gruyeresuisse

18/12/2017

Lizzie Sadin et les Népalaises

Sadin 3.jpgLizzie Sadin - par son livre « Le Piège » sur la traite des femmes au Népal - lutte pour leur droit. Elle prouve que le pays des trekkeurs et alpinistes reste celui où elles sont les plus maltraitées au monde : méprisées dès le plus jeune âge, mariées de force, répudiées, violées, assassinées. Les meurtres sont facilités par des traditions ancestrales discriminantes. Le tremblement de terre en 2015 n’a fait qu’empirer leur condition. Sans emploi ni toit, arrachées aux zones rurales les filles sont amenées à Katmandou où elles subissent l’exploitation sexuelle dans des dancings, salons de massage, etc.. Certaines sont « exportées » comme prostituées en Inde, au Moyen et Extrême Orient.

Sadin.jpgEn infiltrant les réseaux de vente et de prostitution obligée, la photographe a pu rencontrer ces femmes, leurs bourreaux tenanciers de bordel, leurs clients demandeurs de chair fraîche. Ses photos parlent plus que tout discours. Lizzie Sadin dresse un état affligeant des lieux : personne au Népal ne considère le marché des femmes comme du trafic ou de la traite. D’autant que la naïveté de filles privées de tout enseignement est du pain béni pour les trafiquants.

Sadin 2.jpgLa grande pauvreté et la discrimination ne laissent pas espérer de solution. Croyant proposer sa force de travail, c’est sa personne elle-même que chaque femme offre. « Le Piège » qui se referme sur les Népalaises qui restent le symptôme d’un mal plus général. Les vies brisées des filles victimes de servitude de toutes sortes ne sont pas le monopole d’un seul état. Lizzie Sadin prouve que la lutte continue.

Jean-Paul Gavard-Perret

17/12/2017

Mélanie Veuillet : le design est en prison

Veuillet bon.pngMélanie Veuillet, “Tools of disobidience », Editions Patrick Frey, Zurich. “Littéralement et dans tous les sens”, CPG, Genève.

Mélanie Veuillet née à Sierre et ancienne élève de l’HEAD de Genève et de la Gerrit Rietveld Academie d'Amsterdam - documente astucieusement les formes d'organisations humaines et leurs conceptions qui ont partie liée avec l'aliénation, le contrôle et la surveillance. En 185 photographies la créatrice présente dans « tools of disobidience » des d'objets fabriqués clandestinement par les détenus d'établissements pénitentiaires de la Suisse Romande.

Veuillet.jpgIl s’agit de répliques fonctionnelles d'ustensiles de la vie hors des murs des geôles. Fabriqués à partir de matériaux de récupérations ils prouvent comment l’imaginaire peut avoir droit de citer au sein des colonies pénitentiaires et de ses contraintes : manque d'outils, surveillance, nécessité de dissimuler ces créations. Les matériaux sont modifiés, combinés et réutilisés. Ils perdent leur fonction première pour en retrouver d’autres.

 

Veuillet 3.jpgMélanie Veuillet a photographié ces objets in situ de manière radicale. Ils sont présentés comme dans un catalogue de vente par correspondance. La froideur n’exclut pas une forme d’évanescence, d’évasion et de poésie. Emerge un jeu d’écume loin de toute banalité. Il suggère un bain d’oxygénation en « répons » à l’enfermement. Les objets se déploient hors banalité et dans des formes qui transforment la rhétorique de l’objet par un design « libre ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Aurélie Pétrel : playground

Pétrel.jpgAurélie Pétrel, « Littéralement et dans tous les sens », CPG, Genève, du 16 décembre 2017 au 11février 2017.

Pour Aurélie Pétrel la photographie n’est « que » le point de départ d’une démarche plus ample. Chaque épreuve devient l’occasion de diverses stratégies, propositions et structures animées au sein de « performances ». Existe une suite de partitions faites pour créer une interrogation entre l’image, son contexte et les conditions de sa création. Le spectateur n’est plus face à l’image mais dedans au sein de White Cubes qui transforment les chambres noires.

Pétrel 2.jpgLe sens de l’image déborde par la confrontation les points de vue afin de développer des pistes au sein de l’interstice entre les medias en des liens qui prennent forme et sens au fil du travail. A la croisée de la photographie et d’autres approches, Aurélie Pétrel architecture l’espace-temps et développe en un certain nombre de facettes qui peuvent évoluer en permanence en différents types d’immersion.

Pétrel 3.jpgLa tentation du récit est évincée au profit d'une réflexion sur la notion d'image même si elle garde la capacité d’introduire du récit dans les installations, de l’évènement dans un évènement. L'artiste nous donne à voir le travail de sape salutaire pour la vraie liberté. Celle qui fonde et qui brise. Celle aussi qui – révélée - tend à occuper tout l’espace loin des stances qui habillent généralement le regard. D’où la présence d’une impudeur très particulière, résolument critique et parfois ironique.

Jean-Paul Gavard-Perret