gruyeresuisse

22/12/2018

Delgado et Fuchs : exhibos mais pas trop

Delgado.jpgDelgado et Fuchs- "Carte Blanche", Centre Culturel Suisse Paris , 17 et 18 janvier 2019,  "RUNWAY", Arsenic Lausanne, 19 -24 mars 2019.

Nadine Fuchs est Suisse. Elle a étudié la danse classique et contemporaine à la Schweizerische Ballettberufsschule à Zurich, puis à l’Atelier Rudra Béjart à Lausanne. Marcelo Delgado a passé son enfance dans les quartiers populaires de Bruxelles où il pratiqua pêle-mêle le foot, le full contact, le dessin, les arts plastiques et la mécanique avant de devenir danseur au Conservatoire Royal de Bruxelles tout en travaillant dans un club strip-tease. Le couple s'est rencontré dans la compagnie Nomades en Suisse puis décident de créer leur collectif "Delgado Fuchs".

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Ses performances sont sidérantes dans leurs écheveaux sériels, leurs mixages et ruptures. Le tout non sans gravité et radicalisme trivial. Car tout peut s'oser lorsque cela est nécessaire. Rien ne tourne jamais à vide mais grince selon divers points de vue, circulations, vertiges dans un système ouvert à l'échange des pratiques et des pouvoirs partagés. Car le collectif inventé par le couple est transversal tant dans ses techniques (photographie, vidéo, danse) et de ses influences (arts plastiques, mode, littérature). Les deux créateurs restent le noyau de leur collectif au sein duquel se greffent des collaborations selon les projets.

 

 

 

 

 

Delgado 3.jpgLe travail est axé sur la mise en scène du caractère versatile de l'identité soumise aux multiples modalités de l'être où le mâle pert sa taxinomie suprême. Poussant l’art vers une certaine «dévisagéité» (Beckett), les deux artistes restent néanmoins arrimés au "portrait" en action afin de afin de réanimer le vivant. L’anthropomorphisme subit des «écrasements», des distorsions. Ils donnent au corps presque nu ou chargé en matière une force incontestable pour illustrer divers symptômes. Les deux créateurs ne font pas dans le sensationnalisme ou l’émouvant. Ils brûlent les artefacts pour atteindre le bloc d'inconnu rarement mis à nu avec une telle présence là où des "déformations" évoquent ce qui se cache derrière. Elles mettent à jour un autre fonctionnement de l'art pour toucher des régions secrètes essentielles de qui nous sommes à travers le "jeu" plurivoque. Il passe aussi par l'installation et la musique comme cela sera proposé au CCS puis à Lausanne.

Jean-Paul Gavard-Perret

21/12/2018

uLes narrations érotiques de Dasha & Mari

Dasha & Mari.jpgVenues de l'Est, Dasha & Mari travaillent à Londres plus particulièrement dans le domaine de la mode. Mais chacune de leur photographie raconte une histoire voluptueuse. Les amours fugaces ou non se distillent sans distinction de genre. Bien des passages sont possibles même si les narrations demeurent en suspens.

 

Dasha & Mari 2.jpgLes corps gardent leur mystère, leurs désirs, leur attente. Ne restent souvent que le noir qui fascine et le blanc qui ne tue pas forcément. L’objectif de l’appareil ne saisit pas seulement des corps, mais la part de désir enfoui au plus intime de l’être. Demeurent la sensation qui perdure, l’énergie du mouvement - même s’il semble presque arrêté.

 

Dasha & Mari 3.jpgDans cette ménagerie de verre aux étreintes passagères les jumelles créent  un  monde empreint d'un sens de la cérémonie. Leurs belles de jour remontent du fond des nuits. Leurs corps se déplient en divers types «d’avancées». Il devient la présence silencieuse entre l’obscurité et la lumière, l'abandon et la retenue. L’unité de temps tient à l'instant de la prise. Le corps renaît de sa cendre neigeuse en ondes suspendues. Les oscillantes restent indestructibles dans le chaloupé d'une danse lascive.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

15:07 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Jules Spinatsch : lenteur et vitesse

Spinatch.jpgJules Spinatsch, "Semiautomatic Photography 2003-2020", Centre de la Photographie de Genève, du 12 décembre 2018 au 2 février 2018.

Chez Spinatsch la photographie est un contour fermé mais qui s'ouvre à la puissannce d'imaginer. L'"actualisation" que propose chaque prise est une interprétation de l'espace entre forme et intensité mêlées l'une à l'autre. Résumons : l'artiste suisse configure des intensités et intensifie des "figures". Et dans chaque image se crée le fond d'une autre.

Spinatch 2.jpgLe cliché est une modalité pour donner présence à une absence qui se faufile partout : à l'endroit, à l'envers. Il met en contact divers modes de représentation par leurs bords. Tout circule dans des textures plus ou moins identiables et s'imageant autrement. L'image ne montre pas vraiment : elle sort d'elle et y retourne.

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Spinatsch propose des modes possibles de sens dans une sorte de théêtre mouvant. L'image n'est plus substitut ou copie mais celle d'un sens à la fois comme absence et présence en des suites d'oscillations distinctives. Tout ne cesse par le proche et le lointain d'offrir une posture de l'incommunicable en différents types de renvois, diptyques, etc.. Si bien que, l'image donnée, il faut la réimaginer comme syncope et éclat de l'oscur arraché par une prise ou une levée. Bref  plutôt que déposer, elle reconfigure.

Jean-Paul Gavard-Perret