gruyeresuisse

04/09/2016

Béance oculaire de Judith Albert : du paysage au portrait

 

Albert.pngJudith Albert, Rehmann Museum du 11 juin au 20 novembre2016, « Face to face », Kunst(Zeug)Haus, Rapperswil, du 21 aout au 6 novembre2016.

 

Albert 3.pngPar ses vidéos et photographies Judith Albert prouve combien le paysage et le portrait n’existent que s’ils retournent la vue, interrogent le regard. De l'œil à celui-ci s'instruit un glissement : il fissure énigmatiquement les certitudes acquises de la contemplation fétichiste ou de la possession carnassière des images. Judith Albert sait que la « morale » esthétique reste la sélection d'un mode de point de vue par association et oscillation entre le « filmique » (Barthes) et le pictural, la fixité et le mouvement.

Albert 2.pngRevisitant l’histoire de l’art de ces genres, l’artiste ouvre le royaume du réel à une fantasmagorie plus ou moins « réaliste ». Se trouvent impliqués plusieurs approches qui renvoient à la Vanité inscrite dans le paysage comme dans le portrait. On croit « entendre » parfois la voix de la nature mais de fait le paysage (comme le portrait) devient le confident des opérations les plus secrètes par concentration et ouverture du champ non sans le poids de la mélancolie. Albert 4.gifLe regard envisage "la choséité" de l’image en l’inscrivant entre ici et ailleurs. Celle-ci oriente vers on ne sait quel abîme et vers quelle faille sinon le désir de la vie malgré tout. Elle est là sous les paupières. L’artiste prouve que tout créateur « du » paysage ou du portrait n’est jamais celui de « de » paysage ou de portrait. Judith Albert le retourne entre extase et détresse : retournement sans retour en quelque sorte.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Daniel Berclaz "l'inconstant gardener"

Berclaz.pngJean-Daniel Berclaz, « Vernissage d’un point de vue », dans le cadres de »Point(s) de vue » Musée de Moutier, d 19 juin au 28 aout 2016.

Table d’orientation, cibles, lunettes de tireur ont été convoquées à Moutier par Jean-Daniel Berclaz pour son exposition entre la salle du Stand (ancien stand de tir) et le musée. L’artiste a trouvé le lien idéal pour évoquer le lien où s’opère le « tir » photographique et celui du point de vue. Ligne de visée, ligne de tir sont interrogée par ce nouveau «vernissage d’un point de vue », série d’actions généralement autour d’un buffet (avec serveurs en tenue) que l’artiste poursuit depuis 16 ans.

Berclaz 2.pngIl reste à la recherche de la manière idéale pour voir le paysage et questionner ce qu’il en de son genre. Au passage il offre une réflexion sur le sens du musée dans ses divers rôles : conservation, classification, exhibition. Mixage du Land Art, du «ready-made», du paysagisme l’artiste se veut un « inconstant gardener » aussi performant dans la prise du paysage que sa mise en scène. En un certain « romantisme » et humour à la Greenaway le paysage reste le ferment d’une recherche qui l’ouvre non seulement sur lui-même mais sur ce qu’il suscite en tant que starter à la réflexion.

Jean-Paul Gavard-Perret

06:15 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2016

Freya Esders : les inconnues en situation

Esders3.pngInfluencée par « Paris Texas », la photographe australienne Freya Esders affirme un paradoxe : celui d’accorder une forme au monde sans croire que le monde a un sens. L’image affirme que c’est précisément parce qu’il n’en a aucun qu’il aura une forme. Dès lors l’image crée divers types d’abîmes à la recherche d’harmonies paradoxales autant par les angles de vision que les poses. Le corps jaillit en ce qui tient de contorsions.

esders2.pngFreya Esders est à le recherche moins d’une identité psychologique que de l’existence féminine. Les présences sont allusives. La présence devient une narration et une fiction sans pour autant que l’artiste joue d’une quelconque métaphore. La femme n’est jamais donnée comme acquise. Tout joue d’un équilibre reconstruit par chaque prise où le modèle reste une inconnue en situation au sein de prises incongrues. Esders1.pngChaque portrait génère un mystère et une solitude. Le théâtre photographique corrosif, joyeux, sensuel permet d'aimer les images entre apparition et dérobade.

Jean-Paul Gavard-Perret

14:18 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)