gruyeresuisse

04/07/2018

"L'âme à tiers" : Jocelyn Lee

Lee 2.jpgLa transgression et la subversion sont des concepts qui peuvent paraître désormais inopérants. Il suffit de contempler les photos de Jocelyn Lee afin de prouver qu'il existe encore beaucoup à montrer et à dire sur ce plan. De fait tout son travail est là pour rappeler l'injonction de Beckett "imagination morte, imaginez, imaginez encore" à ceux qui se contentent de l’exposition supposée brûlante de la nudité uniquement lorsqu'elle est considérée comme "belle".

Lee 3.jpgL'artiste introduit du leurre dans ce leurre et elle ouvre les choses .Car pour elle leur apparence n'est pas forcément dessus mais dedans. Transgresser devient la manière d'enfreindre une loi de la beauté imposée pour en proposer une autre plus sauvage et incarnée dans la matière et où "l'âme à tiers" (Lacan) prend des formes grasses mais non sans grâce.

 

 

Lee.jpgDès lors "Appearance of Things » avec ses natures mortes, portraits et paysages, prouve comment ces genres fusionnent: le corps devient un paysage, la nature morte un portrait, le paysage un être. Et la monstration du « monstre » n'est plus considérée comme une nudité coupable (" nuditas criminalis ") mais esthétique et hédoniste. Néanmoins elle se laisse aborder qu’après avoir affronté jusqu’au bout la nudité d’un langage qui peut entreprendre ce " renversement "tel que les mystiques l’entendaient tout comme Sade ou encore Oshima de « L’empire des sens ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Jocelyn Lee, “The Appearance of Things”, Center for Maine Contemporary Art, Rockland, du 16 juin au 14 octobre 2018

Mickalene Thomas : Black memories

Thomas bon.jpgMickalene Black photographie ou peint la femme noire non sans un certain romantisme, une feinte de perversité sous forme de photos ou de peintures de "charme".  L'ensemble défend implicitement la cause des "black magic women" aux coupes afro à la Angela Davis et souvent en costumes traditionnels et coutumiers. Néanmoins l'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres.

Thomas 2.jpgSon espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation. Un certain baroquisme crée un mixage fiévreux d'une beauté paradoxale qui refuse la décoration d'une côté et le grand n'importe quoi de l'autre. Il faut donc observer son bric-à-brac de couleurs : l'artiste y interroge les conditions d’existence des femmes mais aussi de l’art revisité par une vision féminine et ethnique en jouant des codes de l'érotisme ambiant.

Thomas 3.pngL’artiste reprend toute une mythologie mais de manière décalée. Elle inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination. Cette re-présentation (le tiret est important) ne crée pas du chaos mais un ordre à venir.

Jean-Paul Gavard-Perret

03/07/2018

Rapprochements et dissociations : Peter Stämpfli

Stampfli.pngDans la lignée des artistes du pop art, de l’art conceptuel et d’un minimalisme particulier, Peter Stämpfli interroge les problèmes de la perception et invite le spectateur à faire par ses propositions des expériences de son « imago » en le confrontant à des dissociations. Elles entraînent à des doubles visions critiques.

 

Stampfli 4.pngL’artiste crée une approche fractale, radicale et systématique des objets. Il développe une approche méthodique du quotidien (l’automobile) en particulier. Néanmoins l’exposition présentée par la galerie GP & N Vallois dévoile un autre pan de l’œuvre : ses peintures de 1963 et 1964 dont certaines n’avaient jamais été montrées et dont certaines - disparues sont présentes sous forme de documents.

Stampfli 3.pngL’artiste à la suite de peintres américains et anglais de l’époque y analyse et propose son approche de l'objet dans la peinture mais écrit-il « d'une façon toute différente de celle qui existait jusqu'alors, en se référant notamment à la photo, à la publicité, aux affiches.» Partant d’une photo ou d’une image Stämpfli peint alors, plus grands que nature,des objets ou des actions : Glacière, Bonjour, Pot-au-feu, Allo Plombier.

Stampfli 2.pngPar une forme de fonction de la réalité de la peinture, l’aristl interroge les concepts de sujet et d’objet, voire de réel et de fantasmagorie. Ces œuvres à la fois transitives et intransitives donnent à l’illusion une autre illusion. Si bien que l’image familière crée une expérience troublante sur le plan perceptif et mental

Jean-Paul Gavard-Perret

Peter Stämpfli ; « Stämpfli Pop (1963-1964) ; Galerie GP et N Vallois, Paris, du 14 septembre au 20 ocrobre 2018.

 

 

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