gruyeresuisse

28/09/2019

Dorothy Iannone : Faim de bien recevoir

Iannone.jpgDorothy Iannone, "A CookBook"; JRP, Ringier Editions, Zurich, 2019, 60 p, 80 E.

Depuis le début des années 1960, l'artiste et écrivaine Dorothy Iannone (née à Boston et qui vit et travaille à Berlin) se consacre - à travers ses peintures, dessins, collages, sculptures vidéo, dispositifs sonores, objets, textes et livres d'artistes - à la représentation de diverses expériences amoureuses extatiques. Sa conception de l'Amour Fou dépasse le cadre de Breton et des surréalistes par une prise en compte plus significative de la sexualité et de toutes les sensations.

Iannone 3.jpgCelle qui fut (entre autres) amante de l'artiste, chanteur et performeur suisse Dieter Roth s'occupa de sa nourriture tout en sachant qu'en devenant sa cuisinière elle risquait de tomber amoureuse d'un autre homme. Ce qui ne manqua pas d'arriver. De ce travail culinaire demeure un livre qui n'avait jamais été publié. Il paraît en fac-simile. Ce qui lui laisse toute la force corrosive d'une sauce douce-amère faite de mots et d'images. L'ouvrage est foncièrement drôle et jouissif et bourré de références artistiques et amoureuses. Faussement naif et habité de dessins aux couleurs criardes il est fidèle à l'époque où tout était permis.

Iannone 2.jpgCe manuel (au sens premier de terme) de "cuisine" se soustrait à toutes frontières et reste un parfait ouvrage d'anticonformisme. Dans ce mélange de Pop-Art et de B.D., la sexualité règne sans tabous ni consignes - sinon de "mal" faire pour se faire du bien. Le désir quel qu'en soit l'objet est présenté comme absolument nécessaire tant par le contenant que le contenu de l'ouvrage. S'y affirme une féminité superbement épanouie et qui rappelle que là où il y a de la gêne ou du repli il n'existe pas de plaisir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Glenn Ligon : agglomérations et débris sans noyaux centraux

Ligon.jpgGlenn Ligon , "Available Works", Dubner Modern, Lausanne, Automne 2019.

L'artiste new-yorkais Glenn Ligon utilise souvent dans ses oeuvres des textes en fragments ou des "taches" pour chercher des réponses "scéniques" aux questions qu'il se pose et engage sur l'identité, la race, les registres culturels et l'acceptation sociale. Chaque oeuvre devient une manière de marcher dans le crâne à travers des signes où la reconnaissance gravitationnelle est obviée.

Ligon 2.jpgL'artiste engage une crise de l'image loin de tout romantisme. Il n'est pas jusqu'aux fétichistes de la "lettre" de se voir désarçonnés par une telle entreprise. Elle use au besoin d'éléments scripturaux ou de visualisations qui se moquent des matières dites nobles pour créer un magnétisme particulier. Bref, Glenn Ligon ne cesse de s'élever contre  les rapports classiques de l'art et leurs modèles. D'où son importance.

Jean-Paul Gavard-Perret

09:58 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

27/09/2019

David La Chapelle à Genève : révision des archétypes et icônes

La Chapelle 3.jpgDavid La Chapelle, "Radiance", Galerie des Bains, Genève, du11 octobre 2019 au 25 janvier 2020.

L'artiste américain David La Chapelle pour sa première exposition solo en Suisse présente des oeuvres qui dessinent son parcours de 1987 à 2019. Elles révèlent l'étendue de ses points de vues et sa manière d'étendre la notion même de photographie. L'artiste présente ici et entre autres, dans une oeuvre récente, un hommage à son mentor (Andy Warhol). Mais il montre aussi comment il joue avec difféntes époques - des temps bibliques à la révolution industrielle - en "réimageant" par exemple la Vénus de Botticelli ou comme dans sa série la plus récente "L'Annonciation".

La Chapelle.jpgLe plasticien propose ainsi ses horizons radieux. Celui qui fut un temps l'archiviste d'une histoire médiatique mais qui ne fut proposée que de manière iconoclaste ne cesse de produire sans cesse des réinterprétations corrosives et ludiques dans la lignée de Gilbert & Georges mais avec plus d'emphase romantique.

La Chapelle 2.jpgSon propos se veut à rebours des pratiques artistiques «autistes» qui se désintéressent avec désinvolture et arrogance de la situation où l’humanité se trouve prise. La Chapelle prolonge son propos en interrogeant les tensions inhérentes aux Reines, Saintes et autres figures mythiques. Tel un nouveau Dante il circule en une entreprise de pensée dans les grandes époques de l'esprit mais aussi en nos sous-mondes et ceux de nos inconscients à travers des figures emblématiques détournées et trafiquées. Et c'est souvent ironiquement sublime.

Jean-Paul Gavard-Perret