gruyeresuisse

29/12/2016

Les pesons à ressort de Marcel Miracle.

 


Miracle bon.JPGMarcel Miracle, « dessins, collages », Garerie J-J Hofstetter, Fribourg, 20 janvier au 25 février 2017.

Marcel Miracle feint de souiller le réel par ses ouvertures. De fait il le fouille en digne docteur Faustroll d’une ère dite nouvelle. Non réfractaire à l’idée de progrès il prouve que ce concept est notoirement discontinu. Notre bon prince Mandragore a conscience de l’infériorité de ce principe par rapport à ce que souvent il prétend remplacer. Les prolégomènes « à Marcel » (comme on dit lorsqu’on parle Romand ou Savoyard) interrompent ceux que la science algide revendique. Par la prolixité de signes jaillissent ici la salive et les dents de l’eau. Et l’ultra sexagénaire prophétise la force de certaines pierres pour un futur à la dimension ininterrompue.

Miracle 3.jpgExiste dans ses dessins et collages un ébranlement par une suite de mouvements physiques et d’impulsions paradoxales pour compenser notre pauvre durée terrestre. Tout tient du projectile et de l’orgasmique. Et le créateur devient l’explorateur des mouvements diurnes, des espaces forains et magnétiques. L’ensemble solide, élastique s’éloigne de l’éther aristotélique. Chaque œuvre est un peson à ressort aussi mystique que tellurique. Miracle 4.jpgC’est aussi un gyrostat propre à faire tourner le monde dans des sens inverses que ceux des coucous suisses ( ils conjuguent pourtant un mouvement circulaire et l’autre de l’avant vers l’arrière). Ici tout rebondit selon des abscisses et ordonnées sauf dans le repère des géants des montagnes aux murailles immobiles. Ils ont des bras raccourcis pour mieux grimper aux rochers mais un crâne de néant. Bref ils sont les parfaits contraires de Miracle, rex imperator aux minutes de pierres immémoriales.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

27/12/2016

Pascale Miller : avec le temps

 

Miller 2.pngPascale Miller sait capter la femme selon divers points de vue. Jaillit la sourde ou la lumineuse incandescence du corps et de la vie la plus fragile dans l’intensité du temps. La photographe le remonte parfois comme dans sa série « Le Souvenir de Lily » dont l’érotisme subtil est magnifiquement scénarisé. Mais parfois une simple silhouette prenant la route (ou la voie ferrée) dépasse le réel pour atteindre un univers poétique.

 

Miller 3.jpgDe chaque épreuve surgit un mouvement, un équilibre. Le corps devient autant une ombre, une tache blanche ou un fruit qui accordent au passage du temps et jusqu’à l’absence « en marche » une présence universelle et une pulsation de l’intime au sein d’éléments premiers.

Miller 4.pngL’existence ménage ses appuis sur le sol, monte d’un corps incertain voire caché en une écume d’ombre. Du réel Pascale Miller ose brader la ressemblance au profit d’une apparition de l’insaisissable. Par l’infime la présence est accru. Le corps « unique » apparaît dans une succession d’instants où le blanc surprend le noir comme celui-ci s’empare du premier. Il en va de même lorsque les couleurs font irruption. Dans les deux cas l’artiste déplace le centre de notre émotivité visuelle vers quelque chose de plus profond au sein d'un éternel retour, d'un éternel départ.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pascale Miller, exposition à Corridor Elephant, Paris, décembre 2016 - janvier 2017.

Rimel Neffati : cherchons ailleurs l’objet qui nous suffit


Neffati 2.jpgRimel Neffati crée un univers onirique où l’éros jouxte la « vanité » (en tant que genre). Elle révèle parfois une forme de comique discret de l’épouvante déclinée sur le même registre, la clownerie des tabous. Seule la pudeur évanescente ou quasi burlesque dévoile le secret du corps féminin que les hommes amnésient à leur guise.

 

Neffati 3.jpgL’artiste donne des coups sans pour autant afficher une posture militante. Sa révolte est plus profonde. Il s’agit de retrouver une paix souveraine où la femme n’est plus prise pas n’importe qui et pour n’importe quoi.

 

 

 

Neffati.jpgEn conséquence Rimel Neffati ne cesse d’affirmer une liberté souveraine. Le tout en une subtile élégance face aux tabous et la masse pullulante des blessures faites au féminin. Le seul viol revendiqué par la photographe est celui de la pensée. Contre un ascétisme moral qui rejette l’intimité, l’artiste ose un art particulier : il se pare de coquetterie pour laisser apparaître ce qui tenu comme « inconnu », clandestin, absorbé, épongé.

Jean-Paul Gavard-Perret