteur que l'artiste pratique à dessein. En opposition il s'intéresse aux centres commerciaux plus particulièrement dans sa série "A la recherche du père Noël" où les supermarchés sont saisis au moment des fêtes d'hiver.

Dallerive 2.jpgSurgit, dans l'œuvre de ce photographe scandaleusement méconnu, un monde aussi proche que lointain capté au fil du temps car pour lui le temps est un allié. Il le rappelle en citant un proverbe arabe "ce qui est fait avec le temps, le temps le respecte".

Jean-Paul Gavard-Perret

J-F Dalle Rive a exposé "Jours de foire à Beaucroissant" (en 2018 et 2019), "Le regard d'un spectateur" à l'Orangerie du domaine Paul Claudel à Brangues (2019) et "Album des rencontres d'Arles" (2019).