gruyeresuisse

03/09/2017

Le trouble des milieux : Stéphane Thidet

Thidet.jpgStéphane Thidet, diplômé de l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts de Paris, est représenté par la galerie Laurence Bernard à Genève. Ses œuvres infléchissent le réel sous différents types d’assemblages, de distorsions, de suites et passages. Il est toujours question de grimper une paroi là où pourtant tout semblait jusque là aller de soi en un visiblement inébranlable.

Thidet 3.jpgLe réel subit les assauts d’installations, photographies, machineries diverses au sein  d’écarts discrètement ironiques faits pour vaincre l’anxiété et la peur au moyen de visions poétiques décalées. L’artiste n’explique rien : il fabrique pour créer des rencontres intempestives tant par les prises de vue que les installations hybrides et croisées.

Thidet 2.jpgTout devient plus trouble et clair au sein d’irruptions, torsions, déclinaisons parfois quasiment minimalistes, parfois plus (mais faussement) lyrique. De telles intrusions délogent de nos lieux sûrs où l’angoisse fétichisée du passé comme du futur est détournée : choses ou lieux se métamorphosent selon un merveilleux, un ailleurs dans ce qui s’emplit, se vide ou se déserte. De la cymbale au module d’exploration spatiale fait de bois et jusqu’aux vieilles salles d’hospices, la fantaisie détourne les peurs, s’en amuse en une irruption dont le champ narcissique est vidangé évacué au profit d’une vision qui agite les formes généralement attendues.

Jean-Paul Gavard-Perret

Stéphane Thidet, Exposition collective, Galerie Laurence Bernard, Genève, du 14septembre au 21 octobre.

02/09/2017

Elise Gagnebin de Bons : quand les images titubent

Gagnebin.jpgElise Gagnebin-de Bons, « Strong Premium », Collectif « Rats », Indiana, Vevey du 9 au 24 septembre 2017.

 

Elise Gagnebin-de-Bons crée différentes associations et s’intéresse - au-delà de la pure plasticité « officielle » - à la musique, à des phénomènes connexes et des signes ignorés du quotidien qu’elle sait repérer. Pour les faire apparaître la plasticienne crée ses propres montages et codes en utilisant au besoin images tierces et objets. D’où la haute teneur en degré de sa « Strong Premium » qui emprunte aux brasseurs le nom de son exposition. S’y retrouve sa capacité de mixage à forte toxicité afin de créer une instabilité foncière par effet de bandes et de sarabandes.

Gagnebin 2.jpgLa Lausannoise installe l’art dans l'instabilité. Elle casse la probabilité des images d’assistance pour un nouveau niveau de perception du réel parfois à la limite du visible. Il est saisi parfois comme par défaut ou au bout d’une : "sempiternelle pénombre" (Beckett). Aux potentialités d'ouverture d'un monde, l’artiste préfère celles un anti-monde et ce n'est pas la tâche la plus facile. Car ce travail d'épuisement requiert un effort titanesque à l'opposé de toute faiblesse plastique. Il s’agit de bien de viser pour réussir l'accomplissement d’objectifs où la valeur de l’image est remise en jeu

Jean-Paul Gavard-Perret

18:44 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Harmonies et disharmonies de Danilo Dueñas

Duenas 2.jpgDanilo Dueñas suggère l'écart (irréversible ?) entre l'image et la chose, entre le lieu tel qu'il fonctionne et tel que la sculpture le fait fonctionner. C'est d'ailleurs une thématique récurrente chez le Colombien qui montre toujours le vide que le plein appelle en ses expériences de la dilatation ou de vidange du temps et de l'espace.  Le créateur est un artiste de la perturbation qui remet en question l'enjeu de la représentation. Il impose sa loi et renvoie un regard différent sur la majesté des lieux d’exposition. Ils ne sont pas mis en abîme mais fonctionnent dans l'imaginaire de celle ou celui qui s'en approche d'une autre façon.

Duenas.jpgFace à la multiplication ou la simplification des lignes, aux lourds élargissements des masses surgit un puzzle en trois dimensions qui en dit long sur ce que l'architecture produit comme effets, affects et percepts. Danilo Dueñas impose une distorsion et un transfert d'optique dans la polyphonie d'étreintes de ses éléments épars-disjoints. Se quitte la capture architecturale dont parle Deleuze. L'intensité produite par un tel contrepoint n'est plus induite par la "diègèse" revendiquée et appelée par le bâtiment-mère. La sculpture-père déplace l'objet du désir et permet de transformer le réel en figuré. L'artiste rappelle que la sculpture comme l'architecture se constitue certes dans le sensible mais aussi par le sensible et c'est ainsi qu'elle peut trouver ce que Carl André appelle "sa seule harmonie" qui, et Danilo Dueñas le prouve, n'est jamais imitative.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danilo Dueñas, « Réparer la vision », Villa du Parc, Centre d’art contemporain, 12 Rue de Genève, Annemasse, Du 16 septembre au 22 décembre