gruyeresuisse

11/01/2018

Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost : chorégraphie originaire

Prouvost Bon.jpgLe pouvoir des rythmes qu’Elizabeth Prouvost accorde aux ombres des corps impose un vertige premier L’œil suit ce qui est tracé, se frotte à la matière, s’effraie de la noirceur de l’ombre, tente de fraterniser avec la lumière, jouit de la force de l’obscur, se heurte aux pleins, plonge dans les vides. Tout est fait pour ramener à quelque chose de primitif et d’ailé que Louis-Combet exprime en un carnet de bord de l’origine où sont « consignées » des impulsions premières. Nous revenons à la sortie (ou de l’entrée) de ce qui se fomenta lors de « la nuit sexuelle » - nuit première de la conception de celui qui en ignorera tout.

Prouvost Louis-Combet.jpg« C’est la naissance du sexe. C’est le commencement de l’histoire » écrit Louis-Combet. Elizabeth Prouvost « image » cet indomptable, cette nuit première et l’acte de naissance ; chute suprême et danse des scalas que l’être va tenter de remonter et reprendre pour retrouver à travers toutes les femmes celle dont il est sorti, conçu moins que créé. Et c’est pourquoi de telles photos comme l’aurait dit Duras sont « sublimes forcément sublimes». Elles font ressentir par le noir et blanc, et l’arrêt sur le mouvement qui semble néanmoins s’y prolonger la douceur, la violence, la chaleur tellurique et l’humidité que le désir crée. L’argile de la femme ne se distingue pas de celle de l’homme au sein d’une confusion organisée en chorégraphie de la plénitude.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost, « Né du limon », Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2018.

10/01/2018

Arvida Byström : fées florettes et réseaux sociaux

Avida.jpgAddict aux selfies depuis sa préadolescence Arvida Byström trouva dans l’Internet « une fenêtre ouverte sur la chambre étroite de la dépression adolescente (…) Je pouvais être en ligne et rencontrer des gens même si je me sentais comme une merde». Un peu plus tard sur « tumblr » elle découvre les sous cultures du web, ce qui lui permet de développer une œuvre kitsch, féminine, féministe engagée et drôle. Ce qu'apparemment beaucoup de ses détracteurs ne perçoivent pas.

Avida 2.jpgCréatrice de l'esthétique " body positive" Arvida Byström assume ce qui ne saurait se voir ( les poils, la liberté sexuelle, les règles, le sang, les boutons, bourrelets, cellulite, bref la sensualité telle qu'elle est au naturel) afin de casser les stéréotypes de la féminité sur papier glacé et en espace mental aseptisé. Repérée très jeune par la revue « Vice » dans « There Will Be Blood » elle photographie des femmes avec le sang de leurs règles. Modèle depuis ses 13 ans en Suède elle refuse de se raser (pour une pub Adidas) et est rejetée eu égard à une taille trop large… Elle quitte son pays pour Londres, rejoint l’« Anti Agency » qui refuse de se plier aux lois traditionnelles du mannequinat avant de rejoindre Los Angeles.

Avida 3.JPGAstucieuse et piégeuse l'artiste joue néanmoins de poses lascives au rose bonbon affriolant. Mais, en résistante, elle a publié, il y a un an, le livre « Pics or it didn’t happen » avec Molly Soda où elle rassemble 250 photos censurées pour non-respect des « lois » sur la nudité par FaceBook et Instagram. Leurs logiciels contrôlent des images et les arrachent à celles et ceux à qui elles appartiennent. En 2015, par exemple, fut censurée une photo de l’artiste tirée de sa performance « Selfie Stick Aerobic » où la forme de sa vulve s’esquissait à travers son survêtement…Preuve que les réseaux sociaux - moins prescripteurs que censeurs - décident tout bonnement de l’état de l'art. Mais Arvida Byström continue son combat afin d’interroger les possibilités de transgressions en un contexte face auquel il convient d’inventer des manières de tordre le cou aux normes dominantes de la féminité. Le tout avec l’impertinence de l'éphémère et la permanence du mystère. Au -delà du cercle des vipères, la jeune artiste opte pour celui des aveux contrariés, et au-delà du cercle des normes abusives pour celui d’un imaginaire non frelaté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08/01/2018

Sylvain Granon : atmosphères, atmosphères

SGranon.jpgylvain Granon, « Peintures », Galerie Lignes Treize, Carouge, du 13 janvier au 10 février, 2018.

 


Sylvain Granon aime les merveilleux nuages. Il s’approche d’eux comme de la nature lors des moments intermédiaires. Il leur offre une halte, une présence nocturne et nuptiale. Il préfère les hantises aux empreintes et aux traces. Il retient des atmosphères quand la lumière devient tendre, fruit du crépuscule près d’un vieil arbre

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Du sombre jaillissent en caresse des clartés profondes. Le réel se fend et parfois laisse imaginer le sexe d’un corps féminin. S’éprouve la sensation de la limite dans l’espace et dans le temps. Restent un recueillement, une douceur apaisante mais sauvage, insaisissable. Tout est de l’ordre de l’effluve que le soleil couchant habille d’une touche de carmin.

 

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Les œuvres de Sylvain Granon fuient toute définition statique. Le réel fuit, s’esquive, échappe au profit de la solitude, du silence, de la sensation et de la spiritualité. Sous les feuillages sourds, face à la fureur du monde existe une enclave de paix. Tout est mutation dans la nuit turbulente. Mais il faut rester discret sur ses raz de marée.

Jean-Paul Gavard-Perret