gruyeresuisse

09/09/2019

Jonanna Ingarden Mouly : symptômes

Ingarden.jpgJoanna Ingarden Mouly, "Cailloux, hiboux, choux…", Galerie du Carolin, Syens, du 14 septembre au 25 septembre 2019

 

Joanna Ingarden Mouly n'est ni dans la sensorialité pure, ni dans le rationnel. Et elle n'est pas plus dans une superposition des deux. Elle se situe dans l'interstice qui sépare, au sein de l’espace, l'image du réel. Les oeuvres deviennent dans leur maturité des paysages intermédiaires, des marges centrales. Une douceur étrange envahit le vide mais elle n'a rien de sentimental puisque l'artiste par cette approche ne répudie pas le tranchant de la visée et refuse l’artifice.

 

Ingarden 3.pngCette douceur n'est donc ni tranquille, ni inquiète, ni arrêtée, ni muette mais peut devenir violente intérieurement, intrinsèquement. La plasticienne possède en ce sens le mérite d'apaiser sans édulcorer. La douceur est la force de la lumière sur l'ombre, du talc de la première sur l'encre noire de la seconde. Chaque «pièce» est amorce d'un état flagrant de l'existant là où apparemment il n'en demeure plus guère parfois. D'où le développement en dissonances de diverses harmoniques. Où il y a presque rien, surgit un presque tout.

 

Ingarden 2.pngLes images ne sont pas créées pour rapatrier vers un éden artistique même si la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière. Joanna Ingarden Mouly ne réduit jamais ses créations à de petits traités d’archéologie du fugace. Elle sait aussi écarter la tentation du raffiné pour le raffiné en préférant l'épure d'un langage où s’ébrouent les multiples avatars encore non mis à nu de nos désirs, de leur revers et la nostalgie par effet de symptomes. 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

08/09/2019

Mathieu Dafflon : l'"objet" de la peinture

Daflon 2.jpgMathieu Dafflon, "Colmar", Wilde, Genève, du 13 septembre au 7 novembre 2019.

Avec son noveau cycle de peinture intitulé "Colmar," Mathieu Dafflon prend ses distances avec la peinture qui ne parle que d'elle-même. Il l'ancre dans le réel. Tout peut  devenir sujet. Le créateur entrelace dans ce nouvel univers tragédie et comédie, banalité du quotidien, sexualité, présence des corps tout en continuant à explorer les relations entre représentation et peinture et à interroger le statut des objets qu'elle crée et ce que le regardeur en fait.

Daflon.jpgLa puissance de l'oeuvre permet paradoxalement d’entrer dans l'apesanteur et se laisser aller au charme de l'abandon. Cet apparent laisser-faire n'a rien de convulsif même si certaines frontières sont habilement franchies. Tout devient  souffle sur une surface travaillée à dessein pour dégager des miasmes ou y entrer. Le regard est aimanté par de telles "narrations". Elles peuvent devenir des coups de marteau mais aussi des contre-feux aux accablements qui nous sont assénés. Respirer avec de telles "images" provoque une oxygénation bienfaitrice. Un gage d'espérance s'esquisse pour peu que les oeuvres soient regardées avec l'humour que la distance émise par Dafflon induit.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/09/2019

Hugo Schüwer Boss : théâtre/roman

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Hugo Schüwer Boss, "Roman", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 13 septembre au 2 novembre 2019.

 

Hugo Schüwer Boss transforme l'art et ses histoires en créant des liens entre son aventure intemporelle et les nouvelles technologies. Au fil des monstrations du créateur le paysage devient étrange. Il en va de même de ses narrations : d'où le titre ironique de cette exposition puisqu'existe là un lâcher-prise par rapport à ce que la peinture "dit". "L'abstraction" ouvre les aventures picturales à d'immenses vides colorés. Ils donnent à réfléchir sur la conceptualisation de l’art.

 

Schuwer 2.pngLe créateur permet sans cesse de passer du plus petit au plus grand, de l'architecture au décor dans divers jeux d'échelle et de mises en abîmes. Par son expérimentation, l'oeuvre est une subversion des codes selon une dimension dialogique et polyphonique. Et l'exposition permet d'entrer dans ce processus de création unique. Le créateur fait preuve d'un sens de l'espace et de la narration inédit.

 

Schuwer 3.jpgNéanmoins Hugo Schüwer Boss n'a rien d'un artiste pour les artistes : il ouvre une représentation existentielle qu'il a soin de ne jamais fermer. L'oeuvre dans la dureté et la solitude devient un évènement plastique d'une rare intensité. La question de la "re-présentation "y est centrale. Tout est séduisant dans ce théâtre qui dérange et où l'artiste fait implicitement de l'art un roman bien étrange.

 

Jean-Paul Gavard-Perret