gruyeresuisse

09/07/2017

Josh Smith : les palmiers du Léman

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Josh Smith, Dubner Moderne, Lausanne, été 2017

Habituellement Josh Smith prend un malin plaisir à embourber le spectateur dans un flot de signes, signaux et informations visuelles. Animé comme Picasso d’une pulsion créatrice - et ce n’est pas là le seul lien qu’on peut trouver avec son prestigieux aîné- il poursuit son expressionnisme figuratif - même s’il faudrait nuancer une telle définition.

Maître d’une rhétorique ironique il crée toujours une émotion particulière en faisant de chaque image un moment de pulsion. C’est sa manière d’enchanter le monde. Ici les palmiers qu’il installe sur le lac Léman ne sont en rien traités par volonté « cosmétique ». L’imaginaire renvoie la réalité à une fin de non-recevoir. Le basculement dans « l’irréel » contredit la pression du labeur sous lequel les faiseurs ploient. Josh Smith le retourne comme un gant. Ses signes acquièrent une propriété réversible dans les extensions infinies que l’art propose.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:53 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

08/07/2017

Nicole Blanche Mezzadonna et Joanna Concejo : extension du rationnel

Mezzadonna.jpgNicole Blanche Mezzadonna, Joanna Concejo, « Un pas à la fois », Editions Notari, Genève.

Ce livre est a priori pour enfants. Mais a priori seulement. Certes l’histoire est attendrissante. Au service des envois non traitables par la poste, le héros fait preuve d’imagination pour combler les vides des adresses incomplètes ou illisibles. Néanmoins sa vie est d’une précision kantienne et soumise à une raison du même acabit. Elle le dirige eu égard aux injonctions d’une tante dont il a hérité et dont les paroles le hantent. Mezadonna 2.jpgDu moins jusqu’au jour où le personnage découvre petit oiseau tricoté. Mais ses mailles se défont : elles vont entraîner le héros loin d’un cercle où il tournait en rond. Mais le livre est encore plus fort par les dessins de Joanna Concejo. Ils semblent parfois venir d’archives et proposent des renaissances qui contiennent des abandons nécessaires à la vie du personnage entraîné du son cercle premier vers une bien autre ronde. En surgit un chant et un contre-chant du monde. Tout se joue entre traces et subtilités afin de poser la question de l’identité comme différence.Mezzadonna 3.jpg Les dessins dégagent le texte d’un aspect purement narratif. On ne peut pas pour autant parler à leur propos de formes purement « stylisées ». Une porosité particulière au monde dans une poésie plastique transforme le réel par mutations. Jaillissent ça et là des êtres ou animaux fantasques. Le geste de création n’a rien d’une reproduction. L’artiste ne cesse de plonger dans un sillon ludique qui dépasse le réel au moment même où le monde proche est de plus en plus lointain au diapason des compagnons inédits du personnage.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg : souplesses

Momont.jpgDans le texte de Danièle Momont et les images d’Anne-Sophie Tschiegg l’amour est un hybride il y a ce qu’il faut de soleil comme un écu, comme une girandole. Une tête parfois empaquetées entre une chair molle et choisie à souhait l’aspire. Elle danse torride. À l’aine. Dans la cavité du nombril. À la racine des cheveux, aux tempes pour se déprendre et mander le fretin du cœur, tout cela, avec peut-être la dérision qui à la plupart d’entre nous tient lieu de foi. Mais les deux femmes en échappent, prêtresses du Bel Échange, dans le vif plus que le ramassé. Momont 2.jpgCe qui fend tient de la percussion et de la traversée, d’un plongeon délicieux. Les femmes s’y font entières, sensuelles, curieuses. Elles veulent connaître, essayer, sentir ; occupées à gésir et désirant mordre à l’orange de l’idéal organique argentin dans la broussaille, dans le ru. Avec l’espoir d’y voir sauter aussi de petits poissons, car toujours elles désirent que le vif ait de quoi hausser le cœur avec le reste de l’intime triperie. D’où ce fatras que chacune taille à sa main. Manière de fabriquer une douceur inusable aux courants immarcescibles qui s’établissent entre deux êtres. Le livre montre combien les courants sont semblables quoique divers en s’intensifiant diversement jusqu’à ce que rien d’autre n’existe dans deux vies. Demeurent les flux, l’aguet fiévreux pour les repérer, et songer que, de quelque nature qu’ils soient, chacune aurait tort de s’en priver.

Jean-Paul Gavard-Perret

Danièle Momont, Anne-Sophie Tschiegg, « Dans ma nuque », litterature mineure, 2017, 8 E..