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23/08/2016

Le nouvel art polonais : révisions des standards

 

Pologneartistes..jpgEva Majewska, Barbara Steiner , “Common Affairs , Revisiting the Views Award - Contemporary Art from Poland”, 2016. 228 pp., Hatje Cantz, Berlin


Depuis 2003, le prestigieux prix pour le jeune art polonais est délivré dans la galerie Zacheta. La récompense s’accompagne d’une exposition dans ce lieu prestigieux. Il offre un regard international à la scène artistique polonaise. « Common Affairs » présente une sélection des artistes nominés depuis 15ans. Entre autres : Tymek Borowski, Karolina Bregula, Rafal Jakubowicz, Robert Kusmirowski, Anna Molska, Karol Radziszewski, Janek Simon. Cette rétrospective permet de découvrir les pratiques d’artistes le plus souvent engagés non seulement politiquement mais socialement afin de faire bouger les idées reçues dans une société longtemps repliés sur des principes bétonnés par la pudibonderie catholique et communiste.

Pologneartistes2.pngVue de l’ « ouest », les propos visuels peuvent avoir parfois un goût de déjà vu : mais il faut les recontextualiser. D’autres représentent une véritable transformation de l’art par leurs défis plastiques. Souvent il n’existe plus d’un côté les choses et de l’autre les êtres, ni d’un côté les rouages des signes et de l’autre celui des images. Face à l’ascèse de la société les artistes imposent la souplesse. Une danse visuelle remplace la parure des mentalisations. Tout ce qui devient langage visuel change de registre et quasiment de statut. La vue se dénude. L’image est porteuse de significations neuves par glissement de rôles et diverses bifurcations. Angoisse et joie, peur et plaisir se mêlent dans un festival où le corps lui-même est mis parfois en connexion et parfois en morceaux.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:17 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

21/08/2016

Les mikados d’Anouchka Perez

 

AAAPerez.jpgAnouchka Perez, « Sens dessus dessous », Musée Alexis Forel, Morges, 25 août au 2 octobre 2016.

Fascinée par l ‘image pour son expressivité et la structure pour sa dimension physique Anouchka Perez combine les deux. Surgit une effraction par laquelle monte contre l’obscur des myriades de formes légères, vivantes et denses. L’œuvre de l’artiste reste plus que jamais paroxystique. Elle témoigne d’une énergie dont les formes représentent les courants et les flux. Surgissent des mikados géants, des tourbillons de formes exaltées et instables. A côté les marines tourmentées de Winslow Homer, les tempêtes de Turner ne sont rien.

AAAPerez2.jpgLes formes constituées d’éléments rigides volent. Mélusine s’en donne à cœur joie. Le monde s’architecture et s’architexture en cages de Faraday d’un nouveau style. Il existe une sorte de cérémonial mais aussi de facétie. Les éléments gesticulent et dansent la gigue selon un désordre ordonné en grande largeur, en hauteur idoine et en tours de passe-passe. Le monde est bâti fou : il batifole aussi incontrôlable qu’impassible. Un tel chantier ne craint pas la démolition. Tout s’emberlificote dans un mouvement qui déplace lignes. Surgit la jubilation d'un parcours initiatique. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée de pièces rapportées. Feinte d'incarnation « réaliste », la sculpture devient le lieu où le visible transfiguré est livré au vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les portraits totems de Miriam Cahn

 

CAHN BON.pngMiriam Cahn, “Paintings and Works on paper from 1977 to 2016”, Du 15 septembre au 17 décembre 2016, Blondeau & Cie, Genève.

 

 

 

 

 

 

 

 


Cahn.jpgMiriam Cahn a débuté par le dessin à la craie ou le dessin selon une approche performative sur de grandes feuilles posées à même le sol. Puis elle passe à la peinture à l’huile. Celle-ci est devenue son moyen d’expression privilégié et permet un retour à quelque chose de rupestre à travers le traitement du portrait. Il est saisi de manière primitive en un jeu envoûtant de répétitions et de variations selon une visée symbolique et vitale plus que psychologique. Il a valeur de totem aérien et tellurique.

CAHN BON 3.pngLa gravité est là mais s’y renverse par la force des couleurs. La notion de portrait devient un agent d’unité. Jaillissement, tension tout y est. Ce parti pris plastique et formel incarne à la fois le multiple et l’un en donnant libre cours aux influx qui animent chaque portrait. Celui-ci recrée les rythmes reliant le visible à l’invisible, le divisible à l’unité au sein d’une poésie plastique verticale. Le visage semble accepter le monde tout en s’en dégageant. Chaque portrait arrête le regard, le « répare ». Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence de la fable humaine par la pulsation directe des formes et des couleurs là où la fixité brusquement se renverse, déborde.


Jean-Paul Gavard-Perret