gruyeresuisse

05/03/2018

Patricia Cartereau & Albane Gellé :Voyage, voyage

Cartereau Gellé.jpgPatricia Cartereau a initié un voyage à deux. Elle en a retenu certaines traces. Albane Gellé qui l’accompagne en révèle certains secrets. A l’opulence du paysage les deux femmes préfèrent les révélations de plaintes à peine audibles mais hors pathos. Néanmoins et pour elles il n’est pas utile d’attendre que l’hiver dépenaille bois et champs. Enjambant les collines, elles accordent aux lieux d’étranges noyaux et redécouvrent la fatrasie de ce qui demeure des oiseaux, des arbres de la plaine voire des êtres aux pieds en sang (la marche y est sans doute pour quelque chose...).

 

 

gellé.jpgGellé 2.jpgMonte d’un tel livre la conscience aigüe du cours de la nature, le sort de sa faune et de sa flore. Certains cervidés sont morts : il ne reste que leurs bois parmi les troncs. Des oiseaux sont couchés sur des litières d’herbe que la poétesse scalpe pour un peu de lumière. Tout est clarifié par la transparence opaque des mots et des images. L’effroi  est surmonté en un étrange appel. Il y a là une résistance à ce « cap au pire » auquel Beckett faisait allusion Si bien qu’un tel livre ne se quitte pas. Il trotte dans la tête entre absence et présence en une tension ou plutôt l’hymen à la survivance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Patricia Cartereau & Albane Gellé, « Pelotes, Averses, Miroirs », Lecture de Ludovic Degroote, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 25 E., 168 p., 2018

04/03/2018

Claudia Masciave l’intranquille

Masciave.jpgClaudia Masciave feint la légèreté et un certain bonheur de vivre. Mais règne dans ses photographies une inquiétante étrangeté. Sous l’apparence chaque prise du dehors devient un paysage intérieur. La vue limpide du réel se transforme en lieux de la question de l’être. Et de son spleen plus que de son idéal.

Masciave 2.jpgL’énigme - plus anxieuse que sereine, - est ontologique. Si bien que la photographie devient métaphysique. Sous l’illusion de la représentation l’image se charge d’un nouveau sens. C’est le règne et le surgissement de l’intranquillité de la condition humaine. Elle devient mendiante de l’amour entre un « appel » et un « Anne ne vois-tu rien venir ? »

Masciave 3.jpgIl ne s’agit pas de contempler l’étrangeté du monde mais de ce « moi » que Claudia Masciave laisse voir en voyeuse guetteuse. La femme y est scénarisée apparemment d’un point de vus phénoménologique. Mais la fable n’est pas loin. Existe une image dans l’image, elle devient métaphore. Mais n’a rien de romanesque. La photographie devient le lieu de la dialectique du montré et du caché, le jeu de l’intérieur et de l’extérieur.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les improvisations réfléchies de Martin Essl

Essl.png Martin Essl, Espace JB, GenèveExposition du 3 mars au 27 avril 2018.

Dans les photos de Martin Essl les bords rigides du réel deviennent en quelque sorte mouvants selon diverses propositions. Douces ou plus violentes. Du coté du rêve ou de la réalité voire entre les deux. L’artiste architecture la réalité de manière polyphonique et poétique. Des îlots visuels se transforment en espace-temps, ils s’articulent et se déploient selon divers labyrinthes.

Essl 2.pngL’artiste utilise un vocabulaire dépouillé et coloré sans pour autant tomber dans un simple minimalisme critique. Existe en une telle manière de saisir l’opacité une transparence. Elle donne à l’espace une possibilité de déconditionnement et au regard sa liberté dans les lumières de la ville.

Essl 3.pngMartin Essl sait créer la division d’un tout en parties autant par la forme, le contenu, la morphologie de la continuité et la méthode qu’il utilise. Celle-ci est le moyen de contrôler le monde selon des improvisations réfléchies. L’artiste suggère un culte de la vie, la survie du réel voire sa résurrection par cette dissémination de segments et une transsubstantiation particulière du réel et par lui-même dans un jeu de dévoilement lumineux à la fois lyrique et austère de manière sensible et flamboyante,

Jean-Paul Gavard-Perret