gruyeresuisse

11/03/2017

Fancy Feast : striptease « burlesque » du voyeurisme

Fancy 2.jpgReine de la scène burlesque new-yorkaise Fancy Feast souligne combien son personnage scénique n’est pas différent de son existence. Ses souhaits et ses rêves trouvent une figuration dans des spectacles où elle se revendique telle qu’elle est. Elle ne se contente pas d’une pure exhibition plus ou moins farcesque de sa différence. Elle s’élève face aux diktats « formels » qu’imposent aux femmes la société

Au départ ses spectacles n’étaient destinés qu’à la scène nocturne queer. Ils ne prêchaient que des convaincus. C’est pourquoi elle a décidé d’élargir le cercle de son public afin de faire avancer la cause des femmes différentes dont les formes exhibées choquent celles et ceux qui ne voient rien de pire qu’une femme obèse.

Fancy 3.jpgSi pour elle la magie du burlesque repose sur l’exhibition de la nudité, le jeu sexualisé devient une manière de dialoguer avec le public. Fancy Feast est donc plus performeuse qu’artiste de music-hall. Elle transforme le striptease en métaphore et inversion du regard. Il ne s’agit pas montrer seulement corps mais de révéler autre chose : la vulnérabilité du voyeur face au corps «a-normé».

Les performances de l’artiste contiennent un caractère hypnotique plus que purement drôle et délirant. L’humour sollicite l’intérêt du public avant de le dégager des idées reçues. L’assomption de la nudité mène vers quelque chose de plus authentique que ce que confisquent les modèles stéréotypés, déréalisées, décharnées et dévitalisées.

Jean-Paul Gavard-Perret.

 

10/03/2017

Valérie Jouve à Genève


Jouve.jpgValérie Jouve, Galerie Xippas, 23 mars - 6 mai 2017, Genève.

Valérie Jouve poursuit des saisies urbaines par le film et la photographie. Ses œuvres sont chargées du poids des murs, de l’animation des rues ou à l’inverse de la solitude des façades grevées par les guerres. Existe aussi le ciel bleu sombre sous le poids des murailles. Parfois une femme belle mais fatiguée, silhouette errante mais presque immobile est à la recherche d’un havre de paix. Ressurgit la réalité d’une double mémoire : juive d’un côté, palestinienne de l’autre. La rue quotidienne devient le plus anonyme des paysages intérieurs et réincarne dans le présent un voyage au cœur des dédales du réel.

Jouve 2.pngLa créatrice ne cherche pas à jouer les reporters « engagés » mais crée un rapport très immédiat et affectif aux êtres humains. Surgit une volonté poétique d’enrichir et de dépasser l’histoire et le temps afin de mieux permettre de ressentir l’éclatement des possibles là où tout semble fermé. D’où la tension entre une prise en compte du fini de la condition humaine et d’un infini singulier inhérent à chaque culture.

Jouve 3.pngCorps et lieux sont comme fixés dans un temps sans temps, un temps à l’état pur même lorsque les rues (de New York par exemple) semblent animer contredisant la froideur des buildings. Jouve 4.jpgMais Valérie Jouve met de la distance en ce qu’elle choisit de montrer et face à ce que les images de reportages médiatiques exhibent habituellement. Témoigner ne suffit plus même si la photographie ne peut rien sinon soulever des utopies qui la font vivre. L’essentiel de son approche tient d’abord à la rencontre d’êtres auxquels elle donne par re-présentation une valeur universelle et non réductrice à une histoire et une géographie.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

09/03/2017

Les icônes comestibles de Yoan Mudry


Yoan.jpgYoan Mudry s’en donne à corps joie et il fait partager ses irrévérences. Archétypes et icônes sont pimentés d’oripeaux en d’étranges sagas iconoclastes. Le Lausannois « exilé » à Genève propose la mise en scène de mariages improbables. Le plaisir pour les héros est toujours difficile à avaler car leurs dragées sont devenues trop hautes ou du moins pas où elles devraient être. Chaque pièce crée un début du jour plus que la fin de la nuit. Ce qui n’enlève donc rien aux questions : que faire avec une icône? Que peut-elle donner encore après avoir subi la moulinette de l’artiste ?

Yoan 2.jpgDu plaisir sans doute mais pas forcément celui que le commun des consommateurs attend. Car l’artiste n’envisage jamais de monumentaliser ses modèles. Il préfère les maquiller d’outrages ludiques. L’ensemble est volontairement instable : il évolue au gré de l’imaginaire en torsade de cet irrégulier de l’art. Il reprend à sa main graphisme et image selon un filage intempestif qui ne se conçoit pas comme achevé puisqu’il est impossible de considérer l’histoire des stéréotypes culturels comme achevable. La caricature de leur caricature fait les reines et les rois nus. Super Mario comme Freud ou Marx sont réduits à des portions incongrues.

Jean-Paul Gavard-Perret


Yoan Mudry , "The Future Is Wilds", Art Bärtschi et Cie, du 23 mars - 15 mai 2017.