gruyeresuisse

08/08/2019

Aleksey d'Havlcyon complice d'elle-même et de son passé

Alekesey.pngLorsque Aleksey d'Havlcyon fut baptisée, quelques jours avant Noël, le curé plaça le bébé au sexe maudit et détesté par l'église dans le berceau du Christ. Et on la surnomma  "La Madone". Car bien sûr (et pour cause...)  on ne connaissait pas encore la nature sulfureuse de ses futures photos...  De cette épisode elle ne regrette qu'une chose : " mon frère de berceau et voisin, baptisé en même temps que moi, n'a pas eu droit au lit du petit Jésus. Il était pourtant beau comme un Jésus".  Mais celle qui fut comme elle l'écrit encore  " Immergée dans les croyances, habillée en garçon les cheveux courts, parfois en robe éclatante avec des petites chaussette au rebord en dentelle"  en est sortie telle une prêtresse suave et sulfureuse de l'étrange.

Alekesey 4.jpgAu moment où son autoportrait et collage "La transe de la Bacchante" fait désormais partie de la collection du Musée Quinta Da Cruz Viseu au Portugal, Aleksey d'Havlcyon expose 10 photographies réunies sous le thème "Conjurer". Ce sont des autoportraits analogiques et numériques, parfois accompagné de son frère et issues de ses séries en cours sur la mémoire collective et familiale, et sur les autoportraits "El Encantador" inspirés par les mythiques "Cante Jondo" et "Romancero Gitano" de Federico Garcia Lorca. Et si l'artiste reste une Madone elle transforme les vieilles images en images vivantes. Ces apparitions sentent la chair et le stupre des enfers. Mais nul âme pour s'en plaindre.

Alekesey 3.pngNéanmoins la créatrice remplace la vision de "voyeur" par un regard plus intérieur. Elle sait tisser, dépasser les lignes d'ombres pour atteindre le ventre chaud de certains équateurs. Ces images radicales n'ont toutefois rien d'un film interdit, d'un cinéma X ni  de celui des amantes de Duras coupées du monde. Une telle oeuvre, par ce qu'elle rameute de passé comme de sensualité, empêche de succomber dans la nuit absolue et la dépression organisée. Alekesey 2.jpgRestent l’émanation et l’aspiration poétiques portées dans une vitalité juvénile - ce qui n’empêche pas une certaine gravité - au moment où la femme devient complice d'elle même. Des pensées troublent se lèvent. La femme blanche danse un Orfeu Negro, une serenata negra. Il en faudrait peu pour que du café au lait nous passions au café noir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Aleksey d'Havlcyon, "Arcana 17", Zahav Gallery, rooftop de l'édifice LIVINNX, Bogota, Colombie, à partir du 10 aout 2019.

07/08/2019

Magdolna Rubin : placages et cavernes

Magdo.jpgArtiste suisse née en Hongrie, Magdolna Rubin a travaillé pendant une vingtaine d’années comme architecte dans divers bureaux d’architecture  avant de s’adonner exclusivement à ses créations artistiques. La recherche géométrique est au centre de sa création d'où sa proximité avec l'école de Zurich et son abstraction même si la plasticienne poursuit un travail solitaire et original.

Magdo 2.jpgEn particulier par son utilisation du carton ondulé, recyclé, écrasé ou non écrasé sur lequel l'ajout de pigments accentue les effets d'ombres et de de lumière.Toute la problématique tient dans un paradoxe à la fois de simplicité et de complexité : le regard est concentré dans ce jeu où il doit procéder à des repérages.

Magdo 3.jpgUne dimension extra-temporelle et extra spatiale apparaît à travers ces collages marqueurs de diverses zones de latence. L'art est à la fois minimalite et subtil. En ce sens Magdolna Rubin est à sa manière une néo-platonicienne. Ce qu’elle propose n’est pas de l’ordre de la représentation mais du générique. La disparition est donc insécable de la trace. A la figuration il faut alors préférer la figure. Quelque chose y perdure.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ferrari Art Gallery, Vevey.

06/08/2019

Poétique "littorale" de la ville : Jean de Breyne

De Breyne.pngFondateur de la Galerie Librairie l’Ollave à Lyon, Jean de Breyne est poète et aussi photographe. Voyageur, un de ses lieux de prédilection est la Croatie. Et plus particulièrement Zagreb. Pour mettte en évidence la ville il échange les mots pour les images même si les 106 photographies sont accompagnées des "légendes" écrites par différents auteurs.

 

 

De Breyne 2.pngSe fomente une vision intérieure de l'espace citadin et de temps. Le photographe épouse les traces de la ville éventuellement par "le petit bout de la lorgnette" du matin au soir là où "la figure contient son genre" et où le parti-pris des choses n'empêche pas l'élévation voire une consonance romantique inattendue là où le plus commun "dénominateur" peut s'ouvrir à la célébration quasi mentale et où le corps pointe ça et là.

De Breyne 3.pngDe Breyne introduit juste ce qu'il faut de trouble apparemment sans rien déranger. Mais la photographie prend une dimension imprévisible. Il est vrai que le créateur connaît bien la ville : il l'a d’abord visitée avant d'y vivre. D'où ses visions qui demandent du temps et de l'attention. Les images brouillent toute structure du discours urbain par les enjambements et ruptures visuelles et selon une expérience du temps, de l'espace selon une théâtralisation d'un sens à peine formulable et pour aller, selon les mots de Claude Royet-Journoud, «jusqu'au bout du littéral».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean de Breyne, "Mon Zagreb", Edition de L'Ollave, Lyon, 148 p., 20 E., 2019.