gruyeresuisse

08/11/2018

Sarah Hildebrand : utopies

Hildebrand.jpgSarah Hildebrand, « Wasser », en collaboration avec Gerhild Perl, Espace Rosa Turetsky, Exposition du 17 au samedi 24 novembre 2018.

 

« Wasser », est le premier volet du projet « hope ». Ce dernier est né de la rencontre entre la photographe et trois scientifiques du département d’anthropologie sociale de l'Université de Berne dont Gerhild Perl. L’objectif est de témoigner ici - avec lui -  en une recherche de beauté presque insaisissable, de la présence des traces de celles et ceux qui dépassent leurs limites physiques, émotionnelles, morales, géographiques, personnelles et espèrent, une vie prolongée, une vie meilleure. L’ensemble « hope » fait l’objet d’un livre chez Christoph Merian Verlag, Bâle.

L’artiste - à l’aide de ruse technique - offre une nouvelle rhétorique de l’image. Ses photographies visent à l’équivoque de la ressemblance en différents types de syncopes. Sarah Hildebrand propose le retour à l’image sensorielle selon une iconologie matérielle et allusive. L’artiste cherche à souligner le rêve qui ne cesse de la  hanter et d’affirmer le principe même du devenir et de la transformation de « l’idée » même du vivant.

Existe une forme d’utopie que l’artiste distille. Jaillissent des  présences impalpables que traverse un désir qui abolit toute ligne de séparation entre matières et substances en un jeu d’effluves de l’affect, entre liberté et nécessité voire ce qui ne se laisse pas encore embrasser dans le réel tel qu’il est.

Jean-Paul Gavard-Perret

07/11/2018

Paul Rousseau : Genève la ville nue

Rousseau.jpgPaul Rousseau, "Geneva", éditions Louis Vuitton, 2018.

Genève devient sous la "palette" de Paul Rousseau une ville étrange : déserte, distanciée, recolorée d'une manière impressionniste parfois douce mais parfois criarde et tranchée. Il existe même une sorte de cruauté - et aussi d'érotisme - dans cette vision d'une cité aux statues à seins galbées et qui inspirent des sentiments multiples.

 

 

Rousseau bon.jpgMême lorsqu'il reprend les cartes postales de la cité de Calvin, pour Paul Rousseau la ville n'est plus ici, ou mal - c'est à dire mieux. L'image « lisse et commerciale » se teinte ou se salit d'ajouts de pigments. Nous sommes devant des toiles des Nabis, d'un nu de Bonnard et des closeries de Monet. Les photographies peintes proposent en conséquence un itinéraire aussi critique, drôle qu'original : paradoxalement la ville nue s'agite de nouveaux fantasmes. Existe là le paysage et sa limite.

Rousseau 3.jpgLa photographie paysagère transcende la simple capture. Le feu d’artifice des couleurs fait que chaque vue nous regarde. La prise devient« opérante » car il existe à travers son motif, un retournement de la vue : elle interroge le regard. De l'œil au regard s'instruit la médiation de l'oeuvre : soudain c'est elle qui fissure énigmatiquement les certitudes trop facilement acquises de la contemplation fétichiste du paysage genevois tel qu'il nous est contumier de le voir et de l'envisager. Ici à l'inverse, un dévisagement a lieu.

Jean-Paul Gavard-Perret

06/11/2018

Evangelia Kranioti : parfum poivre et safran de femmes

Evangelia.jpgEvangelia Kranioti est née à Athènes  où elle a fait des études de droit puis est partie en France où elle vit après ses études à l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs de Paris et à Tourcoing au Fresnoy, Studio national des Arts Contemporains. Son travail comprend la photographie, la vidéo, l’installation et connaît déjà une reconnaissance internationale.

Evangelia 2.jpgIl se caractérise par la densité et la profondeur sombre des couleurs et l’aspect cérémonial de ses mises en scènes. Le regardeur en dépit de l’érotisme et l’exotisme apparents n’est jamais réduit à l’état de voyeur ou de voyageur. Le transport est différent : il se fait dans l’image qui pousse plus loin l’idée du corps et du visage comme du paysage. Existe toujours dans ses œuvre une stratégie subtile de visibilité et d’existence là où s’éprouve un parfum de nostalgie.

Evangelia 3.jpgLa créatrice possède un sens inné de l’image mais ne s’en est pas contentée. Elle a peaufiné  son approche  de cérémonies étranges afin d'atteindre une perfection formelle. Toutes ses images « parlent » de solitude et d’exil comme si les rêves espérés avaient besoin de sous titres pour exister. Les mouvances fixées  portent vers des espaces inexplorés au sein de la présence du corps et de l'architecturale très éloignées des propositions visuelles de la communication et de publicité. La créatrice crée flux à contre-courant. Elle arrête le premier pour laissant couler le second. Elle  flirte constamment avec une réalité  qui n’existe plus ou pas encore là où apparaît souvent un filigrane une critique constante du post-colonialisme. Si bien que la nostalgie n’est pas forcément celle qui était attendue.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:44 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)