gruyeresuisse

07/01/2021

Denis Piel : avec une pognée de terre

Piel.jpgDenis Piel  occupe une place à part dans la photographie. Né a Brisbane en Australie, il migre dans un petit studio à Londres en 1966 avant de s’installer enfin à New York où il devient l’un des photographes de mode les plus demandés des années 70 et 80. Dans son dernier livre, le photographe prouve comment pour comprendre le monde il faut rejoindre la femme. Se retrouvent ici leur solitude nécessaire, leur longue respiration où l'esprit se rassemble à travers leur corps.

Piel 2.jpgDans des approches cinématographiques, ses images couleur ou en noir et blanc touchent par leur sensualité et leur humour discret. Elles sont pleines des rumeurs. S'y retrouvent toujours derrière la beauté plastique les  palpitations du coeur. Les femmes semblent vamper les hommes tout en sachant qu'ils ne tiennent pas forcément leurs promesses.
 
Piel 3.jpgMais pour autant elles ne se perdent pas dans des illusions. Et ce, même si ce n'est pas le désert affectif qui justifie leur présence.  L'artiste les consacre dans une grandeur sobre et mouvante. Elle se prête à l'élévation comme au déluge quand le corps en écrin quitte l'obscur à  travers les clichés que le photographe a pris tout au long de sa carrière, en hommage à la puissance, la beauté, la force d'égéries qui ne sont jamais de simples prétextes. Leur feu d'étoupe brûle encore de manière incandescente.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Denis Piel, "Exposed",  Éditeur dpi, 250 p., 2020.

06/01/2021

"Les Fleurs du mal"  selon Peter Wüthrich,

Wüthrich.jpgPeter Wüthrich, "Le cycle Les Fleurs du Mal", Galerie Gisèle Liner, Bâle, du 23janvier au 6 mars2021.

 
L’oeuvre de Baudelaire a toujours aussi inspiré les artistes comme lui-même fut inspiré par eux : cf. son "Art romantique" recueil de ses articles sur les peintres.  Ceux-ci, par la suite, illustrèrent l'oeuvre de Baudelaire comme le souligne l'artiste suisse, et très vite,  "le lubrique et misogyne" Félicien Rops avec sa page de couverture pour "Les Epaves".
 
Wut.jpgMais pour Wüthrich, "Les Fleurs du Mal“ possèdent une place à part. Et l'auteur "monte" l'oeuvre sinon sous forme de calligrammes du moins sur les petits bouts de papier où le texte n‘est lisible que par fragments. Qui y regarde de près peut lire des mots, de petits passages de poèmes, mais jamais le tout. C’est la figuration, l’image qui reste première afin de créer une sorte de "briques de textes". Elles construisent une atmosphère baudelairienne  dans de telles associations libres sans recourir à des poèmes spécifiquement identifiables.
 
Wut 3.jpgExiste là une reconquête. Les poèmes émergent de leur chrysalide comme du plus profond  des songes insoumis, où le regard funestement splendide du poète est perturbé  à dessein par la science ambiguë de l'artiste qui n'est cependant en rien le faux ami du poète : il semble s'en éloigner mais pour mieux s'en rapprocher.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

04/01/2021

Nadia Lee Cohen : pourquoi cacher ce qu'on ne saurait voir ?

Lee Cohen Bon.jpg

 

"Women" - premier livre de la photographe britannique installée à Los Angeles Nadia Lee Cohen -  est  une iconographie pop hyper-surréaliste où la nudité est centrale. Mais s'y cache  une vision  émouvante qui échappe au voyeurisme basique là où le silence semble être l'unique liturgie. 

 

 

Lee Cohen bon 2.jpgLes femmes réunies ici ne résident pas vraiment au sein du monde dans lequel nous vivons, et ne partagent pas ses normes "politiques" ou les valeurs de la beauté.  La nudité commune à toutes les images est reprise pour montrer que son niveau n'est pas absolu mais est déterminé par ce que l’individu pense être personnellement le déshabillé.  

Lee Cohen bon 3.jpgLes femmes montrées dans ce livre remarquable ne sont  pas faibles. Elles se sentent autonomes en conséquence autonomisent le regard.  Preuve que la nudité possède d'autres ingrédients que la culture des fantasmes. Elle  peut devenir une revendication féministe. Particulière certes mais féministe tout de même.

Jean-Paul Gavard-Perret

Nadia Lee Cohen, "Women", Préface d’Ellen von Unwerth, Vogue, 216 p., 2021.