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09/09/2016

Korean Delires : Françoise Huguier


Huguier 4.jpgLauréate du prix Albert Kahn 2016 Françoise Huguier permet de découvrir de manière ludique, enjouée (mais pas toujours) de la Corée du Sud telle qu’elle est. Seoul est surpris sous différents aspects : tradition et comportement avant-gardistes s’y mêlent en un patchwork coloré. S’y rencontre bien sûr les boys-bands locaux de la « K-pop » qui a envahi le monde entier. Huguier 3.jpgLes rues frétillent des jeunes filles issues de la nouvelle vague coréenne (« Hallyu ») aux looks « fashion » plus improbables encore que ceux de leurs consoeurs de Tokyo. Françoise Huguier après diverses enquêtes filées a d’ailleurs pu suivre un girls-band (« La Boum » sponsorisé par une clinique de chirurgie esthétique…). Elle l’a photographié en un clin d’œil génial au « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola.

Huguier 2.jpgTout dans cette série (jusqu’au cercueil ouvert pour une cérémonie mortuaire) prend un aspect inattendu et décalé. La photographie qui manque trop souvent de morsures se métamorphose en une vision qui pourrait sembler une pure exhibition mais ne l'est pas. Au sein de cette auscultation urbaine, le regard et l'émotion sensorielle sont chaque fois interpelés, surpris, fascinés. La photographie devient ce que Pierre Bourgeade lui demandait : "sous l'œil lumière, de l'ombre au soleil, une fleur carnivore inconnue de nous-mêmes". Le pays que les occidentaux ont tendance à voir comme une masse homogène s'ouvre à une diversité sidérante.

Jean-Paul Gavard-Perret

Françoise Huguier, “Virtual Seoul”, Polka Galerie, Paris, du 10 septembre au 29 octobre 2016.

Quoi de neuf ? : Tinguely


Tinguely.jpgJean Tinguely, « ’60s », Galerie G.P. et N. Vallois, Paris, septembre 2016.

Après l’exposition en 2012 dans le même lieu de onze « Reliefs » des années 50, Tinguely est de nouveau exposé à travers des œuvres postérieures : 15 reliefs ou sculptures animés en grande majorité sonores. Elles appartiennent, à l’exception de deux plus grandes ("Bascule V" et "Cloche" de1967) à une série méconnue intitulée « Radios » (1962).

Les deux galeristes honorent ainsi le 25e anniversaire du décès de l’artiste. L’ensemble navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance bien plus subtile qu’il n’y paraît. Il marque une période de transition : Tinguely achève sa collection de machines chatoyantes et enjouées et glisse par paliers vers d’autres plus tragiques et noires où l’aspect sonore va disparaître.

Tinguely 2.pngCes oeuvres prouvent combien il ne faut pas réduire Tinguely au créateur ludique d’objets cinétiques et dégingandés ou à un apparenté au Nouveau Réalisme ou à Fluxus. La complexité radicale de l’œuvre dépasse tout étiquetage. Et l’artiste - au moment où il quitte son atelier parisien de l’impasse Ronsin pour s’installer dans le dancing musette désaffecté « L’Auberge du cheval blanc » à Soisy-sur-École - prend en charge les problématiques esthétiques et politiques de son temps.

Son œuvre ouverte aux sons et aux machines non célibataires interroge encore et annonce intuitivement l’art postmoderne. Celui qui a su découvrir les possibilités à tout - même aux objets trouvés et récupérés - et qui a généré les processus d’installations et de performance a transformé jusqu’à la notion d’esthétique. Ses montages imprévisibles creusent les images. Ils forcent l’œil à divaguer entre tendre cruauté et sa « douce violence » (comme disait - justement - une chanson des années soixante...)

Jean-Paul Gavard-Perret

N.B. le Kunstpalast de Düsseldorf vient de consacrer une grande rétrospective elle va se déplacer au Stedelijk Museum d’Amsterdam.

 

08/09/2016

Niels Ackermann photographe suisse de l'année

 

Ackerman.jpgNé en 1987, Niels Ackermann travaille comme photojournaliste pour la presse suisse et internationale depuis 2007. Pour son reportage à Slavutytch, il a été élu photographe suisse de l’année. Il a reçu le Swiss Press Photo 2016 dans la catégorie Étranger et le Swiss Photo Award 2016 dans la catégorie Reportage. Il vit à Kiev depuis février 2015. Il est membre cofondateur de l'agence Lundi13. Plutôt que de proposer une vision misérabiliste et passéiste de la catastrophe l’artiste précise son propos : « j’ai choisi de me tourner vers l’avenir en suivant trois ans la jeunesse de Slavutych : la ville la plus jeune d’Ukraine, la ville née de cette catastrophe. »

Ackerman 2.jpgLa ville située à trente kilomètres de la centrale de Tchernobyl a été construite immédiatement après la catastrophe de 1986, à la lisière de la zone contaminée, afin de loger les liquidateurs et le personnel affecté à l’entretien des réacteurs. Elle compte désormais 25000 habitants. Une nouvelle génération y avance et le photographe est parti à sa rencontre entre autres grâce à Ioulia, une adolescente qui lui présente ses amis et lui montre les différentes facettes de la ville.

Ackerman Bon.jpgMais au fil des séjours Ackermann constate combien « L’Ange blanc » perd ses rêves et se voit confrontée à la réalité. La photographie ose néanmoins une forme d'ironie afin d'éloigner tout sentiment tragique de la vie. Certes l'artiste ne se fait pas trop d'illusion : il parie cependant sur l'avenir. Le malaise perdure au sein des jeux d’oppositions entre l’enfance et l’âge adulte, l'espoir et la défaite. L'œuvre repose la place de l’humain dans une nature et un monde en déliquescence. Mais ce travail reste une leçon de vie plus qu'une leçon de chose. Le poète mêle le rugueux au lissé, la surface à la profondeur en une rigueur impressionniste. Le disparate plus qu’esquissé signifie la revendication à l'émerveillement sans lequel la vie dans un tel lieu ne serait qu'un suicide programmé.

Jean-Paul Gavard-Perret


Niels Ackermann, « L’Ange blanc », Texte de Gaetan Vannay, Editions Noir et Blanc, 2016.

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