gruyeresuisse

04/09/2018

Robert Montgomery : burn out

montgomery.pngRobert Montgomery, “And the screens that circle you like butterflies now”, Analix Forever, Genève. A partir du 13 septembre 2018.

Robert Montgomery expose chez Analix Forever ses plus récents travaux .La peinture y est considérée comme un palimpseste. Celui qui a commencé sa carrière comme peintre plus « classique » (exposé entre autres au Museum of Fine Arts de Houston), pour ses nouvelles peintures Montgomery retravaille les compositions de Malevitch (ce qu’il pratique depuis longtemps). Il y superpose des inserts poétiques actifs.

montgomery 2.pngPour le peintre américain le « Modernisme » de Malevitch n’est pas un style mais une morale à laquelle il ajoute ses propres utopies inhérentes à notre époque de crise sociale et écologique. Il revendique la poésie visuelle contre le consumérisme, la douceur face à la peur et la haine afin que son néo-« Modernisme » s’élève contre le « trumpisme ». Par ses photographies et ses panneaux de « poésies de feu », l’artiste trouve dans un dispositif de communication directe avec ceux et celles qui lisent ses textes en ignorant éventuellement tout de l'art.

montgomerry.jpgPour parvenir à ses textes terminaux l’artiste « écrit comme un fou » puis trie. Il ne garde que ses « manifestes idéalistes » capables de faire réagir ceux qui sont désolés ou révoltés par l’état du monde. L’artiste trouve ainsi un ton, une voix pour ce qui engage à une « conversation inconsciente collective ». Pour la survie de l’existence humaine, l’artiste pratique la créativité́, l’amour afin que disparaissent le marais des politiques et des technologies et celui des jeux de pouvoir parsemé́ de feux follets. Bref Montgomery ne s’accommode pas du monde tel qu’il est : il le fustige.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Mike Miller : Californication

Miller.jpgMike Miller s’est fait connaître par ses photographies de la scène hip-hop des années 80 de la côte ouest. Né dans le West-Side de Los-Angeles il a côtoyé depuis toujours les Chicanos, les Noirs, brefs les victimes de la société florissante. Quittant les USA pour Paris et l’Europe Linda Evangelista lui offrit son premier appareil photo (un Nikon ayant appartenu à Peter Lindberg).

Miller 2.jpgIl commença à photographier très vite de manière professionnelle. Il réalise des images des campagnes de publicité pour Cacharel et d’autres maisons de mode. De retour à L.A - et désormais reconnu - il photographie des artistes et groupes (‘The Go-Go’s, Heart, Stan Getz, Herb Alpert) pour divers labels dont EMI. Mais il préfère toujours le hip-hop et réalise sa première pochette de disque de rap puis photographie les stars de la scène rap de la Californie.

Miller 3.jpgSe retrouvent dans son exposition ses photos les plus célèbres mais surtout des inédites beaucoup plus intéressantes sur les cultures et communautés alternatives de sa cité qui devient un ventre ouvert. Sans aucun pathos et avec humour et verve il suggère le Los Angeles méconnu où les perdants semblent collés aux trottoirs. Mais il évoque aussi une révolte implicite de ceux qui au bord du Pacifique - ou dedans - ignorent la peur et cultivent une certaine provocation.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Mike Miller, « California Love », Photo M+B Galery, Los Angeles.

03/09/2018

Guillaume de Sardes : entre prétresse et geisha

SBimbo.jpgelon Agnès Giard, «La Bimbo a choisi une carrière d’objet sexuel. C’est équivalent américain d’une geisha parce que, contrairement à ce que les gens croient, cela demande énormément d’efforts pour le devenir.» Et dans sa vidéo « BIMBO » Guillaume de Sardes explore le phénomène et la manière d’entrer en « bimbographie ». Le film est une parfaite marche à suivre. Se voit la métamorphose au moment où une voix féminine monocorde en expose les étapes.

bIMBO 3.jpgEst rappelé implicitement que pour devenir bombe (ou « bombasse » comme disent certains) il faut tout un travail préalable : implants mammaires, piercings, gonflement des lèvres. Et lors des ébats intimes ces geishas made in USA ont appris ce qui plait à leur seigneur et deviennent des gorges profondes - mais pas seulement… Pour illustrer son propos Guilaume de Sardes à fait appel à celle avec qui il collabore souvent : la plasticienne Régina Demina. Habillée en rose bonbon elle ondule lentement devant la caméra. Quoique en rien Bimbo, elle joue le jeu, précise ses divers charmes « comme une hôtesse de l’air fait la démonstration des consignes de sécurité » écrit Agnès Giard. Le texte a été repris tel quel sur un site de « bimbofication » et permet au créateur de poursuivre sa recherche sur les marges de la sexualité au moment où la femme devient plus que jamais fétichisée.

bimbo 2.jpgCe phénomène - comme le note Barbara Polla - reste encore peu étudié tant il est estimé populaire et trivial. Existe dans un tel travail les prémices pour comprendre ce qui pousse une femme à se transformer par sa beauté artificielle et son exhibition pour une paradoxale sous-estimation d’elle-même et à un moyen - peut-être – de rassurer les hommes toujours avides de maman et de putain. Il trouve par ailleurs - et à travers les promesses de sa Bimbo-trophée - un gage et une fierté de posséder une chose et un jouir sacrificiel par celle qui se soumet à sa satisfaction. . Guillaume de Sardes en témoigne « froidement mais de manière explicite.

Jean-Paul Gavard-Perret

«Bimbo», écrit et réalisé par Guillaume de Sardes. Avec : Régina Demina. Voix : Marie Piot. Texte : tumbr. La vidéo a été présentée à Genève chez Analix Forever où l’artiste expose ses photographies.