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13/09/2016

Ruedy Schwyn et la question du regard

 

Schwyn 3.jpgRuedy Schwyn est un artiste multimédia qui ne cesse d’interroger la vision et d’expérimenter des situations perceptives. Le regard est pour lui une fenêtre constamment changeante et induite par de nombreux facteurs dont la culture en premier « plan ». Elle bâtit son cadre et sa vitre mais n’est pas aussi transparente que nous l’imaginons. Elle est chargée de sédiments qui s’opposent à une « clarté ».Schwyn.jpg Celle-ci reste une vue de l’esprit et un idéal. Dès lors l’artiste offre diverses conditions de perception pour mettre en évidence le sens du regard. Chaque proposition est un épisode de cette expérimentation. Suivant les situations dans lesquelles le regard se trouve, il est pénétré dans ses moindres recoins par ses souvenirs, ses fantasmes, ses pulsions et perceptions qui se nouent et que l’auteur tente d’illustrer.

Schwyn 2.jpgSi la raison est ce qui permet d’assurer que chaque chose possède un lieu propre et des frontières précises, l’ « informe » agencé que propose l’artiste ouvre sur la destruction de cette différence, dénote la réduction du sens, non par la contradiction dualiste, mais par une blessure. Elle crève le sens de l’œil et de l’Etre. Tout est question de coulure et de couture de « fils » immédiatement coagulés et unis par une compression ontologique, temporelle et culturelle. La célébration plastique de l’artiste donne le jour à un rituel décalé. Schwyn 4.pngIl prend à revers la représentation du monde et la perception du spectateur. Partant de la problématique de Marie-José Mondzain sur la conscience imageante Ruedy Schwyn montre comment se construit à notre propre insu la lecture du réel et combien comme le disait déjà Pascal la perception est « maîtresse de fausseté ». Preuve que notre perception parle - si l’on peut dire - la langue de bois.

Jean-Paul Gavard-Perret

De Ruedy Schwyn : «Jahreskarten», Prometplan AG et «Sag nichts dem grauen Reiher», Ruedy Verlag Brotsuppe, Biel.

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12/09/2016

Sources de vie d’ Anne-Sophie Tschiegg


Tschiegg.pngAnne-Sophie Tschiegg crée une œuvre captivante. Des rêves dorment entre les jambes de femmes entre elles, des fleurs jaillissent des larmes d’un jardin. Pas de couleuvre entre les racines. Reste un feuillage de figures en demi-teintes. Le ciel se couvre d’un lit lunaire. L’œuvre devient une surface de réparation. A la regardeuse, au regardeur de jouer avec le dispositif, d’éclaircir le rébus de scènes furtives, allusives ou non. La créatrice enchante le paysage, le portrait : surgissent une suite d’esquisses, de fragments. Ils glissent vers des lignes de fuite ou de recouvrance.

Tschiegg 3.jpgExiste soudain l’avant des mots, leur résonance, le vide laissé - coup de gong. L’impact retourne au silence. Mise en jeu, la peinture révèle. Le corps féminin filtre son rapport au corps de l’autre qui est le même : l’imaginaire ne brouille pas les pistes, il les précise. Happée par Méduse, une femme mime la lallation, remonte la mammoland ou redevient infante. Un murmure monte. Cendrillon perd parfois sa pantoufle. Ou plutôt glissant sur un tas de coussin égare sa chaussure. Tschiegg 2.jpgLa voilà parfois rouge et essoufflée. Sur le pont qui enjambe sa source, un chat blanc ronronne. Insituable autour d’un vide sans espace craque une étonnante faille. La bouche, les bras. Mante dans les draps. Les fleurs de lys laissent sur les doigts des fées du jour et du logis leur pollen. La créatrice n’épuise jamais les possibles. Elle leur donne un maximum d’extension dans une sorte de rêve. Un rêve qui aurait lieu dans une nuit sans sommeil. Comme celui de la créatrice, le regard entre en posture d’insomnie.


Jean-Paul Gavard-Perret

Coffret Anne-SophieTschiegg, 4 volumes, Littérature Mineure, Rouen,  25 Euros., 2016.

10/09/2016

Choux, prunier, rochers : Michel Wolfender

Wolfender 3.jpgMichel Wolfender, « Rétrospective », Musée Jurassien des arts, Moutier, 24 septembre – 13 novembre 2016.

 

 

 

 

Wolfender.jpgMichel Wolfender est un paysagiste et un portraitiste créateur d’un régime figural particulier. « De plongée en plongée » (comme il l’écrit) l’artiste originaire de Saint-Imier reste toujours en osmose avec le sujet qu’il choisit. Le paysage lui-même est un visage et le visage un paysage. Quittant tout souci de narration à la Balthus (dont l’artiste apprécie le travail), à travers des thèmes récurrents (Chou, prunier, failles, rochers, allées), Michel Wilfender invente le lien du matériel et du spirituel, de l’intime et de l’universel par sa peinture.

Wolfender.jpgLe chou devient couronne de matière et corne d’abondance, les failles des panaches enchâssés à des tourmentes. Le tellurique regarde le ciel que personne ne maîtrise pas mêmes les Saints. Les ombres que porte le prunier sont des astres sculptés. A travers eux Andrea Wolfender ouvre un spectacle silencieux. Des courses lentes se produisent dans son armure, sa défroque. L’arbre attend la pluie des lignes ou les espère tandis que des brumes viennent coucher sur des allées. Ailleurs un autoportrait rappelle au visiteur que "Dans ce monde-ci, à part le fait d'avoir un corps tout est faux" (A. Artaud).

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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