gruyeresuisse

27/09/2016

Rebecca Russo et Georges Henri Rabbath : la flamme d’une chandelle




AAARusso 4.jpgSous la direction de la Genevoise Barbara Polla et de Paul Ardenne, « Les phautomnales » 2016 présentent entre autre le travail de la psychothérapeute Rebecca Russo. Elle est la première à avoir utilisé la vidéo d’art afin d’optimiser les diagnostics et les traitements de ses patients. Elle a ensuite développé cette approche au niveau international en créant « Vidéoinsight » et en publiant de nombreux livres sur ce concept ainsi qu’un cours universitaire. Collectionneuse d’art et fréquentant les galeries elle pousse désormais plus loin la matérialisation de son idée générale : « la vie est art, l’art est vie ».

AAARUSSO_RABBATH_BD_01.jpgAvec le photographe Georges Henri Rabbath elle prouve que chaque instant de la vie peut être un art. De leur travail émane un univers fascinant. La femme semble s’abandonner à la prise comme un jouet. Mais par cet abandon elle fait bifurquer son propre désir afin qu’il s’ouvre à des espaces inédits entre réel et imaginaire. Les photographies montrent combien il est mystérieux de s’envoler, de laisser faire des gestes ignorés et engagés sur l’heure afin d’inventer une provisoire éternité. AAARusso.jpgElles sont aussi sensuelles que subtilement décalées. Le mystère prend des formes ironiquement tendres ou hiératiques. Les corps deviennent des chandelles. Elles se consument selon un cérémonial dérisoirement précieux. Implicitement la sexualité vit de rien, de tout - à savoir de petits bouts d'amour. L'abrasion reste lente. La vision profonde est assourdie au sein d'un rituel photographique sobre, sombre mais néanmoins lumineux.

Jean-Paul Gavard-Perret

« Wake up in Beirut », « Love Stories », Les phautomnales 2016, Beauvais du 7 octobre 2016 au 1 er février 2017.

 

 

26/09/2016

Julie Mehretu le paysage et son double


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Julie Mehretu, « Algorithms, Apparitions and Translations, 2013 », Dubner Modern, Lugano, Lausanne.

 

 

 

 

 

 

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La transformation du « paysage » la déterritorialisation a lieu non seulement par le sujet représenté mais par les techniques (gravure, aquatinte, etc.) Il acquiert un autre langage. Preuve que le dessin, l’aquatinte, la gravure sont toujours à réinventer ». Les paysages ne sont pas donnés pour tels : ils viennent de loin. Le « esse percipi » de Spinoza est en quelque sorte brouillé. Sans pour autant que l’artiste accorde au paysage une fonction transcendantale. Elle n’est jamais borgne au monde et son regard est pourvu d’un corps. L’avancée des techniques de l’image que l’artiste propose n’y est pas pour rien.

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Elle n’est plus celle d’un monde perçu ou d’un sujet percevant, mais un rapport original entre les deux autant par la facture, les techniques que les matières. La corporéité du monde comme la choséité de l’image sont construites sur le sentiment d’une relativité. Il faut renoncer à saisir le paysage comme une totalité dans l’ordre de la connaissance. De même il convient de renoncer à croire chez elle à une métaphysique de la transparence. Face à l’illusion paysagère « réaliste » fidèle, objective, « naturelle » de la réalité, entretenue par la foi en un « Signifié transcendant » jaillit une autre dimension. A l’image de Diogène tournant le dos à la ville, la créatrice semble tourner le dos au paysage pour mieux revenir à lui.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/09/2016

Alistair Taylor-Young : exposées

 

Taylor 3.pngLes nus d’Alistair Taylor-Young sont moins des images libertines que des symptômes architecturaux de l’espace dans lequel ils s’intègrent. Le so british photographe enregistre non la réalité du fantasme mais de la réalité. L’appareil voyeur devient une mécanique plaqué sur le vivant qu’il feint de prendre "en douce". Taylor 4.pngAvec une telle série le créateur à la fois s’amuse et donne un bel exercice de perfection technique. S’y retrouvent ses égéries aux jambes interminables : même Helmut Newton est dépassé dans une synthèse de l'ambiguïté de la photographie et de son jeu de séduction.

Taylor 5.pngReste alors à se poser la question de savoir qu’est ce qu’une image ouvre ? Que devient l’art quand la nudité du corps s’en empare, c’est-à-dire l’agrandit et le renverse ? Quelle sidération est proposée ? Alistair Taylor-Young répond que par elle-même la nudité n’est pas signe de transgression et de subversion. Tout dépend de l’usage qui en est fait. Néanmoins et contrairement à ce qu’écrivait Bataille (« la nudité peut-être la plus pudique des exhibitions ») elle n’est pas ici d’une nature de sainteté. Elle permet simplement une forme de virtuosité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Alistair Taylor-Young, “Nudes”, The Little Black Gallery, Londres, jusqu’au 8 Octobre 2016

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