gruyeresuisse

27/07/2016

Sokolombine ou la colonie pénitentiaire d’Apolonia


Apo.jpgOpaques comme le marbre, translucides comme l'ambre, les portraits d’Apolonia Sokol sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Chaque portrait tient en respect le voyeur. Pas de séduction : ni dans les lignes et les formes. Pas plus dans l’aspect des visages. Ils deviennent une présence étrange et obsédante. L'artiste y cultive l'éphémère, le fragile, le désir, la vie. Elle fuit tout ce qui est établi, stable : les certitudes, les habitudes en des rituels qui permettent de toucher à un seuil de l’intime sans forcément le franchir.

Apo2.pngIl n’existe plus de pudeur ou de crainte : juste l’incertitude des êtres. Le désir - si désir il y a - se fonde sur un défaut, une absence face aux représentations héritées qui habitent encore l’esprit des hommes et même des femmes. L’acte de création s’élève contre toute mondanité et interroge ce qu’il en est de l’amour. Il échappe autant à l’illusion qu’à la métaphysique et l’animalité. Ce qui hantait jusque là la vision est déplacé de manière hallucinatoire et réaliste.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:26 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

25/07/2016

Jen Davis et le corps obèse de la femme

 

Davis 4.jpgJen Davis a suivi avec attention et théâtralité son quotidien de femme obèse pendant onze ans. Elle a posé avec des amants fictifs le temps. La photographe de Brooklyn a invité des hommes (colocataire, ami gay, inconnu) pour explorer sans manque : «Je voulais questionner ma sexualité et l’inconfort auquel je l’associais. Pouvais-je être sensuelle et inspirer du désir ? » écrivait-elle.

 

 

Pendant ce temps elle a transformé la femme quasi obèse en icône imparfaite (selon les critères actuels) mais belle. En dépit de son « mal de vivre » elle posait pour jouer avec ces hommes une passion supposée. En sous-vêtements ou en nuisette elle faisait de ses prises un regard « amoureux » afin de pactiser avec elle-même, de s’aimer en se plaçant dans l’ordre des corps désirés et désirants.

Davis1.jpgAu fil du temps elle a retrouvé un équilibre qui lui a fait perdre plus de 50 kilos grâce à un anneau gastrique.

 

 

 

 

 

 

Davis 3.jpgL’artiste ne se veut ni féministe ni « pro-fat acceptance ». Elle a cherché simplement à retrouver sa place dans le monde. Et c’est en commençant à ne plus s’habiller au rayon des très grandes tailles qu’elle s’est sentie mieux. Paradoxalement le succès de ses photographies lui ont permis de jouir d’’un anonymat existentiel. Ses images la font accéder à une connaissance d’elle-même occultée depuis l'enfance. Elles apprennent au regardeur à comprendre la différence.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/07/2016

Natasha Kertes : la peau douce

 

Natasha Kertes.jpgNatasha Kertes aime jouer avec le feu pour en garder les flammes. Les femmes en sortent afin de donner raison à la folie de l’éros : il clame l'absolu. Les photographies produisent le chemin « dans ». Mais ce qui est dessous n'a pas forcément de « dans » pour le voyeur. Existe néanmoins un trajet physique. Le corps est en métamorphose pour que vive une autre individualité que celle du quotidien.

 

 

 

 

Natasha Kertes3.jpgLa photographie devient un change, une poussée : les femmes sont des totems, elles ont tout à conquérir. Natasha Kertes en souligne leur charme, s’amuse de leurs désirs en créant des élans sous le linteau du temps sans étiage ou limite. Il s’agit de s’absorber dans des lointains inaccessibles en un monde de l’illusion caché dans les plis d’une robe, d’une jupe duveteuse. Parfois les genres s’y confondent.

 

Natasha Kertes 2.pngLes mains qui en jaillissent ne sont pas là pour la dévotion. Les aubes des femmes s’offrent à la pâmoison de la nuit des sens. Peau douce, soie sucée mais juste ce qu'il faut. Et plus vraies peut-être dans les photos que dans la réalité. Les muses sont-elles vraiment telles qu’elles se contemplent ? Elles semblent prêtes à glisser au voyeur quelques mots : mais il entend et voit toujours plus qu’il ne voit Et la photographie ne mène pas forcément où l’on pense accoster.

Jean-Paul Gavard-Perret

L’artiste a été exposée à la Basel Art Fair, Miami.