gruyeresuisse

03/01/2018

John Armleder toujours

Armleder.jpgJohn Armlerder, « Hors sujet », Galerie Joy de Rouvre, du 18 janvier au 3 mars 2018.

John Armleder suit toujours son idée première (du moins telle qu’il aime la présenter) : ne pas fonctionner sur l’intelligence mais sur des commandes qui deviennent une impulsion créatrice. Mais ce n’est pas si simple. Ce que l’artiste choisit (objets par exemple) est la résultante de tout un travail de maturation. Certes Armleder prend soin de les décontextualiser comme il le fit naguère avec les « Furniture-Sculptures ». Libre au spectateur de « rebondir » dessus.

Armleder 2.pngL’artiste sait aussi que si en théorie « une œuvre d'art n'est pas forcément pensée pour un usage muséal », de fait elle est toujours considérée comme telle même pour usage et environnement personnel. Néanmoins l’artiste – le sachant – a toujours soif de créer des décalages. Fidèle un temps avec ses « dot paintings » à une sorte de « pointillisme », son « fluxisme » originel rejoint une forme de constructivisme qu’il poursuit en cultivant néanmoins et toujours divers types d’écarts dans et par la peinture.

Armleder 3.pngC’est pourquoi en dépit des étiquettes qui peuvent s’accoler à l’œuvre, Armleder s’en dégage sans forcément organiser un discours politique autour d'un style ou d'une méthode pas plus « de faire un carton d'invitation avec un tableau ». Ses "Wall paintings", les sculptures en plexiglas, peuvent donner l’impression qu’il passe vers le décoratif. Mais c’est là une vue de l’esprit. Il est vrai que celle-ci est déterminante Mais ce serait ne pas comprendre ce qu’une telle peinture prend en charge de la réalité. Ce qui paraît environnemental ne l’est jamais. Visiter l’exposition de Genève permet aisément de le comprendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

02/01/2018

Agustina Puricelli et les fruits de la passion

Augustina.jpgSi pour Georges Steiner « les arts sont enracinés dans la substance, dans notre corps humain », celui-ci peut s’agrémenter de ce qui l’alimente et qui devient un élément ou ingrédient de plus dans l’imagerie érotique. La nourriture parcourt la nudité en tant que pèlerin d’un jeu et comme vecteur de processus de transformation à l’aide de son modèle Daiana Lopez De Vincenzi, nana à l'ananas ou aux groseilles sur le gâteau.

 

Augustina 2.jpgPeut alors se comprendre une dérive à la notion « de corps au-delà des corps » élaborée par Didi-Huberman dans sa théorie sur la dissemblance de la figuration. Elle donne aussi une nouvelle forme au « corps glorieux » à la fois objet et sujet des nourritures terrestres. Prune de Cythère le corps nu devient tout autant compotier ou assiette. Bref le couvert est mis pour une fête dionysiaque.

Augustina 3.jpgAgustina Puricelli n’en fait pas pour autant un fromage même si le regard se paie une bonne tranche de sucres lents ou rapides. Le jeu semble plus important que la partie qu’il engage en ce qui tient d’une forme de schizophrénie et du rêve bien éveillé. A l’image réaliste pour qui une "table est une table", l’artiste argentine propose une vision à caractère symbolique. Elle permet néanmoins non de consommer mais de consumer le langage iconographique conventionnel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les amours singulières de Marta Kochanek

Kochanek 2.jpgMarta Kochanek aime photographier des scènes aux narrations multiformes : les romans de gare s’y transforment en divers types de « mésalliance » dans le mixage des couleurs de peau, des âges, de la beauté et de la laideur. Le tout au mépris des conventions dites sociales et des partages classiques des genres sexuels.

Kochanek.jpgLa photographe rappelle que si l’essentiel en ce monde n’est peut-être pas la volupté, si l’être n’est pas limité à l’organe de la jouissance, l’attirance du stupre reste essentielle. Si bien qu’en matière d’érotisme, les ascètes ont paradoxalement raison lorsqu’ils affirment que la jouissance est le piège du diable. Lui seul, en effet, rend tolérable un besoin de désordre et d’indignité qui est la racine de l’amour. Il porte au-delà des limites des morales par excès de vie. Sans lui nous nous éloignons de la vérité de la nuit.

Kochanek 3.jpgBref en absence de l’amour sexuel nous ne portons jamais la lumière au point même où elle tombe. Sans lui comment saurions-nous de quoi nous sommes faits ? A ce titre l’enfer est l’idée faible que Dieu nous donne volontairement de lui-même. Et à l’échelle de la perte illimitée, nous retrouvons par les amours irrégulières le triomphe de l’être dans la jouissance. C’est pourquoi les mystiques la veulent périssable mais il faut lui accorder tous les honneurs comme Marta Kochanek le propose et l’induit. Ouvert à la plénitude sans réserve de la fornication l’être atteint sa lumière aussi nocturne que solaire et cosmique.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://www.martakochanek.com