gruyeresuisse

04/12/2017

Rose Hartman et la pastorale new-yorkaise

Rose-Hartman.jpgRose Hartman a photographié pendant 40 ans les icones de la culture made in New-York. Du moins celles qui s’exhibent au moment des vernissages, défilés de mode, soirées et clubs célébrissimes. Celle qui commença sa carrière au « SoHo Weekly News » est devenue elle-même une artiste clé de ce monde : sa photographie est sortie du reportage pour entrer dans le monde de l’art par son don de l’à-propos visuel et du cadrage.

Rose-Hartman 2.jpgRéputée pour ses incursions au sein du « back-ground » la photographe fut prénommée « L’infâme » titre qui fit la gloire de la commère des images. Mais l’Amérique du moins New-York (ce qui est bien différent) y trouve un récit particulier de la vie de ses célébrités plus ou moins passagères ou frelatées mais parfois incontournables..

Rose-Hartman 3.jpgAu formalisme forcené la photographe préfère la recherche des sensations fortes. Elles débordent de partout en ce dérèglement de « contes » et parfois de règlements de décomptes... Le monde de l’ostentation en prend pour son "rade" sans que l’artiste l’auteur forcément le dégrade. Mais le plus vibrant des hommages trouve là de drôles d’angles d’attaque.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

“Infamous Rose Hartman”, Edelman Arts, New-York, du  20 novembre au 22 décembre 2017.

02/12/2017

Anne Voeffray : le mouvement qui déplace les lignes

Anne Voeffray.jpgAnne Voeffray, « Mouvements », Galerie Univers, 5, rue Centrale - Lausanne du 9 au 24 décembre 2017

Quittant le visage mais pas forcément la buée Anne Voeffray poursuit sa quête. Elle filtre la lumière et l’apparence par des lueurs et des présences diffractées afin d’approfondir les choses vues et le silence. La photographe refuse de forcer des seuils : le mouvement est toujours feutré.

Il s’agit d’attendre, encore attendre, aller plus avant dans la nudité qui ouvrira le passage. Mais en se retirant. Et retenir des traces en retirer à peine le bâillon face à l’insondable. Ce que la buée recouvre le temps le défera. L’objectif de la photographe est de retenir cet indicible de la vitre dont l’artiste fait pleurer le voile. Un regard y coule pour se mêler à la substance de ce qui irrémédiablement s’échappe.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:41 Publié dans Femmes, Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (1)

Magdéleine Ferru : au nom des femmes

Magdeleine.ferru.jpgLe livre de Magdéleine "Comfort Zone" - écrit son auteure - « porte sur le corps, le respect de la femme et de son corps dans le monde actuel, et surtout, avec la montée du féminisme et des Femens, et des nombreux témoignages de harcèlements sexuels, sur les réactions que cela peut inspirer. ». L’artiste interpelle les femmes pour une réflexion sur le sens de qui elles sont, le non respect qui leur est portée même si elles, dévêtues, elles sont « objet » du désir. Elle montre aussi comment la vision du corps est le fruit d’un héritage culturel social, religieux.

Magdeleine.ferru 2.jpgEt Magdeleine Ferru de préciser la situation qu’induit la nudité : « ne peut-on pas supporter le nu sans être féministe? Ne peut-on pas être à l'aise à montrer son corps comme bon nous semble? Ou à l'opposé, puis-je me cacher, et cacher ce corps pour des raisons qui me sont personnelles ? ». La créatrice se contente de poser les questions afin de permettre aux femmes (mais pas seulement) de méditer sur une telle question par tout un jeu de montages. Dans cette traversée du féminin, la « noire sœur » (Beckett) devient un « lieu » qui reste troublant. Il y a là en son exhibition ce qui habituellement n’« appartient » qu’à l’univers érotique masculin. Mais l’artiste déplace les lignes afin d’évoquer comment se cache ou est spolié le secret de l’identification.

SMagdeleine.ferru 3.jpges portraits de femmes restent aussi énigmatiques que pudique en dépit de leur »mise à nu ». La force centrifuge de la photographie et de ses assemblages de « vignettes » n’est pas là pour soulever du fantasme. Elle rappelle la fragilité de l’existence et les forces des désirs refoulés. L’artiste mène plus loin la nudité selon des voies presque impénétrables. Un « érotisme » particulier apparaît. Il ne s’agit plus de jouer avec des images qui ne seraient que des ancres jetées dans le sexe pour qu’on s’y arrime. Magdéleine Ferru cherche moins l’éclat des « choses » visibles que l’éclat du vivant.

Jean-Paul Gavard-Perret