gruyeresuisse

12/01/2019

Min Kim, Attentes

Min Kim.jpgMin Kim, "Waiting", Andata e Ritorno, Genève, du 17 janvier au 8 février 2019.

L'artiste sud coréeene Min Kim ne cesse d'étonner. Dans ces oeuvres en cours elle trouve une puissance qu'on ne lui soupçonnait pas forcément. Il faut absolument se rendre chez "Andata e Ritorno" pour comprendre tout ce que l'œuvre engage autour de diverses formules d'ombres et de lumières. Ce travail crée un univers sidérant que même les imperfections soulignent à travers des cérémoniaux ambigus. Mais c'est peut-être dans ses images les plus simples et elliptiques que la créatrice donne toute sa force.

Min Kim 2.jpgPeu de bémols donc à accorder à une oeuvre dont les déambulations s'enrichissent au fil du temps entre fragments et errances. Existe un refus astucieux de pathos  : cela accorde à l'oeuvre son atmosphère étrange et inédite. Chaque image excède l'aspect, la surface apaisée qu'elle propose en tirant de l'absence la forme de se représenter.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/01/2019

Ce que les gourmands disent : Martin Parr

Parr 3.jpgC'est en 1995 que Martin Parr, fidèle  à sa volonté de "dire" le monde, commença la série «British Food» où sont mis en évidence de manière fractale divers types de mets appétissants ou non . Viandes, légumes, confiseries sont présents à travers la cuisine britannique souvent ostracisée (à tord).

Parr.jpgUne telle saisie, grâce ou à cause des portables, est désormais devenue une sinécure - ce qui n'était pas le cas au moment où ce projet prit corps en poursuivant les expérimentations chères au créateur. Chez lui la photo documentaire préserve toujours un caractère drôle et incisif.

Parr 2.jpgParr y revendique une double postulation : ce qu'il nomme une "pornographie culinaire" mais aussi le "glamour" des magazines de cuisine. L'artiste utilise le flash pour  - écrit-il - "créer de la fiction et du divertissement hors réalité". Les couleurs vives deviennent un prétexte afin de proposer une fête de la nourriture elle-même. Elle est ici, dans son brutalisme parfois quasi surréaliste, dégagée de ses conditionnements et emballages.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Parr", British Food", Janet Borden Inc, Brooklyn (NY) jusqu'au 16 janvier.

09/01/2019

Les jardins des délices de Sanam Khatibi

Khatibi 2.jpgSanam Khatibi remonte aux sources d'une sensualité innocente et bienheureuse. Le tout sans se soucier de qui fait quoi pourvu que l'ivresse soit présente. L'artiste cultive l’incongruité, l’audace, d’extraordinaires concrétions d'un porno-syncrétisme des figures et des situations. La notion d'érotisme redevient la seule morale élémentaire. Les noeuds familiaux n'y sont que des voeux pieux relayés par d'autres félins à fouetter - mais pas que. Car Sanam Khatibi ignore la violence. Une beauté insolite parce que première risque de faire frémir les tièdes, les pisse-froid, les blêmes.

Khatibi.jpgSe retrouve ici une peinture "indienne" au sens où Achille Chavée l'entendait. L'artiste ignore les pères et les repères. Que viendraient-ils faire dans ce jardin d'Eden ? Pour l'évoquer le créateur échappe au formalisme : demeurent les sensations fortes à force d’ironie cinglante et de débordements qui excèdent morale et normalité. Des tortillons de couleurs tendres éloignent de tout diktat moral : tout enjoint de ne pas louper ce qui est désormais estimé comme crimes ou sens interdits. Ils ramènent à la ruche où la femme n'est pas Eve fautive mais la portion de miel qui nourrit la nature et la spermatosphère. Elle règne plus en amante qu'en mère sur nos trous de mémoire où s’abreuvent au besoin l’inceste ou l'animal.L’humanité s’avance à croupetons en s'invaginant et tout compte fait ce n'est pas la plus mauvaise des solutions.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Sanam Khatibi, "The Murders of the Green River", Galerie Rodolphe Janssen, Bruxelles. « My garden is wilder than yours », Posture Editions,n 2019.