gruyeresuisse

30/07/2016

Felice Varini : machine à voir


Varini 2.jpgFelice Varini, « À ciel ouvert », MAMO, Centre d'art de la Cité Radieuse, Marseille, du 7 juillet u 2 octobre 2016.

Partant du réel Felice Varini transforme la peinture en un spatialisme. Son possible devient vrai dans la réalité. Les partitions indépendantes du créateur suisse ouvrent à une connaissance loin des effets de description par « incrustations » spatiales. Fidèle au Corbusier selon lequel "la maison est une machine à habiter", Varini fait de la peinture une "machine à voir".

Varini 3.jpgPar delà l'imagination et l'entendement l'artiste offre un concevable physique comme une métaphysique. Ecartant les lois duales de l'abstraction et de la figuration surgit un géométrisme conceptuel. Il introduit dans le monde des perceptions des intuitions formelles capables de déplacer le regard.

Varini.jpgLa peinture devient le fruit de la découverte empirique et de la réflexion. Elle crée un langage soumis à ses propres logiques. Son "apesanteur" répond à la lourdeur du monde qu'elle réoriente, reconstruit dans une vision communicable à qui ne passe pas outre ou ne se contente pas d'un regard distrait, réductionniste, chercheur de consensus normatif hâtif. Soudain le têtard distrait devient grenouille contemplative.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/07/2016

Sokolombine ou la colonie pénitentiaire d’Apolonia


Apo.jpgOpaques comme le marbre, translucides comme l'ambre, les portraits d’Apolonia Sokol sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Chaque portrait tient en respect le voyeur. Pas de séduction : ni dans les lignes et les formes. Pas plus dans l’aspect des visages. Ils deviennent une présence étrange et obsédante. L'artiste y cultive l'éphémère, le fragile, le désir, la vie. Elle fuit tout ce qui est établi, stable : les certitudes, les habitudes en des rituels qui permettent de toucher à un seuil de l’intime sans forcément le franchir.

Apo2.pngIl n’existe plus de pudeur ou de crainte : juste l’incertitude des êtres. Le désir - si désir il y a - se fonde sur un défaut, une absence face aux représentations héritées qui habitent encore l’esprit des hommes et même des femmes. L’acte de création s’élève contre toute mondanité et interroge ce qu’il en est de l’amour. Il échappe autant à l’illusion qu’à la métaphysique et l’animalité. Ce qui hantait jusque là la vision est déplacé de manière hallucinatoire et réaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)