gruyeresuisse

03/05/2018

Sara Elise Abramson : prises, reprises, déprises

Abramson.pngIntéressée par les puissances de l’inconscient comme des spectres de la lumière et du noir, du bien jusqu’au mal, Sara Elise Abramson s’introduit dans divers lieux vernaculaires. Par exemple les ventes d’objets d’occasion devant les maisons de particuliers comme c’est souvent le cas aux USA.

Ambramson 2.pngL’artiste crée dans ces situations des atmosphères de rêve au moyen de ses modèles nues afin de promouvoir un univers féminin qui se veut sans âge. D’autant que si les habits risquent de “dater” une prise, la nudité à l’inverse est sans âge. Elle crée ainsi un univers d’intimité en connection entre le regardeur et l’image.

Ambramson 3.pngA travers ses modèles la photographe s’empare du trident de Neptune pour le donner aux Vénus. Celles-ci fomentent de nouveaux cordages au possible. La folie rit derrière son masque, certains plombs sautent et laissent la place à l'insolence des songes. Au flamboiement de tels bûchers les oracles de la masculinité se taisent. Ce ne sont plus les loups qui hurlent dans la sensualité et la foudre d'arpèges sauvages mais les chaperons rouges  délivrés de leurs entraves.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/05/2018

L’autre Istambul : Çağdaş Erdoğan

Erdogan.jpgÇağdaş Erdoğan, membre de l’agence photo indépendante « SO Collective », propose un Istambul inconnu : celui des nuits underground où se mêlent la prostitution, les combats de chiens, la violence des armes à feu voire les conflits politiques. Disparates ces éléments forment néanmoins un tout où se rejoignent tradition et modernité. Ces nuits aveugles se passent dans les quartiers pauvres de la cité. Ceux des Kurdes, des Alévis et des réfugiés au moment où l’armée et la police cherchent à éliminer de telles zones de dissidences.

Erdogan 2.jpgDans ces territoires et pour survivre, le peuple est souvent contraint à diverses trafics et combats. Les activités sexuelles appartiennent de plein « droit » à cet univers secret et interlope en particulier pour celles et ceux dont les orientations de genres et de pratiques ne sont pas les « bonnes ». Si bien que pour ces orgies nocturnes en milieux troubles des participants de toutes classes et milieux professionnels viennent moins pour se perdre que se retrouver.

Erdogan 3.jpgLe photographe ramène à un espace de la déposition s’agissant du corps en tant qu’objet de perte et de reconstruction identitaire. Le secret vient une fois de plus affirmer son autorité face à celle de l’ordre politique d’un autre Erdogan. Mais de quel corps s’agit-il ? De qui est ce corps ? Voilà les questions dangereuses puisqu’il s’agit de celles de la nature sexuelle qui mettrait en danger la société selon les légalistes. Pareil au jeune Igitur de Mallarmé descendant “ le caveau des siens ”, Çağdaş Erdoğan montre non une réminiscence sépulcrale mais la puissance de désirs que la société « main stream » de Turquie ne tolère pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

Romaine Fauchère : appartenance et incorporation (Aperti 2018)

Romaine Fauchère Bon.pngRomaine Fauchère, Aperti, 5 et 6 mai 2018 Lausanne

Après des études aux Beaux-Arts de Florence et Milan et depuis 1991 Romaine Fauchère a créé une trentaine de scénographies pour le théâtre, l'opéra et le cinéma en France, Allemagne, Italie et Suisse. Quelques siècles plus tôt cela lui aurait sans doute causé des procès en sorcellerie. Et ce pour deux raisons majeures : des trompes l’œil architecturaux et des correspondances entre lignes horizontales et verticales.

Romaine Fauchère 2.jpgA la jonction de divers genres et plus particulièrement entre Optical Art et Art Concret, l’artiste joue de divers espaces et techniques (scénographie, peinture, sculpture, dessin d’objets) afin que le non-verbal trouve une transcription et une narration capables de suggérer des émotions intenses. Le jeu du concret et de l’illusion crée une beauté particulière : elle n’est pas d’apparence mais d’appartenance, d’incorporation.

Romaine Fauchère 3.jpgL’artiste propose un art aussi conceptuel que physique. Elle accorde une nouvelle identité à l’image : elle ne parle que par son propre langage. Existe aussi une déconstruction formelle pour générer une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries que l’artiste traite en noir et blanc afin de créer un nouvel ordonnancement. Le travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement des modèles concrets ou abstraits en ce qui est moins une transposition qu’une exploration du monde des formes et des sensations qu’elles induisent.

Jean-Paul Gavard-Perret