gruyeresuisse

21/08/2016

Les mikados d’Anouchka Perez

 

AAAPerez.jpgAnouchka Perez, « Sens dessus dessous », Musée Alexis Forel, Morges, 25 août au 2 octobre 2016.

Fascinée par l ‘image pour son expressivité et la structure pour sa dimension physique Anouchka Perez combine les deux. Surgit une effraction par laquelle monte contre l’obscur des myriades de formes légères, vivantes et denses. L’œuvre de l’artiste reste plus que jamais paroxystique. Elle témoigne d’une énergie dont les formes représentent les courants et les flux. Surgissent des mikados géants, des tourbillons de formes exaltées et instables. A côté les marines tourmentées de Winslow Homer, les tempêtes de Turner ne sont rien.

AAAPerez2.jpgLes formes constituées d’éléments rigides volent. Mélusine s’en donne à cœur joie. Le monde s’architecture et s’architexture en cages de Faraday d’un nouveau style. Il existe une sorte de cérémonial mais aussi de facétie. Les éléments gesticulent et dansent la gigue selon un désordre ordonné en grande largeur, en hauteur idoine et en tours de passe-passe. Le monde est bâti fou : il batifole aussi incontrôlable qu’impassible. Un tel chantier ne craint pas la démolition. Tout s’emberlificote dans un mouvement qui déplace lignes. Surgit la jubilation d'un parcours initiatique. Il provoque un ravissement au sein d’une confusion organisée de pièces rapportées. Feinte d'incarnation « réaliste », la sculpture devient le lieu où le visible transfiguré est livré au vertige.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les portraits totems de Miriam Cahn

 

CAHN BON.pngMiriam Cahn, “Paintings and Works on paper from 1977 to 2016”, Du 15 septembre au 17 décembre 2016, Blondeau & Cie, Genève.

 

 

 

 

 

 

 

 


Cahn.jpgMiriam Cahn a débuté par le dessin à la craie ou le dessin selon une approche performative sur de grandes feuilles posées à même le sol. Puis elle passe à la peinture à l’huile. Celle-ci est devenue son moyen d’expression privilégié et permet un retour à quelque chose de rupestre à travers le traitement du portrait. Il est saisi de manière primitive en un jeu envoûtant de répétitions et de variations selon une visée symbolique et vitale plus que psychologique. Il a valeur de totem aérien et tellurique.

CAHN BON 3.pngLa gravité est là mais s’y renverse par la force des couleurs. La notion de portrait devient un agent d’unité. Jaillissement, tension tout y est. Ce parti pris plastique et formel incarne à la fois le multiple et l’un en donnant libre cours aux influx qui animent chaque portrait. Celui-ci recrée les rythmes reliant le visible à l’invisible, le divisible à l’unité au sein d’une poésie plastique verticale. Le visage semble accepter le monde tout en s’en dégageant. Chaque portrait arrête le regard, le « répare ». Il s’agit de lâcher le reflet pour la présence de la fable humaine par la pulsation directe des formes et des couleurs là où la fixité brusquement se renverse, déborde.


Jean-Paul Gavard-Perret

19/08/2016

Ed Van Der Elsken : de l’obscurité à la lumière

AAAvanderlesken.jpgPour le photographe Ed Van Der Elsken l'extraordinaire commençait au coin de la rue. Partout où son itinéraire s'arrêtait provisoirement l'obligeant à une quête presque instinctive. Mais il a su tout autant créer avec son modèle un jeu de miroirs C’est pourquoi l'image « de reportage » s’est effacé au profit d’une vision qui sait la nuit, de l'air, les villes, les visages. Et plus particulièrement ceux de l’amour. Avant le film terminal de l’auteur où il filme la certitude de sa mort qui arrivait.

AAAVanderlesken2.jpgNéanmoins Ed Van Der Elsken reste le poète de la vie. Elle progresse au sein d'un canevas général existentiel et poétique. Les avancées photographiques sont corporelles, sensorielles et mentales. L’artiste semble passer de l’autre côté de l’appareil pour ramener du fragment à la totalité. L'image crée des transferts. Ils mènent de l'obscurité à la lumière. AAAvanderlesken3.jpgLe photographe invente des harmonies particulières, des clairs de lune en plein jour en des fulgurations afin de former des constellations neuves par effractions, interstices et dévoilements déplacés. La photographie est autant un centre, qu’un rebord. Elle crée un vide pour perdre le voyeur dans le lieu de sa voyance.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

11:45 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)