gruyeresuisse

08/06/2016

Smith Smith : le genre bleu de l’humain

 

 

Smith 4.jpgSmith Smith propose chez "Litterature Mineure" un projet inédit et encore non présenté au public. Il s’agit d’une suite d’œuvres en un mix de technique composé de peinture acrylique, d'encres, de vin rouge, de café (et de quelques) collage. L’ensemble crée un univers ludique, hors genre et ouaté. Bref, comme le résume l’artiste, « Une sorte de Monde où tout irait bien, tout serait en place, alors que tout n'est que force cosmique gigantesque millénaire ». Cette dernière n’écrase pas l’individu elle souligne ses joies de l’ "enfermement" en l’ailleurs par phénomènes d’hybridations où l’espace mélange terrain de jeu, asile de fou et Babel-Babylone.

 

 

 

 

 

Smith.jpgL’expérimentation de l’imaginaire est jubilante. Ceux qui pourrait faire penser d’abord à des victimes ou des bourreaux deviennent de fait les primitifs du futur, de petits hommes bleus (en rien schtroumpfs ou avatars à la James Cameron). Ils sont des angles d’attaque et de pensée afin d’envisager la sur-vivance. La fiction plastique quitte l’apocalypse pour l’Eden.

En proposant un monde qui n’existe pas, Smith Smith fait clignoter dans les cases et caves du cerveau des lumières intempestives. Par ses visions il détruit les cartes « Cumulus » des Migros de la pensée. Surgissent des considérations de derrière bien des fagots et de nombreux fourrées. Le jeu en vaut la chandelle s’y éprouve l’amour de la vie et l’intelligence de l’art. Celui-ci devient la manière de penser matériellement en habitant le bas-de-casse, en occupant le monde d’en bas, pour glisser jusqu’en haut, avec les mains qui doivent travailler et ne pas lâcher prise. Manière de prouver que face une philosophie qui pense toujours trop tard s’élève un genre bleu de l’humain. Au lecteur de voir si ce bleu est une couleur.

Jean-Paul Gavard-Perret


Smith Smith, Les Mondes Parallèles ; Edition LitteratureMineure, Rouen

14:23 Publié dans Fiction, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Nestlé c'est fort : mais pas seulement en chocolat

 


Nestlé.jpg"Origine et horizon : La Collection d'art Nestlé", Musée Jenisch, Vevey, du 3 juin au 3 octobre 2016.
Julie Encelle Julliard, "Nestlé Art Collection", co-édition JRP Ringier (Zurich) et Musée Jenisch Vevey, 295 p., 55 CHF.

 

La collection d'art Nestlé est liée au projet de l'architecte Jean Tschumi. La structure en Y qu'il inventa pour le siège social de l'entreprise est considérée comme un bâtiment-sculpture récompensé entre autre par le Richard Samuel Reynolds Memorial Awards présidé à l'époque par Walter Gropius.

Pour "illustrer" son ouvrage architectural Tschumi demanda des œuvres complémentaires à Hans Herni, Edouard-Marcel Sandoz et Jean Lurçat (installé à l'époque à Vevey). Peu à peu le bâtiment devint un lieu d'art. Et Paul R. Jolles, président du groupe de 1984 à 1990, entérina et développa cette ambition. Sont introduites peu à peu des œuvres de Boetti, Fabro, Turrel, Ellsworth Kally, Calder , LeWitt, etc..

Nestlé 2.jpgL'exposition est à la fois rétrospective et prospective. Elle offre des visites guidées du site mais surtout de nombreuses archives et des œuvres liés à l'évolution des œuvres choisies au fil des époques : du Pop-Art et de César aux œuvres tout aussi "critiques" deIan Anüll, Annette Messager, Tingueli, Fischli & Weiss, Gertsch.

Une part importante des 300 œuvres de la collection est donc présentée et illustre les ambitions de Nestlé sur le plan de la défense des arts selon une rhétorique qui échappe à l’hagiographie institutionnelle. Surgit une conscience du monde. Elle n’est pas forcément fidèle à la défense du capitalisme d’entreprise. Les œuvres télescopent au besoin l’esprit managérial non sans ironie et en impliquant un degré important parfois d’ambiguïté et souvent d’expérimentation.

Jean-Paul Gavard-Perret .

08:57 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

07/06/2016

Nathalie Delhaye : made in Japan

 

Delhaye.pngNathalieDelhaye, International Contemporary Sculpture, Miyayaki, 6 - 19 juin 2016. http://www.nathaliedelhaye.com/. Workshop : Carrières du Lessus, 1867 St.Triphon / Switzerland


Il faut se perdre dans la lumière noire des sculptures de Nathalie Delhaye pour voir l'obscur. Il convient tout autant d'aspirer les vertiges plastiques polis dans des pierres rares. Ils sont autant de grâces. Sarments et vulves, travaux monumentaux. Les mots s'effacent de la tête pour entendre du dedans ce que l'artiste laisse saillir. Dérive non dérapage. Ou alors contrôlé. Là où tout se découvre le presque silence. Résurgences, déliés et défilés du lié. Entrer en résonance avec l’inconnu qui ouvre à l'insaisissable : pensées presque perdues par ce qui s'érige.

Delhaye 2.pngReste le mystère qu'il faut laisser tel quel. Le langage plastique le scelle. Venu de partout et de nulle part. Il donne à voir la lumière noire et les ombres blanches. Amoncellement des courbes. Calme parfait en apparence. A portée de main, donc de la caresse. Effet étrange, appel muet. Seuil à franchir dont le passage est comme interdit. Il ramène à la clôture, mais aussi à l'ouverture : tentation, présence, attente là où se renverse la problématique habituelle du seuil de la matière. Elle sort de sa rigidité, de sa poussière.

Jean-Paul Gavard-Perret