gruyeresuisse

22/05/2016

Métamorphoses des poncifs paysagers –-Sarah Hildebrand


Hildebrand.pngSarah Hildebrand, « Murmures », photographies & nouvelles, 44 pages, Mai 2016, « L'éloge du vide », Mali Genest, Sarah Hildebrand & Silvia Niederhäusern, 29 mai -26 juin 2016, Ferme de la Chapelle, Grand-Lancy

 

Hildebrand 2.pngSarah Hildebrand permet d’atteindre ou de pénétrer ce qu’il en est du paysage et de son "creux". La simplicité préside à la sophistication. Mais l'inverse est vrai aussi. Par moments provocatrice (toujours subtilement et de manière aporique) l'artiste sacralise le paysage tout en lui conférant un caractère quasiment nul et non avenu. Et ce en un désir de l’approcher au plus près avec humour implicite. Sarah Hildebrand aime en effet faire œuvre de discrétion et d’impertinence.


Jouant sur des formes complexes, elle propose des suites de variations avec supplément d'image d'un côté, supplément de réalité de l'autre : il s'agit d'une appropriation où divers thématiques se croisent et où le plein fait le jeu du vide en se renversant l’un dans l’autre.


Hildebrand 3.pngLes marques du débordement, du franchissement du "cadre" (parfois dédoublé dans l'image par celui d'une fenêtre) prouvent que les photographies de la plasticienne ne sont pas là pour décliner du réel mais le décaler. De telles approches reviennent à décrire et surtout dé-écrire non seulement "du" paysage mais un regard, une pensée. Une filature, à partir d'un point, permet de filer le monde, de soulever ses images, leurs couleurs. L'objectif est d'introduire non le mais du motif dans un langage photographique qui ne cesse de le creuser. L'artiste reste sur le fil du rasoir entre la littéralité la plus forte possible et le nécessaire transfert réflexif qu'installe son approche littéraire et plastique.


Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sophie Bouvier Ausländer : trans-war

 

Auslander.jpgSophie Bouvier Ausländer, EAU TIEDE, The Great Pacific War, Galerie Heinzer-Reszler, Lausanne, 12 mai au 11 juin 2016

La Lausannoise Sophie Bouvier Ausländer s’impose peu à peu sur la scène internationale. Elle pousse le regard vers des territoires inconnus et des périodes plus ou moins douteuses au moyen de monstrations mystérieuses. L’encre et l’eau dégoulinent ; les matériaux en subissent les conséquences. Le visiteur plonge dans un labyrinthe optique. Mais l’humour n’est pas absent dans cette manière d’envisager ou de dévisager l’art et le monde. N’ayant pas besoin de visas plastiques pour s’emparer des images tout sert de motif, de cause, d’objet à l’artiste.

Auslander 2.jpg« The Great Pacific War » peut se lire de manière transhistorique et dépasser le cadre de la Seconde-Guerre mondiale pour une approche postmoderne. Les contrées telles que l’artiste les programme créent des visions lumineuses, simples mais tout autant complexes et énigmatiques. Surgissent l’aître de limbes aussi familière qu’improbables, les intermittences du mystère où tout chuinte - mais avec douceur - d'inassouvi.

Auslander 3.jpgL’oubli semble glisser au sein des intermittences d'un voyage dans le dédale des époques. C’est à peine si ça et là jaillit l’infime modulation d’une nostalgie. L’œuvre sous prétexte de sourde souvenance résonne du futur d’un monde qui part subrepticement à la dérive. Quelque part saigne un sang d'équinoxe mais c’est à peine si l’artiste en titille l’infusion ou la rumeur.

 

Jean-Paul Gavard-Perret.

20/05/2016

Le franc-maçon et son arpète - Jean-Luc Manz & Fabienne Radi


Radi 4.jpgJean-Luc Manz, « Sérigraphies », texte de Fabienne Radi, HEAD, Genève, 2016.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Luc Manz a tout dit non seulement de l’art et de la vie en affirmant que « l’abstraction n’est jamais au départ mais bien à l’arrivée ». De quoi séduire sa commentatrice. Fabienne Radi - ne croyant pas à l’Ascension - considère l’âme comme une vue de l’esprit. De quoi - diront certains - aller droit dans le mur. D’autant que Jean-Luc Manz l’invite. Mais la chose est déjà entendue : il ne s’agit pas d’y entrer : on y est.


Radi.jpgBref l’auteur quittant son jardin des délices seconde son pote âgé pour faire le mur. Le BTP n’a qu’à bien se tenir, la belle de Cas d’X et d’autres dérives met sa main au ciment pour placer ses partitions légales entre les parties égales des parpaings rouges de Manz. Le duo devient capable d’engendrer la maison de l’être. Preuve que l’avenir est dans les briques. Et le couple de faire mentir ceux qui préemptent l’affirmation : «Pour cent briques t’as plus rien ». Que nenni : il suffit d’un talent de répétition et un subtil jeu de variations pour créer comme le fait l’artiste une loge maçonnique.


Jean-Paul Gavard-Perret