gruyeresuisse

27/05/2020

Elizabeth Prouvost : jouissance, cruauté et majesté.

 

Prouvost 2.jpgPhotographe du trouble (racinien ?) Elizabeth Prouvost (ici avec Vanda Spengler) tente de nouveaux rapprochements peut-être plus ou moins cruels mais dans des excès d'amour de princesses infortunées. Passant à la couleur , la douleur se conjugue au plaisir sur des bustes qui se laissent séduire - et leur coeur aussi.

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Il y a là une peur et  un plaisir, là où tout se joue entre la vie et la mort, l'envie et l'abandon dans un rapprochement qui demeure énigmatique et non dénué de violence au sein de préhensions. La sensualité traduit ce qui tient peut-être de serments et de l'abandon. La poésie devient presque épique en de tels actes de soumission mais peut-être aussi d'une forme d'offrande glorieuse évanescente et charnelle.

 

 

 

Prouvost 3.jpgLes bustes rappellent une réinterprétation d'une sorte de calvaire. Le péril d'une certaine mort est là. Mais nul ne sait si c'est la grande ou la petite là où tout est grâce et beauté majestueuse dans ces actes esquissés. L'univers reste comme souvent chez Elizabeth Prouvost nocturne mais soudain les couleurs animent les corps offerts dont le voyeur ne saura rien et à dessein des regards pour rendre un tel discours plastique d'une richesse rarement atteinte dans la transe-figuration.

Jean-Paul Gavard-Perret

https://www.elizabethprouvost.com/

24/05/2020

Joanna Ingarden-Mouly :décalages

Mouly.jpgLa galerie Esquisse expose pour la quatrième fois les oeuvres de Joanna Ingarden-Mouly. Elle y poursuit sa technique d'aplats et de pans de couleurs auxquels elle superpose désormais des découpes, collages et toujours les griffures qui signent son langage plastique mystérieux et harmonieux  mais dans un certain décalage.

En une sensorialité subtile ses superpositions ne sont en rien des excroissances. Une douceur étrange envahit le plan hors sentimentaliste. Car l'artiste reste prudente sur ce plan et refuse certains débordements.

Mouly 2.pngUn tel travail possède le mérite d'apaiser sans édulcorer mais sans forcément rapatrier dans un éden artistique ou sentimental, la beauté demeure essentielle puisqu’elle ouvre le monde à une profondeur particulière en écartant la tentation de la sophistication et du raffinement superfétatoires.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Joanna Ingarden-Mouly, Exposition du 28 mai au 21 juin 2020, "Esquisse galerie d'art", Rue de Rive 33 - 1260 Nyon

23/05/2020

Tempêtes dans une rivière froide : Martin Eder

Eder.pngLa dernière série de Martin Eder "TranceLucense" est peuplée de créatures ailées, dragons enlacés et autres êtres mythiques. En référence à L’Apocalypse de Dürer, l'auteur crée toujours en état de rêve et de transe. Mais il précise : "Je n’ai pas l’impression d’être en transe, bien que je sache que je le suis. En hypnothérapie, les gens doivent parfois être mis hors de transe – mais ensuite glisser dans la suivante, qui est peut-être plus saine et plus productive. Personne ne peut être en transe. La vie est elle-même, la réalité est une transe."

 

Eder 4.jpgMartin Eder est un artiste multidisciplinaire et appartient à la liste de "EIGEN + ART" de Judy Lybke depuis le début et bénéficie d'une renommée internationale pour ses peintures. Mais il est aussi photographe et fait de la musique avec son groupe de Black Metal / Drone RUIN. Il pratique aussi des lectures de tarot et des séances d’hypnose. A coté de la peinture la photographie est très importante pour l'artiste et garde sa propre vie et ce depuis sa première série "Die Armen" (2008) où de jeunes femmes sont exposées dans un décor minimaliste sur assise en cuir ou devant rideau en velours.

Eder 3.jpgL'artiste fait beaucoup de photos de nu mais en même temps s'insurge contre sa vision classique et ambiguë : "À une époque de clics croissants sur les sites pornographiques, un nouveau puritanisme émergeait dans de nombreux coins du monde. Malgré l’accès facile au porno et à la nudité, la réalité de la nudité est devenue quelque chose à cacher et à ne pas voir." L'artiste a alors compris que la réalité était la partie la plus intéressante de la nudité. Il a donc publié des images non retouchées "avec des ecchymoses et des boutons. Peau grasse et saleté" devenus des signes d’honneur et de lutte pour la survie dans un monde surdimensionné.

Jean-Paul Gavard-Perret