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25/09/2018

Peter Regli : avant l'automne

Regli.jpgPeter Regli, "La fin de l'été", Galerie Laurence Bernard, Genève, du 13 septembre au 10 novembre 2018.

"La fin de l’été" est la première exposition personnelle de l’artiste suisse Peter Regli à la galerie Laurence Bernard. A côté de ses sculptures, photographies et interventions dans l’espace public - dont son projet "Reality Hacking" interventions temporaires et anonymes en ville depuis les années 1990- , l'artiste présente ses peintures au brutalisme coloré et abstrait.

 

Regli 3.jpgEntre flux et déplacement Regli cerne la complexité de l’être sans souci de leçon. Existe des approches, des attentes, des montées, des descentes dans divers circuits de reprises, de circulations et d’articulations. La peinture porte atteinte au vide par espoir de fusion. Demeure néanmoins le risque de l’abîme au sein d’un mouvement vers un assemblage peut-être impossible.

Regli 2.jpgLes apparitions et présences sont troubles et mouvementées. Une sorte de vérité est mise à nu. Le désir semble pouvoir se rattraper mais le doute subsiste. L’œuvre capte surtout la latence, le creux. L’image n’est donc plus un simple croire voir mais un déboîtement de reprises en reprises en divers danses et envols.L’artiste crée des hymens, des connexions des circulations où des opposés tentent de se rejoindre, de s’articuler. Ils portent atteinte au vide par espoir de fusion. La peinture se projette et s’érige pour répondre au silence et au manque.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/09/2018

Caroline Tapernoux : apparitions

tapernoux 2.jpgCaroline Tapernoux, "Luminances", Andata Ritorno, laboratoire d’art contemporain, Genève, du 13 septembre au 13 octobre 2018.

 

Les réfractions et les diffractions d’ordre multiple sont à la base des Tapernoix.jpgtransfigurations de Caroline Tapernoux. L’artiste transforme  la matière en écharpes flottantes par  divers effets d’opalescences. Pour autant l’œuvre n’accouche pas de la chimère . Les substances utilisées (altuglas, polyester, verre, miroir, fer, aluminium…) sont à la base d’une statuaire particulière où joue la diaphanéité de l’air  ou de l’espace. Les masses sortent de l’opacité et vont vers la transparence là où de l’inframince peut naître d’une sorte d’épaisseur.

Existe un transfert presque impalpable entre le visible et l’invisible où tout reste en ombres portées et suspension loin de tout effet de chromatisme. Si bien que les notions de forme, de contours, d’empreintes, d’épaisseur crée un imaginaire énigmatique. Perdurent  divers échanges de lumière qui rejouent  un premier temps de la création dans une recherche aussi expérimentale que poétique.

Tapernoux 3.jpgLe jeu entre apparence , apparition, présence, vide est là pour suggérer un altérité particulière loin des simples considérations féminin et masculin même si le sujet de ce travail est l’œuvre d’une femme  qui (écrit-elle) instaure « la relation à soi, le rapport au-dedans et au-dehors». L’objectif est un enveloppement / développement afin d’exprimer une sur-vivance qui tord le cou à bien des esthétiques d’autodestruction. Jaillit un corps que l’artiste ne cherche ni à dénuder ni à effacer mais à catalyser selon de nouvelles données lumineuses au delà des apparences pour une apparition en filets de brume.

Jean-Paul Gavard-Perret


23/09/2018

Michel Lagarde : stupeur et rire

Lagarde 2.jpgMichel Lagarde en des photographies noir et blanc aux décors suranés et étranges crée un monde atypique où nous croisons ses doubles. Ce sont des ogres prêts à tout : ils font boire des potions magiques ou des bonbons de plomb à celles ou ceux qui croisent leur chemin.Il y a là d'étranges monstres dérisoires, merveilleux dignes de "Freaks", des atmosphères des films noirs et réalistes des anées 50.

 

 

Lagarde 3.jpgLes héros y sont aussi flegmatiques que clownesques. Sous le dédale croissant de la lune les visages restent rarement muets et impassibles et ce dans différents traitements de la lumière. Elle sort du corps ou l'éclaire de manière brutale sans que la volonté de Dieu n'y soit pour grand chose. Sauf bien sûr à considérer l'artiste comme tel. Ce qui reste possible.

Lagarde 1.jpgLes dramagraphes recomposés par l'artiste permettent de replonger au fond même de l’expérience primitive de l’émotion, de l'amour, de la beauté, sa force et sa douleur. L'ensemble selon un néoréalisme farcesque qui peut parfois confiner au tragique. La stupeur est de mise mais le rire encore plus. Le lien est là avec la vie propre de l'artiste et la nôtre là où Hitshcock rejoint les Fratellini.

Jean-Paul Gavard-Perret

Michel Lagarde, "Dramagraphies - autoportraits photographiques", Carré Amelot, La Rochelle, 18 setembre au 8 décembres 2018.