gruyeresuisse

22/01/2017

Les vagues du rêve : Ferdinand Hodler

 

Holder.jpgPeindre d’après nature ce fut pour Ferdinand Hodler peindre des femmes. Nues. Seules ou avec leur partenaire. Ses dessins font de lui un fondateur de l’art moderne non seulement par ses toiles qui le rapprochent d’un Puvis de Chavannes mais par l’érotisme de ses dessins. Ils furent néanmoins rarement exposés voire tenu cachés. Héritier de Courbet Hodler y échappe autant au symbolisme qu’au réalisme idéalisé et bien pensé.

 

Holder 3.pngLa destinée du corps devient plus souple. Elle est dépouillée non seulement des vêtements mais d’un environnement social déterminé. Dans les peintures, les couples prennent place dans un décor sans profondeur où priment l'agencement rythmique des figures et la recherche de la frontalité. Holder 4.jpg

 

 

En particulier avec les couples enlacés de “La Nuit” qui suscitent un scandale à Genève en février 1891. Dans les dessins l’émotion et la vision sont (im)pertinentes. La femme n’est plus l'héroïne spirituelle d'une aspiration à l'harmonie dans un drapé intemporel : elle retrouve son incarnation première.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jura Brüschweiler, Hodler érotique, Editions Notari, Genève, 2016.

 

21/01/2017

Marianne Breslauer : émancipations provisoires


Breslauer 2.jpgSachant percevoir son époque d’une manière libre et consciente Marianne Breslauer en une seule décennie a marqué la photographie. Elle fut une de celles et ceux qui lui permirent trouver son langage propre en l’émancipant de la peinture. Grâce à sa rencontre avec Man Ray celle qui était encore à l’époque sous l’influence esthétique de Kertész et Brassaï s’orienta vers « la Nouvelle Vision » à coup de plongées, contre-plongées, obliques, exaltations de la structure et de la lumière pour saisir les « garçonnes » berlinoises et les artistes de son époque. Ce que la vie avait de corporel et qui était si fréquemment soustrait à la considération de la pensée et de la vision à l’époque, Marianne Breslauer la plaça au centre de son activité en osant franchir certaines normes.

Breslauer.jpgMais l’artiste berlinoise - poussée par le nazisme a quitté son pays pour Amsterdam et la Suisse où elle mourut, ne s’intéressa pas à la trajectoire de ses œuvres. Elle sembla presque les regretter en les mettant sur le compte d’une spontanéité qui ne convenait plus à une femme rangée Epouse du marchand d’art Walter Feilchenfeldt, Marianne Breslauer en a terminé avec la photographie. Elle se consacrera jusqu’à sa mort à sa galerie d’art zurichoise et à sa famille

 

 

Breslauer 4.jpgSans la Fondation suisse pour la photographie où le fonds de ses images a été déposé, l’œuvre serait pratiquement occultée. Après une première exposition à Winterthur, le Musée national d’art de Catalogne à Barcelone permet de redécouvrir la photographe. Elle sut rendre signifiante la réalité qui l’entourait entre réalité objective et zone d’ombre. Un langage du corps entrait dans celui du réel sans pour autant en être la remorque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianne Breslauer, « Photographies 1927-1938, du 27 octobre 2016 au 29 janvier 2017, Musée national d’art de Catalogne, Barcelone.

20/01/2017

L'origine du monde selon Vidya Gastaldon

 

Gastaldon.jpgVidya Gastaldon, "Push the Earth with your Knees, the Sky with your Head", Art Bärtschi & Cie, Genève, du 24 janvier au 31 mars 2017.

Pour Vidya Gastaldon la vie et l'art sont de continuels développements et dévoilements. La créatrice en est "l'instrument" : ce qui entre en elle et par son travail devient réalité. Elle corrige l'image habituelle en la remplaçant par la subjectivité d'une jungle optique montée de toute pièce. Gastaldon 4.jpgPar ses peintures et ses installations en suspension elle poursuit un travail de sidération et de recueillement. La figuration se mélange aux formes des songes afin de créer un univers plastique de l'ordre du cosmique merveilleux. Composées de laine, de baguettes de hêtre, de fils et de perles, les suspensions s'imposent dans l'espace en créant des arbres inversés. Ils déplacent les mondes en entrainant vers une matérialité qui jouxte l'impalpable par effet dialectique.

Gastadon 3.pngL'artiste ajoute des éléments induits par les signes de la philosophie dont les "Shakti", principe féminin d’énergie vitale en sanskrit. Tout est donc relié à un érotisme particulier, rieur, extatique. Des sortes de germes émergent : il faut savoir les découvrir dans ce qui semble inextricable mais qui donne sens à l'invisible loin d'une prise rationnel au monde. Jaillit ce qui a été oublié ou perdu dans une civilisation en souffrance et en mal de souffle cosmique. Sous l'hallucination se cache une vérité d'origine.

Gastaldon 2.jpg

 

De telles figures font entrer dans la forêt des songes dont certains sont éveillés. L'artiste repose la question de l'image à partir des images de rêve qu'on ne parvient jamais à décrire. Elle offre une preuve de la supériorité de l'image. Elle actualise la temporalité rendant son passé caché présent dans le futur. Preuve que l'art devient réel en dévoilant.

Jean-Paul Gavard-Perret