gruyeresuisse

02/04/2019

Vianney Le Caer : bouillons de culturisme

 

 

Le Caer 2.jpgVianney Le Caer donne de Beyrouth une vision décomplexée et fléchée, pleine de liberté et d'humour. Le corps mâle y est mis en exergue dans tout un jeu de poses et de couleurs. Il interroge aussi sur la place qui demeure encore disponible à l'imaginaire.

 

Le Caer.jpgLa photographie est donc un départ ou un retour aux choses du quotidien léger afin d'aboucher  volontairement en  un certain décor de plage où la liberté et l'énergie se libère. Les photographies deviennent la matière même et l’éclat d’un secret qui ose se montrer avec ostentation.

 

Le Caer 3.jpgElles ne protègent plus de tout changement, de tout accès. Par leur effet-spectacle - dans le cercle clos de l’intime comme dans celui plus large du paysage - une forme ordinaire de pseudo-préservation des tabous est exclue. L’artiste provoque une rencontre décalée. Il s'agit d'oser un écart  qui échappe à la vision donnée d'un pays rarement vu sous un tel "angle" au moment où Le Caer donne corps - en le montrant - aux liens qui permettent de s'interroger sur le pouvoir de l'image.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Vianney Le Caer, "Les Bronzeurs"

 

01/04/2019

Barbara Polla : la Suissesse et l'amour

Terrapon.png

Pour Barbara Polla la poésie est action. C'est l'arme tendre qui soulève le monde. Dans une époque qui se replie sur elle-même dans un néo-puritanisme la Suisse offre une zone de non droit. Ou plutôt de tous les droits. D'autant que pour la Suissesse la poésie érotique est un moyen de faire éclater le patriarcat et d'approcher les territoires cachés sans honte même et jusque ce qui est considéré hâtivement comme pornographique. Pour preuve à Genève l'artiste Patricia Terrapon a choisi un des poèmes de Barbara lors de l'exposition de groupe "Préliminaires".

Ecrit pour la "New River Press" dans son "Yearbook 2018-2019", le poème a été retiré de l'exposition car jugé scandaleux et dangereux pour les enfants qui pouvaient le lire. Il a été remis à sa place plus tard et lu en public lors du finissage. Et si les enfants doivent être protégés, ce n'est en rien d'une telle poésie. Le poème de Barbara Polla est une ode à l'amour sous toutes ses formes. Il ouvre les fenêtre de l'imagination par un éros qui vaut mieux que ce que les chères têtes blondes peuvent regarder sur la pléthore des sites pornos qui ne font que cultiver des stéréotypes masculins.

Polla.pngChez Barbara Polla à l'inverse tout est plus doux que cruel et dans une liberté de jeu : "Just before love / He likes to watch girls / While touching his balls / And then he looks at me /At my mouth at my lips /Ajar and wet and pink /Playing with my tongue /And my fingers in my mouth". L'objectif n'est pas de sacrifier aux normes pudibondes ou de payer de sa personne mais d'aimer en "correspondance" dans le partage d'une maturité affective et sexuelle assumée. La poésie de Barbara Polla - pour le moment uniquement disponible en anglais ("Ivory Honey" New River Press, 2018) - est un encouragement aux hommes à ne plus se comporter en "universel prédateur" et à considérer les femmes non comme objets mais sujets d'un désir  et un plaisir partagés dans un "entretien infini" vécue en harmonie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photo de Patricia Terrapon pour "Préliminaires".

Erika Materson : innocence

materson 3.jpgErika Materson a trouvé dans les animaux "réanimés" par la taxidermie un des moyens de transformer le monde des images à travers et principalement sa fille en tant que modèle.  Par leur état de survivance - qui n'appartient ni tout à fait à la vie, ni tout à fait à la mort mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui mettent notre mémoire en mouvement - la photographe invente des contes fabuleux à l'opposé de ceux de David Hamilton.

Materson 2.jpgL'enfance dort ou vit ici avec des animaux en des atmosphères nocturnes mais ouverts. La main enfantine cherche le pelage des bêtes comme si le soyeux la protégeait du temps qui passe et des prédateurs humains. La présence d'une mère est là aussi pour la préserver.

 

 

Materson.jpgExiste une hantise paradoxale, une diaphanéïté, une douceur. L'animal devient une nouvelle version de la bonne suie de Mary Poppins. L'innocence demeure. Elle reste l'envers de ce que le passage du temps indique. Il s'agit de suggérer une caresse "blanche" et éprouver un contact de la même couleur. Le coeur pur de l'enfance résiste à l'âme troublée de la féminité en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Erika Materson, "Tangled up in beauty", Soho Gallery, 3 abril au 4 mai 2019.

 

11:41 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)