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02/11/2018

Anne Sylvie Henchoz : exercices de transgression

Henchoz.jpgAnne Sylvie Henchoz, « Don’t forget to touch me », TSAR éditions, Vevey, 2018.

Anne Sylvie Henchoz est une artiste polymorphe et multipartitas. Elle produits entre autres divers types de performances narratives et poétiques. Elle y invente des situations conçues comme des cérémonies où la manière d’entrer en rapport avec les autres prend des aspects atypiques. Le tout dans des énoncés et un langage chorégraphique.

 

 

henchoz 2.jpg« Don’t forget to touch me » est un livre d’artiste où Anne Sylvie Henchoz réunit une collection d’invitations et de scénarios pour de futures performances. Celle qui porte le nom du titre du livre est «un ensemble de pièces chorégraphiées dans lesquelles les danseurs et musiciens qui les concrétisent utilisent les corps des uns et des autres pour produire des percussions rythmées. » C’est une manière de créer dans les imageries aux profonds remous charnels et ludiques par la vie que les participants se donnent. La créatrice présente dans de telles possibilités de transgression narrative, un mouvement où la morale s’éloigne à mesure que le corps se rapproche jusqu’à devenir langage et où l’apprentissage de la liberté d’être passe par des déphasages intempestifs.

Henchoz 3.jpgL’instigatrice des hautes œuvres et basses besognes se moquent de la beauté classique des corps ; ici la femme se libère d’elle-même. Anne-Sylvie Henchoz renverse toutes les mièvreries, transcende les poncifs pour donner une dimension érotique au sentiment d’exister

Jean-Paul Gavard-Perret

01/11/2018

Gina Proenza : de l'île colombienne à Lausanne

Proenza.jpgGina Proenza, "Passe Passe", Centre Culturel Suisse, Paris, 2018, "L'ami naturel", vue d'exposition, Kunsthaus Langenthal, Suisse, 2018.

Gina Proenza fonde son travail sur des récits qui mêlent recherches anthropologiques, contes et légendes ancestraux, influences littéraires (Borges, Bioy Casares, etc.) qu'elle met en rapport avec son territoire vaudois d'adoption. "Passe Passe" est occupé presque totalement par une plateforme peinte séparée du sol par une vingtaine de centimètres. Le spectateur qui la parcourt éprouve une impression d’oscillation accompagnée de légers craquements.

Proenza 2.jpgL'artiste rappelle de la sorte le lieu de sa minuscule île colombienne considérée comme un des territoires les plus peuplés du monde. Mais, tandis que sur l'île tout est grouillements joyeux et où l'espace privé et publique se mêlent, ici tout se réduit à une expression minimaliste qui devient son contre-modèle ou son utopie.

 

Proenza 3.jpgMarcher sur la plateforme permet de faire l'expérience d'un doute : chaque présence tierce crée un nouveau tangage et souligne de manière métaphorique et transposée des habitus. L'artiste - entre autre avec Michel Richet qui pratique le rituel de s'envoyer quotidiennement la photographie des cygnes sur le rivage du lac Léman - transpose ses cartes postales sur de la toile moustiquaire pour réunir la communauté de son île colombienne et celle de son immeuble à Lausanne. Elle crée des drapeaux, emblèmes poétiques d’un territoire en équilibre précaire, débordement, délicatesse en divers types de superpositions, substrats et « rempotages" minimalistes. La créatrice jardine ses émotions à sa main par des visions aussi allusives que fabuleuses en préférant le presque rien à l'opulence.

Jean-Paul Gavard-Perret

31/10/2018

Martin Dammann : torsions et dentelles du refoulé

Dammann.jpgLe film « Les Damnés » de Visconti, lors de la fameuse séquence de « La nuit des longs couteaux » a sans doute offert la plus belle plongée de l’inconscient que recouvrait l’idéologie nazie et son mythe de la virilité. Les S.A. en furent cette nuit là les victimes. Mais les S.S. et les armées du 3ème Reich ne restèrent pas à la traîne. Sinon des robes dont les soldats se travestissaient.

 

 

 

Dammann 2.jpgMartin Dammann (peintre et photographe) est parti à la recherche des photographies amateurs où se montraient un tel refoulé - vieux comme le monde d’ailleurs. Pour bétonner une vie apaisée et leur homosexualité les guerriers de toutes les époques ne se privèrent jamais de telles prestations.

Damman 3.jpgCe corpus permet de visualiser leurs torsions. Manière de rappeler - à un moment où les idéologies dites viriles font retour - les traversées particulières du désir. Lorsqu’ils quittent leurs habits de parade, les soldats se livrent parfois à certaines fantaisies militaires. Ce qui leur donne -hélas - encore plus de violence lorsqu’ils combattent ceux qui leur ressemblent et qui offrent sans fards ce qu’eux-mêmes ont tant de mal à cacher. Mais l’inconscient permet l'éclosion de spectres incompressibles que la raison ignore.

Jean-Paul Gavard-Perret

Martin Dammann, Cross Dressing in the Third Reich’s Army: Soldier Studies », Hatje Cantz Verlag, 2018.