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23/09/2016

Karolin Klüppel : l’enfant-reine des Khasi


AAAKlueppel2.jpgKarolin Klüppel, Kingdom of Girls, Hatje Cantz, Berlin, 92 p., 2016, 34 E.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AAAKLueppel3.jpgKarolin Kluppel ouvre toujours un corps d’images étranges et qui, dans le cas de « Kingdom of Girls », saisi par un photographe homme pourrait sembler presqu’équivoque. L’artiste crée des images fascinantes entre photo documentaire et artistique. La série est d’une puissance rare à la fois par sa force narrative et sa beauté. Les portraits des filles révèlent la culture des indigènes Khasi dans l’état indien de Meghalaya où un système matriacal très particulier existe. La plus jeune des filles est donnée comme première dans l’ordre de succession. Lorsqu’elle se marie, l’époux va dans la famille de sa femme et les enfants du couple reçoivent le nom de la mère. Dès lors et particularité rarissime : seule la naissance d’une fille garantit la continuité d’un clan.

AAAKlueppel4.jpgKarolin Kluppel a passé dix mois entre 2013 et 2015dans le village Khasi de Mawlynnong : elle en a rapporté des images magiques où la vie, le réel semblent, pour un regardeur occidental, se mêler à l’imaginaire. Néanmoins l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui doit autant à son langage qu’à son sujet. Symboliques à leur manière ces photographies offrent le passage d'une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues. Surgit une théâtralité particulière qui acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les photographies deviennent des puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en deviennent la porte-empreinte.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

22/09/2016

Reto Pulfer : la carte et le cosmos

 

Pulfer.jpgReto Pulfer, Amas Anis Stellaire, (Les Halles), Porrentruy, du 25 septembre au 14 novembre 2016

Le Bâlois (désormais Berlinois) Reto Pulfer est un autodidacte. Il imagine des mondes étranges et complexes. Ceux-ci deviennent à la fois des fictions (macro ou micro) qu’il nomme « mnémoniques » et des aide-mémoires où se mélangent installation, sculpture, peinture, performance, musique et architecture. L’artiste utilise souvent des matériaux recyclés (draps ou chutes de tissu, papiers et objets de récupération). Pour « Dehydrierte Landschaft » (paysage déshydraté) présenté il y a deux ans à Genève il avait créé un chemin initiatique au milieu de tentes renfermant un grand filet de chanvre intitulé «MMMS Reticulum Dehydrierte Landschaft».

Pulfer 2.jpgChacun de ses travaux correspond à un état d’esprit et un cadre conceptuel. À l’espace d’art « ( les halles ) » de Porrentruy, Pulfer présente des travaux créés à partir d’atlas célestes en une installation qui inclue divers médias (dont une partition sonore liée à des expériences scientifiques et à la musique expérimentale) ). Des pièces murales en textiles déchirés, cousus et peints, représentant des « mnémoniques », des plans et autres systèmes reproduisent des instructions pour retrouver des constellations. Ils deviennent une variation des édifices des anciens orateurs.

Pulfer 3.jpgL’artiste y inclut des informations. Dans une pièce un poisson renvoie à l’océan. A l’époque romaine pour récupérer une donnée mémorisée, il suffisait de parcourir son espace intérieur pour en faire saillir un grand nombre de données. Le travail sur les cartes occupe donc un rôle central dans les recherches de Reto Pulfer et ses travaux sur les techniques de mémorisation trouvent à Porrentruy un nouvel essor.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:59 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/09/2016

En revenant de l'expo : Ben à Maillol

 

Ben.png« Tout est art ? Ben au musée Maillol », du 14septembre 2016 au 15 janvier 2017.

 

 

 

Ben 2.pngBen a trouvé au Musée Maillol un lieu idéal même s’il a été privé du lot d’assiettes qu’il voulait laisser à la disposition des visiteurs afin qu’il puisse pratiquer de mini-performances à leur main. Si bien que l’exposition ne  contient « peut être pas le Ben libre que j’aurais voulu être » dit l’artiste. Mais qu’importe son « ego » trouve de quoi se repaître et l’artiste peut tenir son débat sur l’art et le pouvoir, l’argent et la gloire. Qu’importe si « les gens ne m’écoutent pas, ils veulent le pitre ». Mais celui-ci continue à faire bouger les lignes et les médias lui font écho : d’Europe 1 à France-Culture (que l’artiste n’hésite pas à fustiger sur l’antenne qui l’invite).

Ben 3.pngLe Franco-suisse prouve que tout reste possible à qui le veut et qu’importe si « trop de Ben tue Ben ». Preuve que Fluxus garde la vie dure. Dans l’exposition, Sixtine ressemble à la fée magique de Cendrillon. Elle tient à la main une baguette magique noire et un carrosse noir peut arriver pour emmener Ben où il doit aller. Et ce avant qu’il ne devienne un empereur ou le moine Citrouille qui s’angoisse toujours. Ben est là sous toutes ses formes : érotomane, ethnique, etc.. Et qu’importe si « personne ne mérite la gloire même pas Jésus ». Elle fait plaisir à l’artiste. Pour autant il n’en fait pas une choucroute. Il en profite pour se faire au passage non seulement « théoricien de l’égo, hâbleur, poète raté, chanteur de blues et pute » mais critique d’art. Pas n’importe lequel : « extra lucide » dit-il. Et il ne se trompe pas et montre qu’il a envie de vérité et rappelle qu’il s’agit toujours de trouver du nouveau. Suivons donc son conseil « Passez voir l’expo ».

Jean-Paul Gavard-Perret