gruyeresuisse

17/12/2019

Neus Sola et les senteurs de Havane

Neus Sola.pngLe photographe barcelonais Neus Sola saisit des poupées de chair issues de lieux souvent refoulés voire honnis (gens du voyage). Elles deviennent des relais cosmiques et leur stabilité fixe la volatilité du temps et de l’espace. Il s’agit de foyers de présences et de transparences fluides. Ce sont des veilleuses qui donnent encore au monde un air d’attente.

Neus Sola 2.jpgSe retrouvent dans l'œuvre des scarabées d'or tout comme des puces d'air. Les deux permettent de reconnaître l'endroit où la vie se creuse, se mange du dehors et du dedans. Créer revient donc à décrypter une infinité de nymphes que nous ne voyons pas. Il faut donc rester dans la singularité des images. Elles sont franches du col, s’élèvent au-dessus de la pensée, ruinent l’angoisse du monde avec une douceur paradoxale qui change selon les moments de prise.

Neus Sola 3.jpgC’est à ce moment-là que le réveil a lieu. Il secoue les radoteurs et leurs bêtises qui ne se mesurent pas au nombre des années. Il n’y a pas de plus jeunes idiots que d’autres dans le fleuve des saisons. Certains s’y immergent, d’autres en émergent : le tout est de savoir si c’est dedans ou dehors qu’ils s’ennuient le moins. Face à eux Neus Sola continue de créer des moments forts mais cachés. Ils ne contiennent jamais de baby-blues ou des babioles. Juste des farandoles de gitanes qui sortent ailées de leur monde.

Jean-Paul Gavard-Perret

Neus Sola "Poupées"

10:30 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

15/12/2019

Manon Boyer dans les coulisses

Boyer.jpgLes portraits des enfantes de la balle de Manon Boyer possèdent un potentiel métaphorique complexe et puissant. Chacune de leur photographie soulève de nombreuses questions au sujet de la féminité et de sa représentation. L'artiste met en évidence certes les strass mais aussi celles qui se cachent dans des cabines aux volets clos avant de vivre dans un espace lumineux.

 

 

 

 

 

Boyer 2.jpgDerrière la fête et au cours de sa préparation, le spectacle est tout autre. L'artiste ne cherche pas à faire beau : elle témoigne. La base de sa création est le corps avec ses morceaux de Lucifer et d’Ange. Il se prépare à l’espace de la rencontre. Il ne se complait pas en lui-même. La clarté espérée est encore en attente et en absence.

 

 

 

 

 

 

 

Boyer 3.jpgLa photographe fait entrer des flux d’existence. Dès lors les «Eve» de tout âge obligent à chercher où est le corps, le «vrai», où sont sa sensibilité, son être. D’où la densité émotionnelle de l'œuvre. Elle joue des références culturelles, populaires mais les métamorphose. L’art devient une activité qui montre ce dont le corps est plein sans en chasser l’esprit afin que femme de spectacle ne vive plus sans exister.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Exposition novembre : Corridor-Elephant, Paris, voir le site.

14/12/2019

Bastiaan Woudt : souffler sans respirer

Woudt.jpgBastiaan Woudt, "Hidden", Bildhalle, Zurich, jusqu’au 25 janvier 2020.

Le photographe néerlandais Bastiaan Woudt connu une ascension fulgurante dans le monde de la photographie contemporaine. Autodidacte il a commencé la photographie il y a à peine cinq ans, sans expérience ni formation formelle. Mais cela lui a permis de créer un style original et abstrait attacché aux détails.

Wouudt 2.jpgIl a appris très vite l'histoire de la photographie à travers livres et musées. Il aime les sujets classiques (portraits, nus) et par ses prises il revisite la photo surréaliste, celle de la mode ou du reportage. Mais son travail avec les techniques photographiques numériques et la  post-production donne à l'oeuvre un aspect immédiatement repérable par son graphisme et son grain.

 

 

woudt 2.jpgInspiré par Irving Penn, Richard Avedon, Man Ray, Bill Brandt, il cherche toujours dans ses oeuvres le dynamisme, le mouvement. Mais aussi l'"imperfection" qui les crée afin de produire des sensations exogènes propres à donner à voir ce qu'il nomme "un petit monde de rêve" mais qui ne l'est pas forcément.

Jean-Paul Gavard-Perret