gruyeresuisse

10/11/2016

John Donica : bonjour tristesse

Donica.jpgL’univers de John Donica ondule entre le rêve et la réalité, l’ombre et la lumière. Parfois fantomatiques les femmes semblent subir un sort fait de tristesse habilement cadrée dans une narration où le corps reste la référence. Mais il est en voie de se défaire au sein d’une luminosité paradoxale.

 

 

Donica 2.jpgChaque prise est le fruit d’une longue patience afin qu’une immanence en jaillisse. L’épreuve est un bloc d'espace-temps, une coupe instantanée ou un fondu au presque noir. Cette variation et cette mobilité impliquent elles aussi du temps. Celui-ci enveloppe les personnages au devenir incertain diffusé de manière intense avec parfois un déplacement dans l'espace de la photographie et ce qu’il diffuse en tous sens et en toute direction.

Donica 3.jpgSurgissent des mouvements de translation. L’immanence redouble d’une photographie à l’autre dans une collection prégnante d'espace-temps. Chacune peut être considérée comme une coupe mobile là où le temps apparent « mort » reste néanmoins vivant par une série d’écarts entre le mouvement que l’image reçoit et celui qu’elle rend. Donica 4.jpgCe dernier compte le plus sans doute. Il crée la présence d’une anticipation qui semble pratiquement advenue. Ce mélange de temps donne à l’œuvre son caractère particulier entre le plus appuyé et le plus ineffable.

Jean-Paul Gavard-Perret

18:56 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Merry Alpen : les dessous de Wall-Street

 

Alpern 4.jpgPendant l’hiver 1993-1994 la photographe Merry Alpern a photographié - à partir d’une fenêtre de l’appartement de Wall Street d’un de ses amis - des tractations secrètes. Regardant à travers deux fenêtres d’un sex-club elle saisit traders et autres hommes d’affaires échangeant avec des femmes en string noir des centaines de dollars eu égard à leurs « attentions » (sexe et drogue).

 

 

 

 

 

Alpern.jpgUtilisant un téléobjectif la photographe capte les femmes dans leur travail et les hommes dans leur plaisir. A ce titre, et en 1995 elle fut - au même titre qu’Andres Serrano et Barbara De Genevieve - censurée pour de telles prises par le National Council de la NEA. Depuis même si beaucoup de regardeurs sont gênés par des images frisant le voyeurisme, le travail d'Alpern est visible dans de nombreux musées. S’y montre le dessous des cartes. La nudité n’y est pas traitée pour elle-même mais pour ce qu’elle « dit ». Par sa présence une effraction a lieu. La nudité est moins une exhibition érotico-plastique façon strip-tease que la figure de la figure d’une société.

Alpern 2.jpgL’interdit social est dévoilé afin d’atteindre ce qu’il existe de plus profond dans l’accomplissement social de l’homme unidimensionnel : le manque ou l’animalité. Derrière les marbres et les apparats de Wall Street, le système est - plus que la femme elle-même - mis à nu afin que se perçoivent sa frustration, ses suffisances et ses subterfuges compensatoires.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Merry Alpern : "Dirty Windows", Editions Scalo, New York.

09/11/2016

Les confrontations de Miriam Cahn


Cahn.jpgMiriam Cahn, « Paintings and works on paper from 1977 to 2016 », Bondeau et Cie, Genève, jusqu'au 17 décembre 2016

 

 

 

 

 

 

Cahn 2.jpgLes portraits de la Bâloise Miriam Cahn créent l’exigence d’un dialogue qui n’était pas prévu par l’entremise d’une restauration essentielle. Celui d’un portrait qui s ‘affichant interroge et se livre au dialogue. L’artiste devient passeuse en évitant les narrations d’anecdotes en s’immergeant dans ses œuvres « comme pour une performance ». Elle crée des visages à l’étrange connivence entre le corporel et spirituel, le réel et le possible. Jaillissent des revenants et "devenants" en des couleurs claires et intenses qui donnent au portrait un côté naïf et atmosphérique : on ne tombera pas pourtant dans la gouaille d’Arletty -Atmosphère, Atmosphère - qui ne conviendrait pas du tout.

Cahn 3.jpgLe visage ou le corps sert de rhétorique agissante, érectile. S’y captent des forces par le langage même de la peinture qui pousse à une étrange jonction. Elle rappelle ce qu’écrivait Blanchot : « Toujours je reviens pour autant que vous trouvez en vous l’aptitude à demeurer au plus loin ». Jetant sur le support papier son corps et de ses émotions, Miriam Cahn donne à l’être toute sa puissance. Il y paraît néanmoins fragile, désemparé dans une sorte d’équilibre précaire. Par delà le travail de la mémoire il possède parfois le parfum de fruits défendus entre douceur et violence.

Jean-Paul Gavard-Perret