gruyeresuisse

30/01/2017

Marcel Warmenhoven et les épuisés

Marcel Bon.jpgL'oeuvre de Marcel Warmenhoven en sa poétique paradoxale permet de conduire à un point limite où l’homme est figuré, directement ou à travers l’animal. Celui-là semble un épuisé dans des pièces d'après ou d'avant coup en une forme de suspens. Les corps protègent-ils encore de la pensée de la tentation du néant ? Rien n’est sûr. Ils sont composés ou décomposés afin de suggérer un monde jamais loin d’un abyme en un vocabulaire plastique fondé dans une matière parfois noble, parfois de récupération.

Marcel 2.jpgToutefois l’œuvre n'est jamais tournée vers la nostalgie. Jaillit la solitude physique. Et, comme Beckett, Marcel Warmenhoven pourrait dire « c’est avec ça je me suis débrouillé ». L’existence telle qu’elle est montrée dans ses pièces reste toujours une hypothèse vague. Les travaux sont des allégories de diverses dépossessions. L’artiste fait émerger de sa conscience et par sa création la sensation d'absence de corps autonome et un sentiment de dépendance infuse. En passant par son bestiaire l’artiste cherche néanmoins à provoquer une distanciation face à ce qui ne peut avoir de nom. En conséquence, le créateur illustre ce que Julia Kristeva nomme dans son « Soleil noir » « le malaise de l'oeuvre absolue ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir site de l’artiste.

 

19:03 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Ayline Olukman et le refus de l’hypocrisie

 

Olukman 4.jpgA l’inverse de tant de peintres qui cachent le fait que leurs œuvres ne sont qu’un barbouillage de photographies, Ayline Olukman revendique cette origine. Elle reste donc autant photographe que peintre. Elle joue sans cesse des résurgences de l’image première à peine rehaussées de quelques traits ou volumes d’où se dégage simplement l'exprimable pur.

Olukman 3.jpgIl s’agit de mettre en exergue le seuil de la visibilité photographique par quelques éléments capables de créer une évaporation. Elle va jusqu'à la transparence et où rien ne peut être réel que l’image originale dans ses « magasins de curiosité ».

 

 

 

 

 

 

 

Olukman.jpgLes œuvres d’Ayline Olukman sont donc bien autre chose que la possession carnassière des apparences. L’artiste se barricade contre l'invasion d’une illusion jugée illégitime. L’art devient la preuve que la photographie comporte des rondeurs qui s'enveloppent les unes dans les autres : la peinture, en rebond, les érigent de la manière la plus ténue possible mais non sans une discrète sensualité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir le site de l’artiste  et exposition  actuelle à la galerie Bertrand Gillig, Strasbourg.

 

29/01/2017

Manuel Müller : incisions

 

Muller 3.jpgManuel Müller, "Exposition de sculptures et gravures", Galerie Schifferli, Genève du 31 janvier au 4 mars 2017

Par évidence la sculpture est un volume travaillé. Mais la gravure l’est tout autant. Mais de manière inverse : en creux. Une autre sensation tactile est à la base de la création en une « gymnastique d’accommodation et d’appréhension » comme l’écrit Manuel Müller Dans ce qu’il retire, il cherche à saisir l’inaccessible et une autre forme de sacralisation là où le surgissement passe par la « creux-ation ».

Muller 2.jpgManuel Müller la travaille afin d’inscrire un recueillement (à tous les sens du terme) de la condition humaine. Chaque incision devient comme l’écrit un autre graveur - Marc Pessin : « une tombe qui contient le monde » là où l’Imaginaire s’ouvre à une autre dimension. La gravure sur bois devient un ouvrage aussi noir que lumineux, une narration sans anecdote, une séquence poétique afin de porter l’image à un niveau supérieur de plénitude.

Muller 4.jpgUne vie de l’esprit est en gestation par une telle « écriture » visuelle. Elle jouxte à la fois le vide et le plein de ses pointes, de ses flèches dont l’intensité accapare, déborde. Une vive méditation en émane. Un tel travail permet de comprendre comment, dans les gravures, les lignes volent selon une précision extraordinaire. A ce titre la gravure reste l’inverse de la peinture : elle ne renvoie pas à une mystique évanescence mais à un savoir et une emprise qui conjuguent l’intellect, l’émotion et le tellurique.

Jean-Paul Gavard-Perret .